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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2001575

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2001575

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2001575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVERDIER LE PRATAVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2020, l'Association départementale des irrigants de la Vienne (ADIV), représentée par Me Verdier, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2019 des préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire portant autorisation unique pluriannuelle de prélèvements d'eau pour l'irrigation agricole de l'organisme unique de gestion collective (OUGC) Vienne aval pour les années 2020 à 2029, ensemble la décision par laquelle l'autorité administrative a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté le 9 mars 2020.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que le projet présenté par l'OUGC ne devait pas être analysé par rapport à sa conformité avec les volumes prélevables qui avaient été définis par la commission locale des eaux (CLE) du bassin de la Vienne, mais seulement au regard de sa compatibilité avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Loire-Atlantique et du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) du bassin de la Vienne ;

- il a été pris sur le fondement des volumes prélevables définis par la CLE du bassin de la Vienne, qui n'avaient pas de valeur réglementaire en l'absence de révision préalable du SAGE de ce bassin, et qui n'étaient donc pas opposables au projet présenté par l'OUGC du bassin Vienne aval dans sa demande d'autorisation unique pluriannuelle (AUP) ;

- il est également entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il est fondé sur les préconisations formulées par le préfet coordonnateur de bassin dans une lettre de cadrage du 31 juillet 2015 et dans un avis du 5 mai 2018, alors que cette autorité n'a pas compétence pour fixer individuellement les volumes prélevables ;

- dès lors que le défaut de conformité avec les volumes prélevables définis par la CLE, tel qu'il a été relevé par la mission régionale d'autorisation environnementale (MRAE), n'est pas de nature à justifier une réduction des volumes de prélèvements autorisés, et dès lors que l'évaluation environnementale annexée au projet proposé par l'OUGC démontre que celui-ci ne comporte pas de risque sur le bon fonctionnement des milieux aquatiques et les ressources en eau potable, les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire ont, en réduisant les volumes autorisés par rapport aux volumes proposés dans le projet de l'OUGC, commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté contesté a été pris en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 211-1 du code de l'environnement en ce que le niveau des baisses de prélèvements annuels autorisés dans plusieurs unités de gestion du bassin Vienne aval, qui est diminué chaque année de 3 % par rapport à l'année précédente, compromet à terme l'objectif d'un usage partagé de l'eau permettant de garantir l'irrigation et revêt un caractère disproportionné.

Par un mémoire en intervention volontaire enregistré le 22 février 2021, la chambre d'agriculture de la Vienne conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que l'ADIV.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le préfet de la Vienne conclut à l'irrecevabilité de l'intervention volontaire de la chambre d'agriculture de la Vienne et au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la chambre d'agriculture de la Vienne, en tant que destinataire de l'autorisation unique de prélèvement contestée en sa qualité d'OUGC, n'a pas formé de recours contentieux dans le délai imparti et ne peut, par suite, être admise à ester en justice contre cet arrêté par voie d'intervention ;

- les moyens soulevés par l'ADIV et par la chambre d'agriculture de la Vienne ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Benoliel, représentant l'ADIV et la chambre d'agriculture de la Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. Le bassin versant de la Vienne aval s'étend sur les départements de la Vienne et de l'Indre-et-Loire. Il est classé en zone de répartition des eaux (ZRE), au sens des dispositions de l'article R. 211-71 du code de l'environnement, selon un arrêté du préfet coordonnateur du bassin Loire-Bretagne du 22 novembre 2010. Par un arrêté des préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire du 30 décembre 2016, la chambre d'agriculture de la Vienne a été désignée en qualité d'organisme unique de gestion collective (OUGC) de l'eau pour le bassin de la Vienne aval. Le 19 janvier 2018, la chambre d'agriculture de la Vienne a déposé auprès du préfet de ce département une demande d'autorisation unique pluriannuelle (AUP) aux fins de voir autoriser des prélèvements d'eau pour l'irrigation. Par un arrêté du 8 novembre 2019, les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire ont accordé à l'OUGC du bassin Vienne aval une AUP de prélèvement d'eau à usage d'irrigation jusqu'au 31 décembre 2029. L'Association des irrigants de la Vienne (ADIV) doit être regardée comme demandant l'annulation de cet arrêté en ce qu'il prévoit la réduction progressive des prélèvements dans certaines masses d'eau qui, au sein du bassin Vienne aval, se trouvent dans les unités de gestion Blourde-Talbat, Talbat-Clain et Clain-Creuse.

