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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2001834

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2001834

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2001834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFALACHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 juillet 2020, le 1er octobre 2020, le 17 novembre 2020 et le 25 septembre 2022, M. et Mme C et D A, représentés par Me Falacho, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente du jugement à intervenir de la chambre civile du tribunal judiciaire de Niort sur leur demande tendant à faire annuler la vente des parcelles classées dans le domaine public communal par la délibération du conseil municipal de la commune de Largeasse (Deux-Sèvres) du 18 juin 2020 ;

2°) d'annuler la délibération du 18 juin 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Largeasse a décidé de classer dans le domaine public communal la partie de la voie d'accès du lieu-dit " La Chalantonière " composée des parcelles cadastrées section AL n°s 261, 262, 264, 267, 268, 270, 272, 275, 276 et 277 ;

3°) d'enjoindre à la commune de procéder à la réouverture de la voie communale n°13, de procéder à l'alignement des clôtures et de diligenter une enquête publique ou une expertise, le tout sous astreinte.

Ils soutiennent que :

- la procédure à l'issue de laquelle cette délibération a été adoptée est irrégulière faute d'une enquête publique ;

- la commune ne pouvait légalement aliéner le chemin rural en question dès lors qu'il était situé en zone " U " ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle se fonde sur les dispositions de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière alors qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une voie existante, mais d'une voie nouvelle ;

- cette nouvelle voie ne respecte pas les dispositions du décret n° 64-262 du 14 mars1964 en ce qui concerne sa largeur et le dispositif d'écoulement des eaux ;

- elle ne comporte pas d'équipement de sécurité la protégeant du plan d'eau situé en surplomb sur la parcelle cadastrée AL n°259 ;

- elle comporte des risques pour les usagers en ce qu'elle longe l'installation de gaz privée des propriétaires riverains de la parcelle cadastrée AL n°272 ;

- la création d'une nouvelle voie communale est inutile dès lors que la voie communale n°13 existante dessert les parcelles cadastrée section n°116 et 243 mais que cette dernière est obstruée par des ouvrages construits par les riverains en faisant obstacle à leur droit de passage ;

- ouvrir à la circulation les parcelles n°275, 261, 267, 268 et 272, sur lesquelles ils disposent d'un droit de passage, porte atteinte à la bonne desserte ainsi qu'à la sécurité de la circulation de leur exploitation et de leur habitation ;

- la nouvelle voie créée est en impasse sans zone de retournement et avec une largeur insuffisante pour la sécurité de la circulation et la protection des biens et des personnes ;

- la commune n'est pas compétente pour ouvrir à la circulation leur chemin d'exploitation, ni pour leur interdire de clore ce chemin ;

- il n'est pas de la compétence de la commune de leur refuser le droit de passage sur la parcelle anciennement cadastrée section AL n°168, devenue n°180 et n°181, puis à ce jour n°180 et n°278, sur laquelle leur titre de propriété indique qu'ils disposent d'une servitude de passage ;

- la parcelle cadastrée section AL n°276 ne pouvait figurer sur la liste des parcelles à classer dans le domaine public dès lors qu'elle a été aliénée par la commune ;

Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2020, la commune de Largeasse, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.

La commune de Largeasse a produit le 31 octobre 2022 un mémoire postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la voirie routière ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteur public,

- et les observations de Me Falacho, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Largeasse (Deux-Sèvres) a procédé, le 23 novembre 2018, à l'acquisition, auprès de deux propriétaires privés, des parcelles cadastrées section AL n°s 261, 262, 264, 267, 268, 270, 272, 275 qui forment, en ce qui concerne les parcelles n°s 261, 264, 267, 268, 270, 272, 275, une voie d'accès au chemin rural de La Chalantonière pour diverses propriétés enclavées situées au lieu-dit éponyme. Par une délibération du 18 juin 2020, le conseil municipal de la commune de Largeasse a décidé de classer dans le domaine public communal la partie de cette voie d'accès composée des parcelles cadastrées section AL n°s 261, 262, 264, 267, 268, 270, 272 et 275. M. et Mme C et D A, dont il n'est pas contesté qu'ils sont, notamment, propriétaires des parcelles cadastrées section AL n°s 178, 179 et 200 situées au lieu-dit de " La Chalantonière ", et disposaient, à ce titre, d'un droit de passage sur les anciennes parcelles cadastrées section AL 125 et 183 servant autrefois d'assiette à ce chemin, demandent l'annulation de cette dernière délibération.

2. En premier lieu, il ressort du plan annexé à la première partie de la délibération du 18 juin 2020 que, comme il vient d'être dit, seules les parcelles cadastrées section AL n°s 261, 262, 264, 267, 268, 270, 272 et 275 ont été classées dans le domaine public communal, les anciennes parcelles cadastrées section AL n°s 276 et 277, mentionnées par erreur dans la seconde partie de cette délibération, ne figurant pas sur le plan susmentionné et ayant, de toute façon, disparu à la date de cette délibération pour avoir été aliénées par la commune en échange de la parcelle cadastrée section AL n°262 utilisée pour aligner l'un des côtés du chemin rural de La Chalantonière. L'erreur purement matérielle dont est entachée, sur ce point, la délibération attaquée est donc sans influence sur sa légalité.

3. En deuxième lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de la délibération attaquée sont inopérants en ce qui concerne le classement dans le domaine public de la parcelle cadastrée section AL n°262 qui ne fait pas partie du chemin sur lequel les requérants prétendent posséder un droit de passage, mais du chemin rural de La Chalantonière.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. ". En vertu de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime, l'affectation d'un chemin rural à l'usage du public est présumée " notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ". Aux termes de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière : " Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal. () / Les délibérations concernant le classement ou le déclassement sont dispensées d'enquête publique préalable sauf lorsque l'opération envisagée a pour conséquence de porter atteinte aux fonctions de desserte ou de circulation assurées par la voie. (). ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment :/ 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques () ".

