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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2403928

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2403928

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2403928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé, a rejeté la requête de M. A B, ressortissant tunisien, qui contestait son arrêté de remise aux autorités italiennes et son assignation à résidence pris par le préfet du Var le 21 novembre 2024. Le juge a écarté les moyens d’incompétence et d’insuffisance de motivation, jugeant que le signataire disposait d’une délégation régulière et que les décisions étaient suffisamment motivées en droit et en fait. Il a également estimé que la mesure de remise ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l’intéressé au sens de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. La solution s’appuie notamment sur les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, ainsi que sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2024 et un mémoire enregistré le 9 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Leardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2024 par lequel le préfet du Var a décidé de le remettre aux autorités italiennes ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a assigné à résidence dans le département du Var, sur la commune d'Evenos et ses communes limitrophes pour une durée de quarante-cinq jours ;

Il est soutenu que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une incompétence de l'auteur de l'acte et sont insuffisamment motivées ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'examen de sa situation personnelle et une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Hamon, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 614-1 à L. 614-4 et L. 614-16 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hamon, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 12 décembre 2024 à 10h lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des observations des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 2 octobre 1982, titulaire d'un titre de séjour italien, est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date indéterminée, sans être en possession des documents et du visa exigés par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir été interpellé le 21 novembre 2024 par la gendarmerie de Pierrefeu du Var et auditionné, le préfet du Var a, par un arrêté du 21 novembre 2024, décidé que M. B sera remis aux autorités italiennes sous réserve de l'accord desdites autorités. Par un arrêté distinct du même jour, le préfet du Var l'a assigné à résidence dans le département du Var, pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. Jean-Baptiste Morinaud, secrétaire général adjoint de la préfecture du Var. Par un arrêté n° 2024/40/MCI du 29 octobre 2024 publié au recueil des actes administratifs n° 83-2024-301 du 29 octobre 2024, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var, à l'effet de signer toutes décisions en matière de police des étrangers, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Il est précisé à l'article 2 dudit arrêté qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. E, la délégation qui lui est conféré est exercée par M. Morinaud secrétaire général adjoint. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration relatif à la motivation des actes administratifs : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ", et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ( ) ".

4. Il ressort des motifs de la décision attaquée que le préfet du Var a visé notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la mesure prise, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il a précisé les éléments de la situation personnelle et familiale de M. B. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit et en fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il résulte de l'instruction que M. B est entrée irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans réaliser les démarches afin de régulariser sa situation. Il ressort de l'audition de M. B par les services de gendarmerie, que ce dernier est marié et père de deux filles âgées de trois et six ans, son épouse et ses enfants résidant en Tunisie. L'intéressé expose par ailleurs que sa mère et trois de ses sœurs résident également en Tunisie. M. B précise qu'une autre sœur est établie en France sur la commune d'Antibes. M. B ne présente ainsi aucune attache familiale particulière en France en dehors d'une sœur, l'essentiel de ces liens familiaux se trouvant en Tunisie. Par ailleurs, si l'intéressé soutient avoir créé une entreprise de maçonnerie en France en octobre 2023, il expose que le contrat de sous-traitant pour la construction de la gendarmerie de La Crau, lieu où l'intéressé a été interpellé, est son premier chantier en France. M. B ne peut, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, être regardé comme ayant transféré l'essentiel de ses liens privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'examen de sa situation.

7. En quatrième lieu, si M. B soutient sommairement qu'il disposait d'un titre de séjour italien lui permettant de voyager durant une période de trois mois en France et qu'il appartient au préfet du Var de démontrer qu'il aurait séjourné plus de trois mois sur le territoire français, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes, notamment les dispositions en droit invoquées, permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, et à supposer que M. B ait entendu se prévaloir notamment des dispositions de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 à laquelle l'Italie a adhérer le 27 novembre 1990, l'intéressé a reconnu lors de son audition par les services de gendarmerie le 21 novembre 2024 qu'il réside chez M. D C depuis trois mois et qu'il résidait, avant de trouver cet hébergement, dans une chambre d'hôtel, démontrant que l'intéressé séjourne sur le territoire français depuis plus de trois mois afin de travailler sur le chantier de construction de la gendarmerie sur la commune de La Crau. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2024 portant assignation à résidence :

8. Ainsi qu'il a déjà été dit au point 3 du présent jugement, M. Jean-Baptiste Morinaud secrétaire général adjoint, signataire de l'arrêté litigieux a, en cas d'absence ou d'empêchement de du secrétaire général de la préfecture, M. E, reçu délégation par un arrêté n° 2024/40/MCI du 29 octobre 2024 publié au recueil des actes administratifs n° 83-2024-301 du 29 octobre 2024, à l'effet de signer toutes décisions en matière de police des étrangers, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

9. Enfin, il ressort des motifs de la décision attaquée que le préfet du Var a visé notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la mesure prise, l'arrêté préfectoral de réadmission du 21 novembre 2024 et qu'il a précisé les éléments de la situation de M. B. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit et en fait doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Fait à Toulon, le 13 décembre 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

SignéSigné

L. HAMON C. PICARD

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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