Sur la recevabilité de l'intervention de la chambre d'agriculture de la Vienne :

2. D'une part, la préfecture de la Vienne n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elle aurait, selon les formes prévues par les articles L. 112-3 et R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration, accusé réception du recours gracieux formé contre l'arrêté en litige par la chambre d'agriculture de la Vienne le 13 janvier 2020. Dans ces conditions, il n'est pas démontré que le délai de recours contentieux était expiré à la date à laquelle cet organisme est intervenu dans la présente instance et, en tout état de cause, conformément aux dispositions de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration, le délai d'exercice d'un tel recours ne lui est pas opposable. Par suite, la fin de non-recevoir que la préfète de la Vienne oppose en défense, ne peut qu'être écartée.

3. D'autre part, en tant qu'OUGC, bénéficiaire de l'arrêté en litige, la chambre d'agriculture de la Vienne justifie, en cette qualité, d'un intérêt suffisant lui donnant qualité pour intervenir au soutien de l'ADIV. Par suite, son intervention peut être admise.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I.-Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : () 5° bis La promotion d'une politique active de stockage de l'eau pour un usage partagé de l'eau permettant de garantir l'irrigation, élément essentiel de la sécurité de la production agricole et du maintien de l'étiage des rivières, et de subvenir aux besoins des populations locales () II.-La gestion équilibrée doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population. Elle doit également permettre de satisfaire ou concilier, lors des différents usages, activités ou travaux, les exigences : / 1° De la vie biologique du milieu récepteur () / 2° De la conservation et du libre écoulement des eaux () 3° De l'agriculture () de la pêche en eau douce, de l'industrie, de la production d'énergie, en particulier pour assurer la sécurité du système électrique () ainsi que de toutes autres activités humaines légalement exercées () ". Selon l'article L. 211-3 de ce code : " I. - En complément des règles générales mentionnées à l'article L. 211-2, des prescriptions nationales ou particulières à certaines parties du territoire sont fixées par décret en Conseil d'Etat afin d'assurer la protection des principes mentionnés à l'article L. 211-1. / II. - Ces décrets déterminent en particulier les conditions dans lesquelles l'autorité administrative peut : () 6° Délimiter des périmètres à l'intérieur desquels les autorisations de prélèvement d'eau pour l'irrigation sont délivrées à un organisme unique pour le compte de l'ensemble des préleveurs irrigants. Dans les zones de répartition des eaux, l'autorité administrative peut constituer d'office cet organisme () ".

5. D'autre part, aux termes du III de l'article L. 212-1 du code de l'environnement dans sa rédaction applicable au litige : " Chaque bassin ou groupement de bassins hydrographiques est doté d'un ou de plusieurs schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux fixant les objectifs visés au IV du présent article et les orientations permettant de satisfaire aux principes prévus aux articles L. 211-1et L. 430-1 () ". Aux termes du XI de ce même article : " Les programmes et les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles ou rendus compatibles avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux. ".

En ce qui concerne la motivation de l'arrêté attaqué :

6. L'arrêté contesté a été pris, notamment, aux visas du code de l'environnement, de l'arrêté du 18 novembre 2015 par lequel le préfet de la région Centre, préfet coordonnateur du bassin Loire-Bretagne, a approuvé le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) de ce bassin, ainsi que de l'arrêté des préfets de la Charente, de la Corrèze, de la Creuse, de l'Indre-et-Loire, de la Vienne et de la Haute-Vienne du 8 mars 2013 portant approbation du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) du bassin de la Vienne. Il expose en outre, dans ses motifs, les circonstances de fait qui le fondent, en particulier les raisons pour lesquelles l'administration a décidé de réduire progressivement les niveaux annuels de prélèvements autorisés dans les masses d'eau discutées. L'ensemble de ces informations permettait à la requérante de contester utilement cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance par les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire de l'étendue de leurs pouvoirs propres :

7. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées au point 5 que le SDAGE, d'une part, fixe, pour chaque bassin ou groupement de bassins, les objectifs de qualité et de quantité des eaux ainsi que les orientations permettant d'assurer une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, et d'autre part, détermine à cette fin les aménagements et les dispositions nécessaires. En outre, lorsque cela apparaît nécessaire pour respecter ses orientations et ses objectifs, le SDAGE peut être complété, pour un périmètre géographique donné, par un SAGE qui doit lui être compatible et qui comporte, en vertu de l'article L. 212-5-1, d'une part, un plan d'aménagement et de gestion durable de la ressource en eau et des milieux aquatiques, et d'autre part, un règlement pouvant édicter les obligations définies au II de cet article. En vertu du XI de l'article L. 212-1 et de l'article L. 212-5-2 du code de l'environnement, les décisions administratives prises dans le domaine de l'eau, dont celles prises au titre de la police de l'eau en application des articles L. 214-1 et suivants du même code, sont soumises à une simple obligation de compatibilité avec le SDAGE et avec le plan d'aménagement et de gestion durable du SAGE. Pour apprécier cette compatibilité, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent pour apprécier les effets du projet sur la gestion des eaux, si l'autorisation ne contrarie pas les objectifs et les orientations fixés par le schéma, en tenant compte de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation de l'autorisation au regard de chaque orientation ou objectif particulier. En revanche, les décisions administratives prises au titre de la police de l'eau en application des articles L. 214-1 et suivants sont soumises à une obligation de conformité au règlement du SAGE et à ses documents cartographiques, dès lors que les installations, ouvrages, travaux et activités en cause sont situés sur un territoire couvert par un tel document.

8. Le bassin Vienne aval fait partie du bassin Loire-Bretagne, dont le SDAGE pour les années 2016 à 2021 a été approuvé par décret du préfet de la région Centre-Val-de-Loire, préfet coordonnateur du bassin, par un arrêté du 18 novembre 2015. Pour l'essentiel des bassins hydrographiques qui le composent et, notamment, pour les unités de gestion situées entre la confluence avec la Blourde et la confluence avec la Creuse, le bassin Vienne aval est classé en ZRE, c'est-à-dire en zones dans lesquelles, selon le SDAGE du bassin Loire-Bretagne, les prélèvements et les consommations sont les plus intenses, et où un déficit chronique est constaté, de sorte que l'enjeu principal est d'y mettre en place une gestion volumétrique et concertée des prélèvements et des consommations, pour respecter le bon état du milieu, prévenir et gérer les conflits d'usages et garantir les usages essentiels, notamment l'alimentation en eau potable. Ce même document définit en outre des objectifs de limitation des prélèvements en ZRE. S'il ne fixe pas d'objectifs quantifiés en vue de réduire les prélèvements en eau, il fixe néanmoins des limites à ne pas dépasser afin d'atteindre un objectif, a minima, de bon état des ressources, qui est l'objectif fixé pour toutes les masses d'eaux incluses dans les unité de gestion en litige (Blourde-Talbat : FRGR0360b, FRGR1811 , FRGR1817, FRGR1846, FRGR1855, FRGG066, FRGG064 ; Talbat-Clain : FRGR0360b, FRGG066, FRGG067 ; Clain-Creuse : FRGR0362, FRGR2018, FRGR2020, FRGR2047, FRGG087, FRGG142 et FRGG073), que ce soit sous le critère de l'état écologique ou sous celui de l'état chimique en ce qui concerne les eaux superficielles, ou sous le critère de l'état quantitatif ou sous celui de l'état qualitatif pour les nappes souterraines. Cet objectif devait être atteint dès 2015 pour certaines masses d'eaux et sous certains critères, cette échéance ayant a été fixée, pour d'autres masses d'eaux et sous d'autres critères, à l'année 2021 ou 2027.