5. D'une part, il est constant que les parcelles cadastrées section AL n°s 261, 264, 267, 268, 270, 272 et 275 constituent, comme il a été dit au point 1, un chemin d'accès au lieu-dit de " La Chalantonière " utilisé, notamment, par l'ensemble des riverains pour accéder à leurs propriétés. Ce chemin ne constituant pas une voie nouvellement créée, la commune pouvait légalement recourir à la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière pour l'incorporer dans son domaine public.

6. D'autre part, la délibération attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de porter atteinte aux fonctions de desserte ou de circulation de ce chemin dont elle confirme, au contraire, qu'il est ouvert à la circulation du public. Nonobstant l'ancien droit de passage dont se prévalent les requérants sur certaines des anciennes parcelles d'assiette de ce chemin, celui-ci ne constitue pas, comme le soutiennent ces derniers, un " chemin d'exploitation leur appartenant ", mais un chemin rural appartenant à la commune, que celle-ci pouvait classer dans la voirie communale et sur lequel le maire de la commune de Largeasse était tenu, en application des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, de prendre les mesures de police nécessaires pour assurer la commodité du passage des piétons et des véhicules.

7. Par suite, les moyens tirés de ce que la délibération attaquée aurait dû être précédée d'une enquête publique et de ce que la commune n'était pas compétente pour ouvrir à la circulation le chemin dont s'agit doivent être écartés, de même qu'en tout état de cause, celui tiré de ce que le maire n'avait pas compétence pour interdire aux requérants de clore ce chemin.

8. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la commune ne pouvait légalement aliéner le chemin concerné dès lors que celui-ci était situé en " zone U ", sans que M. et Mme A n'indiquent à quel type de zonage ils se réfèrent, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. En cinquième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir du décret n° 64-262 du 14 mars 1964 relatif aux caractéristiques techniques, aux alignements, à la conservation et à la surveillance des voies communales qui a été abrogé par le décret n°89-631 du 4 septembre 1989 relatif au code de la voirie routière. A supposer qu'en invoquant celles des dispositions du décret n° 64-262 du 14 mars 1964 qui sont relatives au " dispositif d'écoulement des eaux ", les requérants aient entendu invoquer les dispositions de l'article R. 141-2 du code de la voirie routière selon lequel " Les profils en long et en travers des voies communales doivent être établis de manière à permettre l'écoulement des eaux pluviales et l'assainissement de la plate-forme. ", il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le chemin classé par la commune dans son domaine public ne satisferait pas aux prescriptions de ce texte.

10. En sixième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'installation de gaz privée de l'un des propriétaires riverains du chemin dont s'agit ou qu'un " plan d'eau " présent aux abords de ce chemin, menacerait la sécurité des piétons ou des véhicules et de leurs occupants.

11. En septième lieu, et alors même que la commune soutient, sans être contredite, que la prolongation litigieuse de la voie communale n°13 fait cinq mètres de large, les requérants ne précisent pas les dispositions en vertu desquelles ce chemin devrait être d'une largeur supérieure à cette dimension ou comprendre une zone spéciale de retournement.

12. En huitième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan cadastral fourni par les requérants, que le chemin rural desservant les parcelles cadastrées section AL n°s 111, 112, 116, 148, 243 et 278 constitue une impasse donnant sur les parcelles privées n°s 243 et 278 dont l'objet n'est pas de permettre à ses usagers d'accéder aux propriétés enclavées situées au lieu-dit de " La Chalantonière ", sans que les requérants puissent utilement se prévaloir sur ce point de ce qu'ils disposent d'un autre droit de passage sur ces parcelles. Par suite, le moyen tiré de ce que la création d'une nouvelle voie communale serait inutile dès lors que ce chemin rural permettrait de desservir ces propriétés doit, en tout état de cause, être écarté.

13. En neuvième lieu, il n'est aucunement établi que le classement des parcelles n°s 261, 264, 267, 268, 270, 272 et 275, qui constituent déjà un chemin ouvert à la circulation, porterait atteinte à la bonne desserte de l'habitation des requérants ou à la sécurité de la circulation sur ce chemin.

14. En dixième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la commune aurait entendu refuser aux requérants un quelconque droit de passage sur les parcelles cadastrées section AL n°s180 et n°278. En toute hypothèse, une telle circonstance est sans influence sur la légalité de la délibération attaquée qui ne concerne pas ces deux parcelles mais, comme il a été dit au point 1, les parcelles cadastrées section AL n°s 261, 262, 264, 267, 268, 270, 272 et 275.

15. En dernier lieu, si M. et Mme A demandent, dans le dernier état de leurs écritures, qu'il soit sursis à statuer dans l'attente du jugement à intervenir de la chambre civile du tribunal judiciaire de Niort sur leur demande tendant à faire annuler la vente des parcelles classées dans le domaine public communal par la délibération du 18 juin 2020, il est constant que leur requête devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Niort, qui tendait d'ailleurs seulement à l'organisation d'une expertise, a été rejetée le 2 juin 2022, sans que les requérants ne justifient que, comme ils le prétendent, ils auraient saisi au fond le même tribunal d'une quelconque contestation de la propriété d'une des parcelles concernées.

16. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête de M. et Mme A en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et D A ainsi qu'à la commune de Largeasse.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le président rapporteur,

signé

L. B

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. CROSNIER

La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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