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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2000737

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2000737

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2000737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL OPTIMA AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant après un sursis à statuer, rejette la requête de M. B contre la délibération du conseil municipal de Vouharte du 20 janvier 2020. Le tribunal judiciaire d'Angoulême ayant qualifié le chemin du Pré de la Cour de chemin rural appartenant au domaine privé de la commune, le tribunal administratif estime que l'appel interjeté par M. B n'a pas d'effet suspensif et ne justifie pas de prolonger le sursis. En conséquence, le moyen unique tiré de l'absence de caractère de chemin rural est écarté, et la délibération est validée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 14 juin 2022, le tribunal administratif, saisi de la requête de M. B tendant à l'annulation de la délibération du 20 janvier 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Vouharte a, d'une part, décidé de réaménager le chemin du Pré de la Cour afin de permettre son utilisation par les piétons dans un cadre touristique et de développer l'attractivité de la commune et, d'autre part, autorisé le maire de la commune à conclure tous les marchés publics en lien avec les opérations de délimitation de l'assiette et d'aménagement de ce chemin, a sursis à statuer jusqu'à ce que le tribunal judiciaire d'Angoulême se soit prononcé sur le point de savoir si le chemin du Pré de la Cour appartenait au domaine privé de la commune de Vouharte.

Par une décision n° RG 22/01428 du 28 mars 2024, le tribunal judiciaire d'Angoulême s'est prononcé sur cette question.

Par un mémoire enregistré le 20 août 2024, M. B, requérant, et Mme A, intervenante volontaire, représentés par la SELARL Optima Avocats, concluent à la prorogation du sursis à statuer dans l'attente d'une décision définitive des juridictions judiciaires sur la propriété du chemin du Pré de la Cour.

Ils soutiennent que l'appel du jugement du 28 mars 2024, qu'ils ont interjeté le 17 juin 2024 devant la Cour d'appel de Bordeaux, ne peut avoir pour effet que de proroger le sursis à statuer ordonné par le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 14 juin 2022.

Par un mémoire en intervention enregistré le 27 août 2024, non communiqué, Mme F C, représentée par la SCP CMCP, demande que le tribunal rejette la requête de M. B.

Elle soutient que le chemin du Pré de la Cour est un chemin rural appartenant au domaine privé de la commune de Vouharte.

Vu les autres pièces du dossier, y compris celles visées par le jugement du 14 juin 2022 ;

Vu :

- le code de procédure civile ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le jugement n° RG 22/01428 du 28 mars 2024 du tribunal judiciaire d'Angoulême ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry ;

- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Porchet, représentant la commune de Vouharte.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 14 juin 2022, le tribunal administratif a sursis à statuer sur la demande de M. B jusqu'à ce que le tribunal judiciaire d'Angoulême se soit prononcé sur la question de savoir si le chemin du Pré de la Cour appartenait au domaine privé de la commune de Vouharte.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 771-2 du code de justice administrative : " Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse et relevant de la compétence de la juridiction judiciaire, la juridiction administrative initialement saisie la transmet à la juridiction judiciaire compétente. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle ". L'article 126-15 du code de procédure civile dispose que lorsqu'elle est saisie d'une telle question, la juridiction judiciaire " statue à bref délai. Le jugement est rendu en premier et en dernier ressort. Le délai de pourvoi en cassation est de quinze jours à compter de la notification du jugement ".

3. Sauf dispositions législatives contraires, le pourvoi en cassation formé contre une décision de la juridiction judiciaire statuant, sur le fondement de l'article 126-15 du code de procédure civile, sur une question préjudicielle de la juridiction administrative n'a pas d'effet suspensif. Par suite, lorsqu'une telle décision fait l'objet d'un pourvoi devant la Cour de cassation, la juridiction administrative n'est pas tenue de surseoir à statuer sur les conclusions dont elle est saisie jusqu'à ce que la Cour de cassation se soit prononcée sur ce pourvoi. Elle dispose de la faculté de le faire lorsqu'elle l'estime nécessaire à une bonne administration de la justice.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a interjeté, le 17 juin 2024, appel du jugement rendu par le tribunal judiciaire d'Angoulême le 28 mars 2024 devant la cour d'appel de Poitiers. Par suite, à supposer même que la juridiction saisie juge cet appel recevable, en l'absence d'effet suspensif du recours exercé à l'encontre du jugement rendu sur une question préjudicielle, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prolonger le sursis à statuer ordonné par le tribunal dans son jugement du 14 juin 2022.

5. En second lieu, par son jugement du 28 mars 2024, le tribunal judiciaire d'Angoulême a décidé que le chemin du Pré de la Cour avait le caractère d'un chemin rural, appartenant ainsi au domaine privé de la commune de Vouharte, faute de preuve contraire suffisante apportée par M. B, et a rejeté sa demande subsidiaire d'expertise judiciaire. Le requérant n'ayant soulevé aucun autre moyen dans la présente instance que celui tiré de ce que le chemin en litige ne revêtirait pas le caractère d'un chemin rural, il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 20 janvier 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Vouharte a, d'une part, décidé de réaménager le chemin du Pré de la Cour afin de permettre son utilisation par les piétons dans un cadre touristique et de développer l'attractivité de la commune et, d'autre part, autorisé le maire de la commune à conclure tous les marchés publics en lien avec les opérations de délimitation de l'assiette et d'aménagement de ce chemin, au motif que ce chemin ne revêtirait pas le caractère d'un chemin rural appartenant au domaine privé de la commune de Vouharte, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vouharte, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Vouharte au même titre.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Vouharte présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à la commune de Vouharte et au président du tribunal judiciaire d'Angoulême.

Copie en sera adressée à Mme D A et à Mme F C.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERYLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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