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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403665

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403665

lundi 27 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. C, ressortissant tunisien, contestant le refus de renouvellement de son titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet du Var. Le tribunal a estimé que la condamnation pénale de l'intéressé pour des faits de violence, bien qu'unique, permettait de le regarder comme constituant une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également jugé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre des frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Ben Hassine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de résident de dix ans sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il est soutenu que :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations du a) et du c) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 dès lors que M. C n'a fait l'objet que d'une seule condamnation pénale le 22 février 2022 pour des faits commis le 29 janvier 2022 et qu'à la date de la décision attaquée, son comportement ne pouvait être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation dès lors que M. C a justifié d'une communauté de vie réelle depuis 2020 avec une ressortissante française, d'une contribution effective à l'entretien et à l'éducation des enfants depuis leur naissance et d'un emploi en intérim depuis plus d'un an ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 janvier 2025 :

- le rapport de M. Riffard ;

- les observations de Me Ben Hassine, représentant M. C ;

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 2 juin 1986, est entré irrégulièrement en France au mois de septembre 2017 selon ses propres déclarations et il n'a déposé une demande de titre de séjour que le 12 mars 2021. Le préfet du Var lui a alors délivré le 18 janvier 2023 une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour avec une durée de validité jusqu'au 17 janvier 2024 dont il a sollicité le renouvellement le 3 décembre 2023. Par un arrêté du 3 octobre 2024, le préfet a refusé de faire droit à cette demande et a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible. M. C demande principalement l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". L'article L. 412-5 du même code dispose que : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée - UE. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le 22 février 2022 par une ordonnance pénale du président du tribunal judiciaire de Toulon à une amende délictuelle de trois cent euros pour conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et à une amende contraventionnelle de cent euros pour être l'auteur de violences ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, ces faits ayant été commis le 29 janvier 2022. Par ailleurs, M. C s'est fait défavorablement connaître des services de police pour des violences conjugales sans incapacité, faits commis le 14 juillet 2023 qui n'ont donné lieu à aucune poursuite pénale mais à un seul signalement. L'ensemble de ces faits ont conduit le préfet du Var à considérer que le comportement de M. C constituait une menace à l'ordre public de nature à faire obstacle au renouvellement de sa carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. C, âgé de trente-huit ans à la date de la décision attaquée, s'est marié le 29 août 2020 à La-Seyne-sur-Mer avec Mme F E, ressortissante française, et que trois enfants sont nés de cette union, D le 26 janvier 2021, A le 11 décembre 2022 et Alya le 29 septembre 2024. Il ressort également des pièces du dossier que la communauté de vie, déclarée à compter de juillet 2020, persiste depuis au domicile du couple à la Seyne-sur-Mer, que M. C dispose de l'autorité parentale sur ses enfants, qu'il contribue aux charges du ménage, qu'il a procédé avec son épouse à l'inscription de leur fils D à l'école maternelle et élémentaire de La-Seyne-sur-Mer, qu'il accompagne régulièrement ses enfants D et A chez le médecin pédiatre et qu'il a réglé divers achats pour ses enfants sur la période considérée. En outre, à compter de la délivrance le 18 janvier 2023 de sa carte de séjour temporaire, M. C a effectué des missions d'intérim en tant que manœuvre ou plombier sans interruption depuis le mois de juin 2023. Dans ces conditions et nonobstant les faits relevés à son encontre, aussi regrettables soient-ils, et exposés au point 4, M. C est fondé à soutenir que le préfet, en refusant de renouveler sa carte de séjour temporaire, a porté une atteinte à son droit de bénéficier d'une vie privée et familiale sur le territoire français excédant ce qui est nécessaire à la défense de l'ordre public, et a, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En second lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 3 octobre 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de renouveler le titre de séjour de M. C et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de la Tunisie ou de tout pays dans lequel il sera légalement admissible, doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il résulte des moyens retenus pour procéder à l'annulation de l'arrêté attaqué dans la présente instance et sachant que M. C a expressément demandé le 3 décembre 2023, sur le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF), le renouvellement de la carte de séjour temporaire d'un an dont il était titulaire et non la délivrance d'une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article 10 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié, qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, au renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, et dans l'attente de l'obtention de cette carte de délivrer à M. C un récépissé de demande de titre de séjour, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat à verser à M. C, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Var du 3 octobre 2024 portant refus de renouvellement de la carte de séjour temporaire de M. C et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de procéder au renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans l'attente de l'obtention de cette carte.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Cros, premier conseiller.

Le présent jugement a été rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.

Le rapporteur,

Signé

D. RIFFARD

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

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