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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403648

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403648

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés
Avocat requérantBREJOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Brejoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet du Var, d'une part, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il peut apporter la preuve qu'il est légalement admissible et, d'autre part, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant un délai de deux ans à compter de l'exécution effective de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a assigné à résidence sur la commune de Toulon pour une durée de six mois à compter de la notification de cet arrêté ;

3°) de lui faire bénéficier d'un avocat commis d'office ainsi que d'un interprète en langue arabe.

Il soutient que :

-la compétence du signataire des décisions n'est pas établie ;

-les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

-les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

-les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Riffard, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-1 à L. 614-4 et L. 614-16 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 novembre 2024 à 14 h 00 à laquelle était présente Mme C, interprète en langue arabe :

- le rapport de M. Riffard, magistrat désigné, lequel a informé les parties que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conformément à l'article R. 922-21 du même code ;

- les observations de Me Brejoux, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens exposés oralement ;

-le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des observations des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 31 août 2003, est entré sur le territoire français à une date indéterminée, sans être en possession des documents et visa exigés par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a effectué aucune démarche administrative afin de régulariser sa situation. Le 31 octobre 2024, il a été interpellé par les services de la police nationale et par un arrêté du 1er novembre 2024, le préfet du Var, d'une part, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible et, d'autre part, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant un délai de deux ans à compter de l'exécution effective de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par un second arrêté du 1er novembre 2024, le préfet du Var l'a assigné à résidence dans le département du Var pour une durée de six mois à compter de la notification de cet arrêté. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés préfectoraux.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour subséquente :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :

2. Par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024 publié au recueil des actes administratifs n° 83-2024-069 du 12 avril 2024, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions en matière de police des étrangers, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Par suite, le moyen sommaire tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les moyens tirés du défaut de motivation des décisions attaquées et du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration relatif à la motivation des actes administratifs : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ( ) ".

4. A supposer que le requérant ait entendu se prévaloir de ces dispositions, il ressort de la lecture de l'arrêté du 1er novembre 2024 que les diverses décisions qu'il contient comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne que M. B est entré récemment en France, qu'il n'a effectué aucune démarche administrative afin de régulariser sa situation en France, qu'il est célibataire sans charge de famille et que la mesure d'éloignement ne porte pas atteinte aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, les moyens sommaires tirés d'une motivation insuffisante et d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne le moyen tiré d'une erreur de droit :

5. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " et aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1o L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour; () " et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1o L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour; ()". Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

6. Il est constant que M. B n'est pas entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans avoir cherché à régulariser sa situation. Par suite, le préfet du Var a pu légalement l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées. Ensuite, pour les mêmes raisons, le préfet a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Enfin, après avoir analysé la situation personnelle et familiale de l'intéressé sur le territoire français en prenant en compte les quatre critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Var a pu sans erreur de droit assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation :

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France à la fin de l'année 2022, qu'il est célibataire et sans enfant à charge, qu'il ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français et qu'il vit dans un squat à la Seyne-sur-Mer. Compte tenu de la durée et de ses conditions de séjour en France, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2024 portant obligation de quitter sans délai le territoire français et interdiction de retour sur ce territoire pour une durée de deux ans, doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2024 portant assignation à résidence :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;/ () ". Et aux termes de l'article L. 732-4 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut être renouvelée deux fois, dans la même limite de durée. () "

11. Les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour objet de permettre à l'autorité administrative d'assurer l'exécution forcée d'une mesure d'éloignement lorsque la personne étrangère qui en fait l'objet justifie de garanties de représentation suffisantes permettant de prendre à son égard, de manière alternative au placement en rétention, une mesure d'assignation à résidence d'une durée maximale de quarante-cinq jours, laquelle est renouvelable, dès lors que son éloignement constitue une perspective raisonnable. En revanche, les dispositions de l'article L. 731-3 du même code, citées au point 10, sont exclusivement applicables aux personnes étrangères qui justifient être dans l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement dont ils font l'objet et qui sollicitent l'autorisation de rester en France jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de cette mesure.

12. Il est constant que la décision du 1er novembre 2024 par laquelle le préfet du Var a assigné à résidence M. B pour une durée de six mois a été prise sur le fondement de la décision du même jour par laquelle cette même autorité lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français. La double circonstance que M. B était dépourvu de document d'identité et de voyage et qu'il n'a pu justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ne peut constituer une impossibilité de quitter le pays au sens des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il résulte de ce qui a été dit au point précédent, que le préfet ne pouvait, sans méconnaitre le champ d'application de la loi, décider d'assigner M. B à résidence pour une durée de six mois, aux fins d'assurer son éloignement forcé, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 731-3 citées au point 11.

13. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 1er novembre 2024 assignant à résidence M. B doit être annulé en tant qu'il fixe une durée supérieure à quarante-cinq jours.

O R D O N N E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var du 1er novembre 2024 assignant M. B à résidence pour une durée de six mois est annulé en tant qu'il fixe une durée supérieure à quarante-cinq jours.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 22 novembre 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

Signésigné

D. RIFFARD L. APARICIO

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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