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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2502714

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2502714

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2502714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantATGER Lucie

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Toulon, statuant en référé, a examiné les recours de Mme B épouse A contre un refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français (OQTF) et une assignation à résidence. La requérante invoquait notamment l’insuffisance de motivation, la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), ainsi qu’une violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a rejeté l’ensemble des demandes, considérant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés et que les décisions contestées étaient légales. Cette solution s’appuie sur les dispositions du CESEDA et les stipulations conventionnelles invoquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 10, 17, 28 et 29 juillet 2025 sous le n° 2502714, Mme C B épouse A, représentée par Me Atger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2025 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable compte tenu de la demande d'aide juridictionnelle présentée le 4 mars 2025 ;

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 435-1 du même code ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2025, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme B épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 3 juin 2025 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.

II. Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2025 sous le n° 2502813, Mme C B épouse A, représentée par Me Atger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2025 par lequel le préfet du Var l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui remettre son passeport et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'assignation à résidence est illégale du fait du fait de l'illégalité de l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; le préfet ne fait aucune mention du recours suspensif, introduit le 10 juillet 2025, à l'encontre de l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ; l'arrêté vise une série d'articles qui ne permet pas d'identifier les dispositions dont il a été fait application ; l'assignation à résidence prise sur le fondement de l'article L. 731-3-1° relève de la procédure contentieuse de droit commun et non de l'urgence ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des articles L. 731-3 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'obligation de quitter le territoire français n'était pas exécutoire compte tenu du recours contentieux formé devant le tribunal ; la décision d'éloignement ne comporte aucun pays de destination ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 732-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir ;

- la décision portant retenue du passeport est illégale du fait du fait de l'illégalité de l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2025, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- une erreur matérielle a été commise ; il convient de lire l'article L. 731-1 au lieu de L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants, L. 921-1 et L. 922-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Atger, avocate de la requérante, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, ajoute que l'arrêté du 10 février 2025, dans son entièreté, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'arrêté portant assignation à résidence est incompréhensible, qu'il ne mentionne pas le bon fondement et impose à Mme B de rester à son domicile tous les jours de 9h et 12h alors qu'elle doit accompagner son mari à l'hôpital pour ses dialyses, que la police est venue au domicile de Mme B seulement quelques jours après le dépôt du recours contentieux contre l'arrêté du 10 février 2025 et que le changement de régime procédural résultant de cet arrêté est très préjudiciable à Mme B en ce qu'il réduit le délai d'instruction du dossier n° 2502714 de 6 mois à 15 jours et la prive d'un jugement par une formation collégiale ;

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1982, est entrée en France le 25 février 2020. Le 19 avril 2023, elle a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 10 février 2025, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 16 juillet 2025, le préfet du Var l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours.

2. Les requêtes nos 2502714 et 2502813, présentées par Mme B épouse A, sont relatives à sa situation vis-à-vis du droit au séjour et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1. ". Aux termes de l'article L. 911-1 de ce code : " () Si, en cours d'instance, l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de la date à laquelle cette décision lui est notifiée par l'autorité administrative. / () Dans les cas prévus aux troisième et avant-dernier alinéas du présent article, l'affaire est jugée dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du présent livre. ". Et aux termes de l'article L. 922-2 du même code : " Le recours est jugé par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres du tribunal () ".

Sur la requête n° 2502714 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 février 2025 :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est arrivée en France le 20 février 2020 pour rejoindre son époux, avec qui elle est mariée depuis 2001, qui souffre de drépanocytose et qui est titulaire d'un titre de séjour pluriannuel pour raisons de santé depuis 2015. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier des certificats médicaux établis par des médecins de l'hôpital Sainte-Musse à Toulon où M. A est suivi, que cette maladie chronique invalidante nécessite une prise en charge en hémodialyse trois fois par semaine en centre lourd de l'hôpital, qu'elle lui génère des douleurs physiques quasi quotidiennes et une asthénie et que l'état de santé de M. A a conduit à ce que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui reconnaisse un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 % correspondant à " des difficultés ayant des conséquences majeures dans [sa] vie quotidienne et sur [son] autonomie individuelle ". Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que la présence de Mme B auprès de son époux est, comme l'attestent les certificats médiaux précités, indispensable pour l'aider dans les actes de la vie courante et l'accompagner et le soutenir dans ses soins. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. A travaille à temps complet en tant que boulanger et que Mme B dispose d'une promesse d'embauche en tant que vendeuse dans le même établissement. Dans ces conditions, le préfet du Var a, en refusant un titre de séjour à l'intéressée et en l'obligeant à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. La circonstance que l'enfant mineur du couple, pour lequel une demande de regroupement familial est d'ailleurs toujours en cours d'examen, réside en Guinée est à cet égard sans incidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 10 février 2025 du préfet du Var doit être annulé.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 10 février 2025 implique nécessairement qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à Mme B épouse A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

En ce qui concerne les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser au conseil de Mme B épouse A en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Sur la requête n° 2502813 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2025 :

10. L'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de Mme B ayant été annulée, l'arrêté du 16 juillet 2025 portant assignation à résidence doit également être annulé par voie de conséquence.

11. Au surplus, et à supposer qu'il soit regardé comme ayant été pris sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cet arrêté était entaché d'une erreur de droit dès lors que, compte tenu de la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B le 4 mars 2025 et du recours contentieux enregistré le 10 juillet 2025, le délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été accordé pour quitter le territoire français n'était pas expiré au 16 juillet 2025.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2025 implique nécessairement que le passeport de Mme B épouse A lui soit restitué. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Var d'y procéder immédiatement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

En ce qui concerne les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme B épouse A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 10 février 2025 et du 16 juillet 2025 du préfet du Var sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var, d'une part, de délivrer à Mme B épouse A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, et dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et, d'autre part, de restituer immédiatement à l'intéressée son passeport.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros au conseil de Mme B épouse A en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, au titre de la requête n° 2502714.

Article 4 : L'Etat versera à Mme B épouse A la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre de la requête n° 2502813.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A, au préfet du Var et Me Atger.

Fait à Toulon le 31 juillet 2025.

La magistrate désignée,

signé

M. DLa greffière,

signé

L. APARICIO

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

La greffière,

Nos 2502714, 2502813

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