jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2500026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2025, M. B A représentés par Me Jourdaa, demande au juge des référés de :
- Suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision prise par le Directeur Régional adjoint de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités en date du 25 novembre 2024 rejetant le recours gracieux présenté à la suite d'une décision rendue par la commission régionale d'autorisation d'exercice (CRAE) en date du 9 octobre 2024 ;
- Enjoindre à la Direction Régionale l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de lui délivrer l'autorisation d'exercer, sur le territoire français, la profession de masseur-kinésithérapeute ;
- Condamner l'Etat à lui verser la somme de 850 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de la justice administrative.
Il soutient que :
- en l'absence d'autorisation d'exercice, il est sans emploi et son droit à l'allocation-chômage est sur le point de prendre fin. Il est contraint de solliciter ses parents financièrement afin d'éviter d'être dans une situation de précarité économique.
- Il n'a été apporté, à ce jour, aucune réponse à la demande de communication des motifs formulées en vertu des dispositions de l'article L. 232-4 du Code des relations entre le public et l'administration.
- il remplit toutes les conditions pour obtenir l'autorisation sollicitée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2404223 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne ;
- la directive 2005/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles ;
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Harang, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 22 janvier 2025, M. Harang a lu son rapport et entendu les observations de Me Jourdaa pour M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. M. B A est titulaire d'un diplôme de masseur-kinésithérapeute délivré par l'United Campus of Malta ainsi que d'une autorisation d'exercice de cette profession sur le sol maltais depuis le mois d'avril 2023. Afin de pouvoir exercer son activité en France, il a demandé une équivalence auprès de la commission régionale d'autorisation d'exercice (C.R.A.E) rattachée à la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de la Région Provence-Alpes Côte d'Azur (D.R.E.E.T.S). La commission régionale d'autorisation d'exercice qui s'est réunie le 9 octobre 2024 a prononcé un sursis à statuer sur cette demande. M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par réponse en date du 25 novembre 2024, le Directeur Régional adjoint de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités a rejeté son recours gracieux.
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. En l'espèce, la décision en litige est de nature à préjudicier de manière importante à la situation du requérant du fait qu'elle l'empêche de travailler et donc d'acquérir des revenus, sur le territoire français où se situe le centre de ses intérêts personnels et familiaux. La condition d'urgence prévue pas les dispositions citées au point précédent doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
5. Aux termes de l'article L. 4321-3 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable à la date de la décision contestée : " Le diplôme d'Etat de masseur-kinésithérapeute est délivré après des études préparatoires et des épreuves dont la durée et le programme sont fixés par décret () ". Aux termes de l'article L. 4321-4 du même code, pris pour la transposition de la directive 2005/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles, dans sa rédaction applicable à la date de la décision du 20 avril 2018 : " L'autorité compétente peut, après avis d'une commission composée notamment de professionnels, autoriser individuellement à exercer la profession de masseur kinésithérapeute les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen qui, sans posséder le diplôme prévu à l'article L. 4321-3, sont titulaires : / () 3° Ou d'un titre de formation délivré par un Etat tiers et reconnu dans un Etat, membre ou partie, autre que la France, permettant d'y exercer légalement la profession. L'intéressé justifie avoir exercé la profession pendant trois ans à temps plein ou à temps partiel pendant une durée totale équivalente dans cet Etat, membre ou partie. Dans ces cas, lorsque l'examen des qualifications professionnelles attestées par l'ensemble des titres de formation initiale, de l'expérience professionnelle pertinente et de la formation tout au long de la vie ayant fait l'objet d'une validation par un organisme compétent fait apparaître des différences substantielles au regard des qualifications requises pour l'accès à la profession et son exercice en France, l'autorité compétente exige que l'intéressé se soumette à une mesure de compensation. Selon le niveau de qualification exigé en France et celui détenu par l'intéressé, l'autorité compétente peut soit proposer au demandeur de choisir entre un stage d'adaptation ou une épreuve d'aptitude, soit imposer un stage d'adaptation ou une épreuve d'aptitude, soit imposer un stage d'adaptation et une épreuve d'aptitude. () ".
6. En vertu de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-31/00 du 22 janvier 2002, confirmée en dernier lieu par l'arrêt C-166/20 du 8 juillet 2021, il découle des articles 45 et 49 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, que, lorsque les autorités d'un Etat membre sont saisies par un ressortissant de l'Union d'une demande d'autorisation d'exercer une profession dont l'accès est, selon la législation nationale, subordonné à la possession d'un diplôme, d'une qualification professionnelle ou encore à des périodes d'expérience pratique, et que, faute pour le demandeur de disposer de l'expérience pratique exigée dans l'Etat membre d'origine, pour y exercer une profession réglementée, sa situation n'entre pas dans le champ d'application de la directive 2005/36 modifiée, elles sont tenues de prendre en considération l'ensemble des diplômes, certificats et autres titres, ainsi que l'expérience pertinente de l'intéressé, en rapport avec cette profession, acquis tant dans l'Etat membre d'origine que dans l'Etat membre d'accueil, en procédant à une comparaison entre d'une part les compétences attestées par ces titres et cette expérience et, d'autre part, les connaissances et qualifications exigées par la législation nationale. Si cet examen comparatif des diplômes et de l'expérience professionnelle aboutit à la constatation que les connaissances et qualifications attestées par le diplôme obtenu à l'étranger correspondent à celles exigées par les dispositions nationales, les autorités compétentes de l'État membre d'accueil sont tenues d'admettre que ce diplôme et, éventuellement, l'expérience professionnelle remplissent les conditions posées par celles-ci. Si, en revanche, la comparaison ne révèle qu'une correspondance partielle entre ces connaissances et qualifications, lesdites autorités sont en droit d'exiger que l'intéressé démontre qu'il a acquis les connaissances et qualifications non attestées.
7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige, malgré la demande de communication de motifs présentée par le requérant, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée.
9. Compte tenu de ses motifs, la présente ordonnance implique nécessairement que la demande d'autorisation d'exercice en France de la profession de masseur-kinésithérapeute présentée par M. A soit réexaminée au regard des dispositions et principes cités aux points 5 et 6, applicables à sa situation et qui ne permettent, s'agissant d'un titre de formation délivré par Malte et qui est requis par cet Etat pour exercer légalement en son sein la profession réglementée de masseur-kinésithérapeute, que de subordonner l'autorisation sollicitée au respect des mesures compensatoires légalement prévues. Par suite, il y a lieu de prononcer une injonction en ce sens assortie d'un délai d'exécution de 2 mois.
Sur les frais de l'instance :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 850 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision prise par le Directeur Régional adjoint de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités en date du 25 novembre 2024 rejetant le recours gracieux présenté à la suite d'une décision rendue par la commission régionale d'autorisation d'exercice (CRAE) en date du 9 octobre 2024, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur (DREETS) de réexaminer, dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande d'autorisation d'exercer présentée par M. A.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 850 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet de la région Provence Alpes Côte d'Azur (DREETS).
Fait à Toulon, le 23 janvier 2025.
Le Vice-président,
Juge des référés
Signé
Ph. Harang
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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