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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403470

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403470

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403470
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet du Var du 16 septembre 2024 retirant la carte de séjour de M. B et l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant disposait d'une procédure spéciale prévue aux articles L. 614-1 et L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant au tribunal administratif de statuer sur le fond dans un délai de six mois, ce qui exclut le recours à la procédure d'urgence. Aucun des moyens soulevés (défaut de motivation, absence d'examen sérieux, erreur manifeste d'appréciation, méconnaissance de l'article 8 de la CEDH) n'a été examiné au fond en raison de ce constat procédural.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2024, M. A C B, représenté par Me Nzaloussou et Me Itoua, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 septembre 2024, par lequel le préfet du Var a retiré sa carte de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, dans l'attente de la décision à intervenir, de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour renouvelable lui permettant d'exercer un emploi, et ce, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision de retrait du titre de séjour lui préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate au motif qu'il n'a plus la possibilité de justifier de la régularité de son séjour auprès de son employeur, lequel a l'obligation légale de le licencier, ce qui le privera de ressources ;

- sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés : du défaut ou de l'insuffisance de motivation au regard des dispositions de l'article L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, de l'absence d'examen sérieux de la situation du requérant au regard de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il était admissible au séjour sur la base de sa situation professionnelle, que la rupture de la vie commune ne lui est pas imputable dès lors que son épouse reconnaît le tort causé à son époux du fait qu'elle ait quitté le domicile conjugal, que le jugement de divorce est contestable, de l'erreur manifeste d'appréciation au motif que l'intéressé peut obtenir une carte de séjour portant la mention " salarié " en vertu de l'article L.421-1 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et enfin de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requête n° 2403444 enregistrée le 16 octobre 2024 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté susvisé ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. M. B, ressortissant congolais, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du 16 septembre 2024 qui lui retire sa carte de séjour temporaire et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

3. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 614-1 et L.911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version résultant de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale applicable au cas où un étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi l'étranger peut, dans le délai de trente jours suivant la notification d'une telle décision, en demander l'annulation au tribunal administratif qui dispose d'un délai de six mois pour statuer, en formation collégiale. Dans ce cadre, il dispose d'un pouvoir d'annulation non seulement de la mesure d'éloignement mais également des autres mesures contestées devant lui et il peut également connaître de conclusions à fin d'injonction présentées au titre des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative. Par ailleurs, l'article L. 722-7 du même code énonce que l'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration du délai de recours et lorsqu'un recours a été formé sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-1, avant que le tribunal administratif n'ait statué.

4. Il résulte des pouvoirs ainsi confiés au juge, du délai qui lui est imparti pour se prononcer et des conditions de son intervention, que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Cette procédure particulière est donc exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement, dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des dispositions mentionnées au point précédent, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

5. En l'espèce, M. B ne fait valoir aucun changement dans les circonstances de fait ou de droit qui serait survenu depuis que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, à l'encontre de laquelle il a introduit un recours pour excès de pouvoir, qui est audiencé au 28 février 2025, a été prise et qui emporterait des effets qui excèderaient ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution. L'intéressé ne justifie pas, notamment, de l'imminence d'un licenciement de son emploi.

6. Dans ces conditions, en premier lieu, s'agissant de la décision procédant au retrait de son titre de séjour, la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme étant remplie.

7. En second lieu, s'agissant de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de ladite décision sont manifestement irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

8. Dès lors, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en référé, en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B.

Copie en sera remise pour information au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 22 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

JF. SAUTON

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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