Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 20 janvier 2026, la société Kazuba représentée par Me Tournaire-Chailan, demande au juge des référés :
1°) de prononcer la nullité du contrat conclu le 22 décembre 2025, entre la Commune de Six-Fours-Les-Plages et la SA SANISPHERE ;
2°) d’imposer à la Ville de Six-Fours-Les-Plages, une pénalité financière, en exécution de l’article L551-22 du Code de Justice Administrative ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Six-Fours-Les-Plages la somme de 3 000 euros sur le fondement L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La Commune de Six-Fours-Les-Plages ne pouvait pas conclure le contrat avant l’expiration du délai de 11 jours suivant l’envoi de la notification de rejet à la requérante. Ce délai de 11 jours a donc couru à compter du 19 décembre 2025, date à laquelle la requérante s’est vu notifier le rejet de son offre. Or, la ville de Six-Fours-Les-Plages a signé le contrat avec la SA SANISPHERE dès le 22 décembre 2025 ; Ainsi, la Ville de Six-Fours-Les-Plages n’a pas respecté le délai de 11 jours et a donc méconnu les dispositions impératives de l’article R 2182–1 du Code de la Commande Publique. En ne respectant pas ce délai de 11 jours, la Ville de Six-Fours-Les-Plages l’a privée de la possibilité effective d’exercer un référé précontractuel, prévu par les articles L 551–1 et suivants du Code de Justice Administrative. Cette signature anticipée constitue un manquement grave aux obligations de publicité et de mise en concurrence ouvrant pleinement le droit à l’exercice du référé contractuel, conformément aux dispositions de l’article L 551–18 du Code de Justice Administrative ;
Le CCTP et l’Etude Pédologique n’étaient pas conformes à la réglementation ;
Contrairement à ce qu’affirme la commune, elle ne s’est pas trompée dans son analyse. Elle a appliqué strictement un texte réglementaire, en refusant de proposer une solution fondée sur une infiltration directe non conforme à l’arrêté du 7 septembre 2009. Il ne s’agit donc ni d’un refus de se conformer au CCTP, ni d’une interprétation excessive, mais d’une application rigoureuse de la réglementation, visant à éviter la mise en œuvre d’une solution juridiquement et techniquement irrégulière ;
La Commune n’a pas défini un besoin fonctionnel, comme la loi le lui impose, en la matière, mais a imposé un schéma technique prédéterminé, issu de l’étude du Cabinet G2a (séparation des urines/fèces, décanteur, épandage par le sol, vermicompostage) ;
Son éviction résulte d’une exigence illégale de la commune.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2026, la Commune de Six-Fours-Les-Plages représentée par la Selarl Grimaldi & Associés agissant par Me Grimaldi conclut rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser la somme de 3 000 euros sur le fondement L.761-1 du code de justice administrative.
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Elle fait valoir que les moyens soulevés de sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.
Au cours de l’audience publique, M. Harang a lu son rapport et entendu :
Les observations de Me Grimaldi pour la Commune de Six-Fours-Les-Plages.
La société Kazuba n’étant ni présente, ni représentée.
Après avoir prononcé la clôture de l’instruction à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
La Commune de Six-Fours-Les-Plages a lancé une procédure d’attribution d’un marché en vue de la fourniture, l’installation et la mise en service de deux sanitaires publics. La procédure de passation utilisée était la procédure adaptée ouverte. La société Kazuba a répondu à cette consultation, pour le lot 1. Dans le cadre des questions/réponses au titre de la consultation, la société requérante a obtenu communication de l’étude de faisabilité technique et réglementaire (étude pédologique la Coudoulière) et de l’attestation de conformité du projet par le SPANC. Par courrier en date du 19 Décembre 2025, elle a été informée de ce que son offre n’était pas retenue au regard de son irrégularité. Elle a saisi la Juridiction de céans dans le cadre d’une procédure de référé précontractuel, le 23 décembre 2025. En l’état de la signature du marché le 22 décembre 2025, elle s’est désistée et une ordonnance actant dudit désistement est intervenue le 5 Janvier 2026.
D’une part, aux termes de l’article L. 551-13 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi, une fois conclu l'un des contrats mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, d'un recours régi par la présente section ». Aux termes de l’article L. 551-18 du même code : « Le juge prononce la nullité du contrat lorsqu'aucune des mesures de publicité requises pour sa passation n'a été prise, ou lorsque a été omise une publication au Journal officiel de l'Union européenne dans le cas où une telle publication est prescrite. / La même annulation est prononcée lorsque ont été méconnues les modalités de remise en concurrence prévues pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d’acquisition dynamique. / Le juge prononce également la nullité du contrat lorsque celui-ci a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 si, en outre, deux conditions sont remplies : la méconnaissance de ces obligations a privé le demandeur de son droit d'exercer le recours prévu par les articles L. 551-1 et L. 551-5, et les obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sa passation est soumise ont été méconnues d'une manière affectant les chances de l'auteur du recours d'obtenir le contrat ».
