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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403843

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403843

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B A, ressortissant algérien, qui demandait l'annulation des arrêtés préfectoraux du 13 novembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, prononçant une interdiction de retour d'un an et l'assignant à résidence. Le juge a estimé que le requérant n'établissait pas la réalité de sa vie privée et familiale en France, notamment sa communauté de vie avec une ressortissante française, et a écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue se fonde sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les articles L. 612-6 et suivants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un ans et l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il est entré en France le 16 juin 2022 sous couvert d'un visa touristique et s'y est maintenu continument depuis cette date ; il vit avec une ressortissante française depuis le mois d'avril 2024 avec laquelle il va se marier prochainement ; cette mesure va le contraindre à retourner dans son pays d'origine pour y solliciter la délivrance d'un visa conformément aux stipulations de l'article 6§2 de la convention franco-algérienne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'arrêté attaqué n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

- la décision portant interdiction de retour est justifiée dès lors qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ; la durée d'un an est la plus faible.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chaumont, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-1 à L. 614-4 et L. 614-16 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 2 décembre 2024 le rapport de Mme Chaumont, magistrate désignée,

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, né le 10 janvier 1982, demande l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Si M. A soutient qu'il est entré en France le 16 juin 2022 sous couvert d'un visa touristique, qu'il s'y est maintenu continument depuis cette date et qu'il vit avec une ressortissante française avec laquelle il va se marier, il ne l'établit pas. A ce titre la seule production d'une attestation de sa compagne et de photographies ne permet pas d'établir la réalité de l'ancienneté de la présence en France de l'intéressé, ni la réalité de sa communauté de vie avec sa compagne. En outre, il ressort des pièces du dossier que la plupart des membres de sa famille résident encore dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il n'établit pas avoir fixé en France le centre de sa vie privée et familiale, ni être dans l'impossibilité de poursuivre une vie privée et familiale dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

6. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français une interdiction de retour et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

7. Eu égard à ce qui a été dit au point 3, M. A ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, ni y avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale. En outre, la circonstance que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français contraindrait l'intéressé à solliciter la délivrance d'un visa pour bénéficier des stipulations de l'article 6§2 de la convention franco-algérienne ne peut être regardée comme une circonstance humanitaire justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas une telle interdiction. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et retenue une durée disproportionnée en fixant à 1 an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A-C. CHAUMONT

La greffière,

Signé

C. PICARD La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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