9. Le SAGE du bassin de la Vienne a été approuvé le 8 mars 2013, par un arrêté conjoint des préfets de la Charente, de la Creuse, de la Corrèze, de l'Indre-et-Loire, de la Vienne et de la Haute-Vienne. Il se compose d'un plan d'aménagement et de gestion durable de la ressource en eau et des milieux aquatiques (PAGD), d'un règlement et d'une déclaration environnementale. S'il ne comporte aucune prescription quantitative en ce qui concerne les volumes d'eau qui peuvent être prélevés, il désigne néanmoins, parmi les enjeux à traiter, notamment, les déficits quantitatifs et la dégradation morphologique, l'atteinte aux zones humides. Dans son état des lieux, le PAGD relève que les débits mesurés restent faibles par rapport aux débits statistiques de référence et qu'en 2008, la pluviométrie n'a pas toujours permis d'éviter les situations d'assec pour les affluents de la Vienne aval, les niveaux des nappes souterraines semblant quant à eux avoir subi une légère stabilisation alors qu'ils ne cessaient de décroître depuis 2003. S'agissant de l'optimisation de la gestion quantitative, son chapitre dédié aux enjeux particuliers du bassin souligne que la partie aval du bassin fait désormais partie d'un classement en zone de répartition des eaux caractérisant les déséquilibres entre la ressource disponible et les prélèvements et qu'il apparaît primordial, pour améliorer la régulation des quantités d'eau, de garantir une gestion optimale des grandes retenues, d'adapter les prélèvements aux ressources disponibles et de mieux gérer les crises. Parmi les objectifs à atteindre pour répondre à cet enjeu, il retient, notamment, l'amélioration de la gestion des périodes d'étiage, spécialement sur les affluents sensibles, l'optimisation de la gestion des réserves d'eau, la sécurisation et la limitation de l'augmentation des prélèvements. L'objectif n° 9, qui porte sur la sécurisation des ressources et la limitation des prélèvements, comporte une disposition n° 34, qui consiste à évaluer les volumes prélevables et la répartition entre les catégories d'usagers en Vienne aval. Cette disposition implique, outre la réalisation d'une étude sur les volumes prélevables, d'encourager le développement des cultures économes en eau. Il comporte aussi une disposition 35 qui porte spécifiquement sur la promotion des cultures économes en eau.

10. Ainsi, quand bien-même le SAGE du bassin de la Vienne ne prescrit pas de limite quantitative ou d'objectif quantifié de réduction des prélèvements pour l'usage agricole, il définit néanmoins un objectif général de limitation des prélèvements, qui doit être lui-même appréhendé au regard de l'objectif du SDAGE, qui consiste à atteindre, a minima, un bon état des ressources et à préserver l'équilibre entre les différents usages de l'eau, en particulier dans les ZRE où est constaté un déficit chronique de la ressource en eau, plus spécialement encore dans les nappes d'eau souterraines. Dans ces conditions, même si le projet présenté par la chambre d'agriculture de la Vienne ne comportait pas, en lui-même, d'incompatibilité avec le SDAGE et le SAGE, qui ne contiennent pas de limitation chiffrée des volumes de prélèvements autorisés, la limitation et la réduction progressive de ces prélèvements, telles qu'elles sont prévues par les dispositions de l'arrêté contesté en ce qui concerne les unités de gestion de la Blourde au Talbat, du Talbat au Clain et du Clain à la Creuse, toutes classées en ZRE, sont compatibles avec les objectifs définis par le SDAGE et par le PAGD du SAGE, en ce qu'elles tendent à limiter les prélèvements pour assurer, conformément au chapitre 7 du SDAGE et au I de l'article L. 211-1 du code de l'environnement, précité, une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau. En outre, les limitations prévues par l'arrêté en litige ne présentent aucun défaut de conformité vis-à-vis du règlement du SAGE et des documents cartographiques qui l'accompagnent, dès lors que ce règlement ne comporte pas de disposition quantifiée sur les volumes prévelables et qu'en l'absence de telles dispositions, il incombait aux préfètes, dans l'exercice de leurs pouvoirs de police propre, de définir ces niveaux quantifiés en se référant, comme elles l'ont fait, aux objectifs définis par le SDAGE et par les documents programmatiques du SAGE.

11. En deuxième lieu, la circonstance que les limitations de volume qui ont été délibérées par la commission locale des eaux (CLE) le 19 novembre 2014, auxquelles se réfèrent les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire dans les visas et les motifs de l'arrêté contesté, ne se sont pas vu conférer, préalablement à l'édiction de cet arrêté, une valeur réglementaire dans le cadre d'une révision du SAGE, est sans incidence sur la légalité de cet arrêté, dès lors que les préfètes, dans le cadre de l'exercice de leurs prérogatives en matière de police de l'eau, avaient le pouvoir d'édicter des dispositions complémentaires plus précises ou plus contraignantes, pour autant que, comme il a été dit ci-dessus, ces prescriptions étaient compatibles avec le SDAGE et le PAGD du SAGE, et conformes au règlement du SAGE, dont elle n'ont pas dénaturé les objectifs qui y sont définis et dont elles n'ont fait que préciser les prescriptions nécessaires pour les atteindre.

12. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait entendu opposer la non-conformité du projet d'AUP présenté par l'OUGC par rapport aux volumes prélevables définis par la CLE, dont il ne ressort pas des termes de l'arrêté en litige qu'elle les aurait regardés comme présentant un caractère normatif opposable à ce projet. Il résulte, au contraire, de l'instruction que les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire se sont bornées à s'appuyer sur les recommandations de la CLE en matière de gestion de l'eau, en tant qu'élément d'appréciation parmi d'autres, pour déterminer les volumes maxima prélevables. Or, l'association requérante ne critique pas utilement le bien-fondé des valeurs de prélèvements définis par la CLE, dont la mission régionale d'autorité environnementale (MRAE) a d'ailleurs bien précisé, dans son avis du 5 décembre 2018, qu'elles n'avaient pas été intégrées dans le règlement du SAGE Vienne et qu'elles n'avaient donc pas valeur réglementaire de " volumes prélevables " mais seulement de volumes " cibles ", et sur lesquelles l'administration pouvait donc se fonder pour réguler l'évolution des prélèvements sur la ressource en l'absence de nouvelles connaissances hydrologiques des secteurs Envigne-Ozon, Grande Blourde-Talbat, Talbat-Clain et Clain-Creuse.

13. En quatrième lieu, l'ADIV se prévaut de ce que l'arrêté en litige a été pris sur le fondement de la lettre de cadrage du 31 juillet 2015 et de l'avis du 5 mai 2018 dans lesquels le préfet coordonnateur du bassin Loire-Bretagne recommande de mettre à profit le processus d'intégration des limitations de volumes délibérées par le CLE en 2014 pour ajuster les orientations en s'appuyant sur une meilleure connaissance des interactions entre les eaux superficielles et les eaux souterraines.

14. D'une part, la circonstance que le préfet coordonnateur de bassin ne disposait pas des compétences nécessaires pour fixer individuellement les volumes prélevables en fonction de ceux préconisés par la CLE du SAGE Vienne, est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que, par sa lettre de cadrage du 31 juillet 2015 et son avis du 5 mai 2018, cette autorité aurait entendu imposer le respect de ces valeurs cibles qui ne font l'objet que de recommandations. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que les limitations de prélèvements contenues dans l'arrêté en litige auraient été fixées sur le fondement de restrictions que l'autorité coordonnatrice du bassin aurait imposées en méconnaissance de l'étendue de ses propres pouvoirs.

15. D'autre part, il ne résulte pas des termes l'arrêté en litige que les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire, qui ne se sont pas seulement référées à ces documents mais également aux indications de la délibération de la CLE du SAGE Vienne du 19 novembre 2014 relative à la détermination des volumes prélevables du bassin de la Vienne aval et à l'avis rendu par la MRAE quant aux dépassements de ces volumes, se seraient estimées liées par cette lettre et par cet avis, alors même qu'elles pouvaient, de toute façon, se référer à tout élément d'appréciation qu'elles estimaient pertinent et qu'elles étaient, en tout état de cause, tenues de solliciter l'avis de l'autorité coordonnatrice.

16. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus aux points 7 à 15 que l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire auraient, en prenant l'arrêté contesté, méconnu l'étendue de leurs pouvoirs propres.

En ce qui concerne l'erreur d'appréciation :

17. En premier lieu, en ce qui concerne l'appréciation portée par les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire quant aux conséquences de volumes d'eau prélevés sur l'état des ressources, la circonstance que l'administration a estimé, avec la MRAE, que l'OUGC Vienne Aval proposait des actions qui allaient dans le sens d'une gestion globale et équilibrée de la ressource en eau et que les dispositions de son projet étaient compatibles avec les dispositions du SDAGE du bassin Loire Bretagne, n'impliquent pas nécessairement qu'une baisse des volumes prélevés n'était pas nécessaire, compte tenu de l'état de cette ressource.

18. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et, en particulier, de l'avis qui a été rendu par la MRAE de la Nouvelle-Aquitaine, que le projet s'implante au droit de plusieurs aquifères, notamment la nappe du Cénomanien et du Jurassique supérieur, qui constituent des ressources stratégiques pour l'alimentation en eau potable et que, s'agissant des trois unités de gestions sur lesquelles porte la contestation, les niveaux de prélèvements sollicités excèdent les volumes qui ont été délibérés par la CLE. S'agissant de l'unité de gestion de la Grande Blourde jusqu'à la confluence avec le Talbat, il résulte en effet de l'instruction que le niveau de prélèvements demandé dans la nappe libre dans les marnes et calcaires du Dogger (" Jurassique moyen ") est de 4 973 340 m3, tandis que le volume prélevable fixé par la CLE est de 3 113 000 m3. S'agissant de l'unité de gestion du Talbat au confluent avec le Clain, le niveau de prélèvement demandé au titre de l'AUP est de 2 062 765 m3 dans les nappes du Jurassique moyen, tandis que les volumes prélevables définis par la CLE sont de 1 857 000 m3. Enfin, s'agissant de la demande de prélèvements dans l'unité de gestion du Clain jusqu'au confluent avec la Creuse, elles portent sur des volumes de 183 521 m3 dans les nappes du Cénomanien, et de 226 003 m3 dans les masses d'eau du Turonien et du réseau superficiel, tandis que les volumes prélevables définis par la CLE sont respectivement, pour ces deux catégories de masses d'eau, qui constituent la totalité de celles contenues dans l'unité de gestion, de 70 600 m3 et de 226 003 m3. Pour cette raison, la MRAE estime que l'objectif défini par l'OUGC, dans son dossier de demande, de diminuer les prélèvements dans la majorité des zones sensibles identifiées, n'est pas suffisant, en soulignant par ailleurs que les volumes réellement consommés sur la période 2011-2016 ont été bien inférieurs aux volumes demandés. Par ailleurs, l'avis favorable du commissaire enquêteur comporte une " réserve en ce qui concerne les volumes sollicités dans l'AUP sur certains secteurs (Envigne-Ozon, Grande Blourde-Talbat, Talbat-Clain, Clain-Creuse), qui [nécessitent] des compléments d'études et de nouvelles connaissances hydrologiques de ces secteurs particuliers de la Vienne Aval ". Si l'association requérante soutient que l'évaluation environnementale annexée au projet proposé par l'OUGC démontre que celui-ci ne comporte pas de risque pour le bon fonctionnement des milieux aquatiques et les ressources en eau potable, cette évaluation n'est, en tout état de cause, pas fournie.

19. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que les préfètes de la Vienne et de l'Indre-et-Loire auraient commis une erreur d'appréciation en fixant, dans l'arrêté contesté, des volumes de prélèvements dégressifs et plus réduits que ceux sollicités dans le projet déposé par l'OUGP.

20. En second lieu, l'association requérante soutient que la diminution progressive des prélèvements revêt un caractère disproportionné au regard des besoins de l'activité agricole, sans toutefois étayer cette affirmation de précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé. En toute hypothèse, il résulte de l'instruction que les limitations progressives de prélèvements ont été quantifiées, en chiffrage absolu, année par année, entre 2020 et 2029, et que si les volumes maxima prélevables sont tous, en fin de période, d'un niveau inférieur aux volumes qui avaient été attribués pour l'année 2017, ils excèdent encore, d'ailleurs dans une large proportion en ce qui concerne les masses d'eaux de l'unité de gestion du Clain à la Creuse, les volumes de prélèvement définis par la CLE. En outre, il résulte des mentions non contestées de l'avis de la MRAE qu'indépendamment des baisses de prélèvements qu'implique l'arrêté attaqué, les volumes consommés par les irrigants en 2017 étaient, comme il vient d'être dit, très largement inférieurs à ceux autorisés, ce qui implique qu'une baisse de 3 % seulement des volumes autorisés n'aura aucune conséquence sur le partage de l'eau entre ces derniers. Par suite, il ne résulte pas davantage de l'instruction que l'autorité préfectorale, en fixant, pour certaines masses d'eau, une limitation progressive des prélèvements autorisés, aurait méconnu l'objectif d'une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, tel que défini par l'article L. 211-1 du code de l'environnement, en particulier au regard de l'objectif institué au 5° bis de cet article, qui consiste à promouvoir une politique active de stockage de l'eau pour un usage partagé de l'eau permettant de garantir l'irrigation.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'Association départementale des irrigants de la Vienne ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la chambre d'agriculture de la Vienne est admise.

Article 2 : La requête de l'Association départementale des irrigants de la Vienne est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Association départementale des irrigants de la Vienne, à la Chambre d'agriculture de la Vienne, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressé aux préfets de la Vienne et de l'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. PINTURAULT

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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