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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403678

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403678

lundi 27 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantREA-ROLLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, M. D A, représenté par Me Rea-Rolland, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de procéder à l'examen de sa demande d'admission au titre de l'asile dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Rea-Rolland sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il est soutenu que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente pour ce faire en l'absence d'une délégation de signature suffisamment précise et exécutoire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de fondement légal en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de toute justification alors qu'il s'agit d'une simple faculté en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier et notamment la décision du 7 janvier 2025 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon a accordé à M. A l'aide juridictionnelle totale dans la présente instance.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 janvier 2025 :

- le rapport de M. Riffard ;

- et les observations de Me Rea-Rolland, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité togolaise né le 18 janvier 1983, allègue être entré en France le 15 juin 2023. Le 20 juillet 2023, il a déposé une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui a été rejetée par une décision du 2 février 2024. Son recours introduit devant la Cour nationale du droit d'asile a également été rejeté par une décision du 7 juin 2024. Consécutivement, par un arrêté du 22 octobre 2024, le préfet du Var a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande principalement l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Selon l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé pris pour l'application de cette loi : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. "

3. Par une décision du 7 janvier 2025, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon a accordé à M. A l'aide juridictionnelle totale dans la présente instance. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont dépourvues d'objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun de légalité externe :

4. Par un arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024 publié au recueil des actes administratifs n° 83-2024-069 du 12 avril 2024, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer toutes décisions en matière de police des étrangers, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. Aux termes du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

6. En vertu des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le prononcé, par l'autorité administrative, à l'encontre d'un ressortissant étranger d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de cet article, n'est pas subordonné à l'intervention préalable d'une décision statuant sur le droit au séjour de l'intéressé en France. Ainsi, lorsque l'étranger s'est borné à demander l'asile, sans présenter de demande de titre de séjour distincte sur un autre fondement, il appartient au préfet, après avoir vérifié que l'étranger ne pourrait pas prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour, de tirer les conséquences du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmé le cas échéant par la Cour nationale du droit d'asile, sans avoir à statuer explicitement sur le droit au séjour de l'étranger en France. Lorsque le préfet fait néanmoins précéder, dans le dispositif de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, cette décision d'un article constatant le rejet de la demande d'asile de l'étranger, cette mention ne revêt aucun caractère décisoire et est superfétatoire. En l'espèce, même s'il mentionne, à son article 1er, que " le droit au séjour au titre de l'asile de M. A est rejeté ", l'arrêté attaqué " portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire " ne peut être regardé comme lui refusant la délivrance d'un titre de séjour dès lors qu'il est constant que l'intéressé n'a pas présenté une demande de titre de séjour distincte sur un autre fondement que l'asile. Par ailleurs, le préfet du Var n'a pas examiné d'office le droit au séjour de M. A sur un autre fondement. Ainsi, cette décision portant refus de séjour étant superfétatoire, en application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1, les moyens invoqués à son encontre sont inopérants.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont les stipulations ont été reprises à l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a exercé les fonctions d'officier de police adjoint au Togo au sein de la brigade anticriminalité de Lomé. Toutefois, dans sa décision datée du 7 juin 2024, la Cour nationale du droit d'asile a relevé que M. A n'avait fourni, tant devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que devant elle et, notamment, lors de l'audience, que des déclarations imprécises ou sommaires, très peu circonstanciées ou personnalisées, voire confuses ou incohérentes et, par suite, non crédibles, n'ayant pas permis de conclure au bien-fondé de ses craintes personnelles en cas de retour au Togo. En effet, les propos de M. A tant sur sa rencontre avec le colonel C, commandant du 1er bataillon d'intervention rapide (BIR), qui a été assassiné le 3 mai 2020, que sur le lien qui s'est créé entre eux se sont avérés peu clairs et peu circonstanciés. M. A s'est montré imprécis quant à sa connaissance de l'hostilité du colonel vis-à-vis du gouvernement en place, se bornant à présenter, d'abord, que le colonel lui avait uniquement renseigné qu'il voulait " rétablir l'ordre des urnes " sans explications complémentaires et ensuite il a indiqué avoir déjà entendu à de multiples reprises le colonel partager un point de vue hostile à l'égard du gouvernement en place notamment avec son frère mais aussi avec d'autres de ses proches, que bien qu'il ait eu connaissance de la mort du colonel, il n'a néanmoins pas été en mesure d'expliquer avec précision le contexte des arrestations des proches du colonel ni les raisons de sa mention dans la liste, de par sa qualité d'officier de policier au sein de la brigade anticriminalité de Lomé, il n'a pas pu expliquer les raisons de son ciblage de la part du gouvernement togolais. Enfin, concernant l'effraction au domicile de sa concubine à Lomé le 16 janvier 2023 lorsqu'il était en Côte d'Ivoire, ses propos ont fait l'objet d'explications sommaires et incohérentes. Enfin, les articles de presse présentés, qui contiennent uniquement des indications générales sur cette affaire, n'apportent aucun élément supplémentaire sur les craintes que l'intéressé allègue avoir à l'égard du gouvernement togolais. Il s'ensuit que les déclarations et les documents présentés par M. A ne permettent pas de tenir les faits allégués pour établis, ni de regarder comme fondées les craintes de persécution exprimées en cas de retour dans son pays.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré récemment sur le territoire français en juin 2023 et qu'il s'est déclaré en tant que célibataire lors du dépôt de sa demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. Le requérant expose que ses parents sont domiciliés à Nice, que sa mère dispose de la nationalité française et que son père détient un titre de séjour régulier. Toutefois, M. A, âgé de quarante et un ans à la date de la décision attaquée, n'établit pas l'intensité des liens entretenus avec ses parents sur le territoire français alors qu'il est constant qu'il est hébergé depuis le 1er août 2024 au domicile de Mme B à Toulon. Compte tenu de la courte durée et des conditions de séjour en France de M. A et du fait que ce dernier ne conteste pas avoir conservé des liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où résident sa compagne et ses deux enfants, le préfet du Var n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale sur le territoire français ni commis une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. M. A se borne à soutenir que le préfet du Var n'a pas justifié la faculté de prononcer à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour décider de prononcer à l'encontre de M. A une telle mesure et en limiter la durée à un an, le préfet a relevé que l'intéressé était entré récemment en France le 15 juin 2023, qu'il ne justifiait pas de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses en France et qu'il n'était pas dépourvu d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne serait pas justifiée doit être écarté.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Var du 22 octobre 2024 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Rea-Rolland et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Riffard, premier conseiller,

M. Cros, premier conseiller.

Le présent jugement a été rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.

Le rapporteur,

Signé

D. RIFFARD

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

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