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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2600384

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2600384

mercredi 28 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2600384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKEBAILI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion de Mme G..., Mme A... F..., M. B... E... et tous occupants de leur chef d'un Hébergement d'Urgence pour Demandeurs d'Asile (HUDA) à Fréjus. La solution retenue est fondée sur l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet au gestionnaire de demander en justice l'évacuation des occupants sans titre après une mise en demeure infructueuse. Le juge a constaté que les occupants, définitivement déboutés de leurs demandes d'asile, se maintiennent irrégulièrement dans les lieux, et que leur départ est urgent et utile compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le Var.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2026, l’association En Chemin, représentée par Me Kebaili, demande au tribunal sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner à Mme G..., Madame A... F..., M. B... E..., ainsi que tous les occupants de leur chef, d’avoir à quitter, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, l’hébergement qu'ils occupent, dans le cadre du dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile, à l’adresse 284 Avenue du Général Jean Callies – Bâtiment G3 appartement G20 3ème étage à FREJUS (83600) ;

2°) d’autoriser, en l’absence de départ volontaire dans le délai déterminé, le préfet du Var à faire procéder à l'expulsion de Mme G..., Mme A... F..., M. B... E... ainsi que tous occupants de leur chef et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

L’association en Chemin soutient que :

- la condition d’urgence est remplie, compte tenu que le maintien des occupants dans cet hébergement d’urgence prive des personnes du droit de bénéficier d’un hébergement d’urgence ;
- la demande d’expulsion, présentée en application de l’article L.552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, est justifiée dès lors que M. B... E..., Mme G... et Mme. Sonia F... ont été définitivement déboutés de leurs demandes d’asile et qu’ils occupent irrégulièrement un lieu d’hébergement, malgré une mise en demeure d’avoir à le quitter ;
- le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d’asile, pour lesquels les lieux d’hébergement sont saturés.


Vu :
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Sauton ;
- et les observations de Me Kebaili, représentant l’association En Chemin, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que ses précédentes écritures mais précise que l’établissement d’hébergement concerné est un Hébergement d’Urgence pour Demandeurs d’Asile (HUDA) et non Centre d'accueil de demandeurs d'asile en France (CADA) .

Après avoir prononcé, à l’issue de l’audience, la clôture de l’instruction.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes d’une part de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : «En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision.» et aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».

2. Aux termes d’autre part de l’article L. 552-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ». Selon l’article L. 551-11 du même code : « L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ». L’article L. 552-15 dispose : « Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ».

3.. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet ou le gestionnaire du lieu d’hébergement d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile d’un demandeur d’asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.

Il résulte de l’instruction que le nombre d’hébergements disponibles pour les demandeurs d’asile dans le département du Var reste insuffisant pour accueillir tous les demandeurs d’asile, y compris des familles composées de femmes enceintes ou d’enfants. Par suite, compte tenu de la saturation du dispositif d’hébergement des demandeurs d’asiles, l’association En Chemin, gestionnaire de lieux d’hébergement pour demandeurs d’asile, est fondée à soutenir qu’il est utile et urgent que les personnes dont la demande d’asile a été définitivement rejetée quittent les hébergements dans lesquels ils se maintiennent sans autorisation pour permettre l’accueil des nouveaux demandeurs d’asile.

5. Mme G..., Mme A... F..., M. B... E... et les deux enfants D... et C... ont été déboutés définitivement de leurs demandes d’asile, la Cour nationale du droit d’asile ayant rejeté le 26 septembre 2025 leurs requêtes dirigées contre les refus d’asile prononcés le 6 décembre 2024 par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Des mises en demeure de quitter les lieux leur ont été notifiées par courriers des 13 octobre 2025, 18 novembre 2025 et 5 décembre 2025, ce dernier signifié par commissaire de justice. Les intéressés ne font aucunement état de démarches qu’ils auraient effectuées en vue de se conformer à leurs obligations.

Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’ordonner la libération, dans un délai de six semaines, des lieux que Mme G..., Mme A... F..., M. B... E... et leurs occupants de leur chef occupent au titre du dispositif d’hébergement des demandeurs d’asile géré par l’association En Chemin, au besoin avec le concours de la force publique. Il y a lieu également d’autoriser le préfet du Var à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d’accueil pour demandeurs d’asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s’y trouvant, aux frais et risques des intéressés à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.



ORDONNE :


Article 1er : Il est enjoint à Mme G..., Mme A... F..., M. B... E... et à tous occupants de leur chef de libérer, dans un délai de six semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, avec les biens s’y trouvant, les lieux qu’ils occupent dans le cadre du dispositif d’hébergement pour les demandeurs d’asile géré par l’association En Chemin, situé à l’adresse 284 Avenue du Général Jean Callies – Bâtiment G3 appartement G20 3ème étage à FREJUS (83600).

Article 2 : En l’absence de départ volontaire de Mme G..., Mme A... F..., M. B... E... et de tous occupants de leur chef, le préfet du Var pourra procéder à l’évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l’association En Chemin, à Mme G..., Mme A... F... et M. B... E....

Copie en sera remise pour information au préfet du Var.


Fait à Toulon, le 28 janvier 2026.


Le juge des référés,


signé


JF Sauton



La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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