D’autre part, aux termes de l’article R. 2181-1 du code de la commande publique : « L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ». Aux termes de l’article R. 2181-2 du même code, applicable aux marchés passés selon une procédure adaptée : « Tout candidat ou soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été rejetée peut obtenir les motifs de ce rejet dans un délai de quinze jours à compter de la réception de sa demande à l'acheteur. / Lorsque l'offre de ce soumissionnaire n'était ni inappropriée, ni irrégulière, ni inacceptable, l'acheteur lui communique en outre les caractéristiques et avantages de l'offre retenue ainsi que le nom de l'attributaire du marché ». Aux termes de l’article R. 2181-3 du même code, applicable aux marchés passés selon une procédure formalisée : « La notification prévue à l’article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l’offre. / Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : / 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; / 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1 ». Aux termes de l’article R. 2182-1 du même code : « Pour les marchés passés selon une procédure formalisée, un délai minimal de onze jours est respecté entre la date d'envoi de la notification prévue aux articles R. 2181-1 et R. 2181-3 et la date de signature du marché par l'acheteur. Ce délai minimal est porté à seize jours lorsque cette notification n'a pas été transmise par voie électronique ». Il résulte de ces dispositions que, pour les marchés passés selon une procédure adaptée, l’acheteur doit, d’une part, dès qu’il décide de rejeter une offre, notifier ce rejet au soumissionnaire concerné, sans être tenu de lui notifier la décision d’attribution et, d’autre part, n’est tenu au respect d’aucun délai entre la date d’envoi de cette notification et la date de signature du marché, pas même le délai raisonnable dont se prévaut la société requérante dans ses écritures.
Il résulte de ces dispositions que les manquements susceptibles d’être utilement invoqués dans le cadre du référé contractuel sont limitativement définis aux articles L. 551-18 à L. 551-20 du code de justice administrative précités. S’agissant des marchés passés selon une procédure adaptée, qui ne sont pas soumis à l’obligation, pour le pouvoir adjudicateur, de notifier aux opérateurs économiques ayant présenté une offre, avant la signature du contrat, la décision d’attribution, l’annulation d’un tel contrat ne peut, en principe, résulter que du constat des manquements mentionnés aux deux premiers alinéas de l’article L. 551-18, c’est-à-dire de l’absence des mesures de publicité requises pour sa passation ou de la méconnaissance des modalités de remise en concurrence prévues pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d’acquisition dynamique. Le juge du référé contractuel doit également annuler un marché à procédure adaptée, sur le fondement des dispositions du troisième alinéa de l’article L. 551-18 du code de justice administrative, ou prendre l’une des autres mesures mentionnées à l’article L. 551-20, dans l’hypothèse où, alors qu’un recours en référé précontractuel a été formé, le pouvoir adjudicateur ou l’entité adjudicatrice n’a pas respecté la suspension de signature du contrat prévue aux articles L. 551-4 ou L. 551-9 ou ne s’est pas conformé à la décision juridictionnelle rendue sur ce référé.
Dès lors que les moyens soulevés par la société requérante, tirés d’une méconnaissance des dispositions inapplicables en l’espèce des articles R. 2182-2 et R. 2181-3 du code de la commande publique et de ce qu’elle estime être des manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles la passation est soumise, ne se rattachent pas aux manquements mentionnés aux deux premiers alinéas de l’article L. 551-18 du code de justice administrative, ses conclusions tendant au constant de la nullité du marché en litige et à la condamnation de la commune au paiement d’une pénalité financière, ne peuvent qu’être rejetées
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de la Commune de Six-Fours-Les-Plages la somme que la société Kazuba demande au titre des frais exposés dans l’instance. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société Kazuba une somme de 2 500 euros à verser à la Commune de Six-Fours-Les-Plages à ce titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Kazuba est rejetée.
Article 2 : La société Kazuba versera la somme de 2 500 euros à la Commune de Six-Fours-Les-Plages au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Kazuba et à la Commune de Six-Fours-Les-Plages.
Fait à Toulon, le 26 janvier 2026.
Le Vice-président,
Juge des référés
signé
Ph. Harang
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Le greffier