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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403448

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403448

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantITEM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de l'arrêté du maire d'Ollioules du 10 juillet 2024. Cet arrêté s'opposait à la déclaration préalable de la société Free Mobile pour l'installation d'un relais de téléphonie mobile, au motif d'une atteinte au caractère des lieux avoisinants (article R. 111-27 du code de l'urbanisme). Le juge a rejeté la requête, considérant que la condition d'urgence n'était pas remplie et qu'aucun moyen soulevé n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024, la société Free Mobile, représentée par Pamlaw - Avocats par l'intermédiaire de Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le maire de la commune d'Ollioules s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile en vue de l'installation d'un relais de téléphonie mobile en toiture sur une parcelle cadastrée BZ 190 située résidence Villas du Gerberas- Les bords de la Reppe sur le territoire de la commune d'Ollioules, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre, à titre principal au maire de la commune d'Ollioules de lui délivrer une décision de non opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente ordonnance et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, d'avoir à ré instruire sa déclaration préalable en prenant une décision dans un délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Ollioules une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Free Mobile soutient que :

La condition d'urgence est satisfaite : dès lors que, compte tenu de l'intérêt public qui s'attache pour chaque opérateur à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile (3G, 4G et 5G) et des engagements pris à cet égard vis-à-vis de l'Etat, toute décision qui fait obstacle à l'implantation d'une station relais emporte un préjudice suffisamment grave et immédiat dans la mesure où les objectifs de couverture ne sont pas encore atteints sur la partie du territoire communal concerné ;

Les moyens invoqués sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : qui est entachée d'incompétence à défaut de délégation régulièrement publiée, d'une erreur de droit quant au motif tiré que le projet serait de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants car l'autorité administrative s'est abstenue de porter une appréciation sur le site, et d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article R.111-27 du code l'urbanisme car le projet n'est pas de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, la commune d'Ollioules, représentée par Item Avocats par l'intermédiaire de Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de sa décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 septembre 2024 sous le numéro 2402923 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 25 octobre 2024.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Aparicio, greffière d'audience, M. Sauton a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Candelier pour la société Free Mobile,

- et celles de Me Faure-Bonaccorsi pour la commune d'Ollioules.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile, opérateur de téléphonie mobile, demande la suspension de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le maire de la commune d'Ollioules s'est opposé, au motif d'une méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, à la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile en vue de l'installation d'un relais de téléphonie mobile en toiture, sur une parcelle cadastrée BZ 190 située résidence Villas du Gerberas- Les bords de la Reppe sur le territoire de la commune d'Ollioules.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En ce qui concerne une décision de refus de permis de construire ou d'opposition à déclaration préalable, il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets du refus de permis litigieux ou de l'opposition à déclaration préalable sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. À cette fin, l'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la délivrance d'un permis de construire ou d'une non opposition à déclaration préalable provisoires à l'issue d'un réexamen de la demande ordonné par le juge des référés.

En ce qui concerne l'urgence :

4. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 3G que 4G et 5G, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, nonobstant l'impact visuel du projet dont s'agit sur son environnement.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Pour prendre l'arrêté en litige, le maire de la commune d'Ollioules s'est fondée sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors que " () ce relais est composé de deux fausses cheminées dont les dimensions sont les suivantes : 1,65m de large x 1,65m de long x 2,50m de hauteur (), que compte tenu des dimensions importantes de ces deux fausses cheminées prévues au regard de l'échelle du bâtiment et de sa toiture. Ce projet tel que présenté est de nature à porter atteinte au respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant ".

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés d'une erreur de droit quant au motif de la décision attaquée tenant à ce que le projet serait de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants car l'autorité administrative s'est abstenue de porter une appréciation sur le site, et d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article R.111-27 du code l'urbanisme car le projet n'est pas de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le maire de la commune d'Ollioules s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, il n'y a pas lieu de retenir, en l'état du dossier, l'autre moyen de la requête, tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Lorsque le juge suspend un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l'ordonnance y fait obstacle. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire dans l'attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l'annulation de l'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable en cause.

10. La présente décision implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le maire de la commune d'Ollioules, à titre provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête susvisée, délivre à la société Free Mobile une décision de non opposition à déclaration préalable, comme elle le demande, dans un délai d'un mois courant à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de la commune d'Ollioules dirigées contre la société Free Mobile qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Ollioules la somme de 1 000 euros en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le maire de la commune d'Ollioules s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la société Free Mobile en vue de l'installation d'un relais de téléphonie mobile en toiture sur une parcelle cadastrée BZ 190 située résidence Villas du Gerberas- Les bords de la Reppe sur le territoire de la commune d'Ollioules est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Ollioules de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, par une décision qui revêtira un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation.

Article 3 : La commune d'Ollioules versera à la société Free Mobile la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune d'Ollioules au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune d'Ollioules.

Copie en sera transmise sans délai au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 522-14 du code de justice administrative.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 25 octobre 2024.

Le vice-président désigné,

signé

JF. SAUTON

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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