jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2002124 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GENDREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 août 2020, le 29 mars 2021 et les 4 et 26 septembre 2023, l'association de chasse des propriétaires libres, représentée par Me Gendreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler les cinquante-cinq décisions du 29 juin 2020 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime s'est opposé au retrait de plusieurs parcelles du territoire de l'association communale de chasse agrée (ACCA) de Saint-Agnant ;
2°) d'annuler la décision du 29 juin 2020 par laquelle le président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime s'est opposé partiellement à la demande présentée par M. et Mme C ;
3°) d'enjoindre au président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime de retirer plusieurs parcelles du territoire de l'ACCA de Saint-Agnant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision prise à l'encontre de M. et Mme C est insuffisamment motivée ;
- les décisions, qui sont motivées par la circonstance que la superficie opposable des terrains est inférieure à 20 hectares d'un seul tenant, méconnaissent les dispositions de l'article R. 422-53 du code de l'environnement et la jurisprudence du conseil d'Etat du 5 octobre 2018 issue de la décision n°407715 Association Saint-Hubert ;
- les décisions, qui refusent le retrait de l'ACCA de plusieurs parcelles de marais non asséchés d'une superficie égale ou supérieure à 3 hectares, méconnaissent les dispositions de l'article L. 422-13 II 1° du code de l'environnement ;
- la décision prise à l'encontre de M. et Mme C méconnait l'article L. 422-13 I du code de l'environnement s'agissant des refus de retrait des parcelles ZO6, AP15, AO63, AO73, AO76, AO106, ZN16, ZN40, ZN41 et ZN42 qui représentent une superficie d'un seul tenant de plus de 20 hectares ;
- la parcelle C 313 de marais non asséchés appartenant à M. et Mme C est enclavée dans des parcelles qui ont été retirée de l'ACCA et constitue donc un ensemble d'un seul tenant de plus de 3 hectares de marais non asséchés et de plus de 20 hectares de terrain au total ;
- le 3ème alinéa de l'article L. 422-18 du code de l'environnement méconnait les dispositions de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales combinées avec l'article 1er du protocole additionnel à cette convention.
Par des mémoires en défense enregistrés le 11 décembre 2020, le 3 mai 2021, le 2 décembre 2021 et le 13 septembre 2023, la fédération départementale des chasseurs (FDC) de la Charente-Maritime, représentée par la SCP Lefebvre, Lamouroux, Minier, Meyrand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable pour défaut de qualité pour agir de l'association pour contester les décisions individuelles concernant ses membres ;
- aucun des moyens n'est fondé.
Par un mémoire distinct enregistré le 8 avril 2021 et un mémoire enregistré le 3 mai 2021, l'association de chasse des propriétaires libres demande au tribunal de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution du dernier alinéa de l'article L. 422-18 du code de l'environnement.
Elle soutient que :
- l'article L. 422-18 du code de l'environnement pourrait être applicable au litige dès lors que la fédération départementale recherche son application à la situation litigieuse ;
- il n'a pas déjà été déclaré conforme à la Constitution ;
- il n'est pas conforme à l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui garantit l'égalité devant la loi dès lors que d'une part, il crée une différence de traitement entre les associations de propriétaires ayant été créées avant une ACCA et les autres et que d'autre part, il établit une différence de traitement entre les associations de propriétaires dont les terrains se situent dans une commune dotée d'une ACCA et les autres.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2021, la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime conclut à titre principal à ce que la question prioritaire de constitutionnalité ne soit pas transmise et, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de l'avis de la cour européenne des droits de l'homme, à la suite de la décision rendue par le Conseil d'Etat le 15 avril 2021.
Par une ordonnance n° 2002124 du 4 mai 2021, le président de la 2ème chambre du tribunal a décidé, par application des dispositions de l'article 23-2 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, de transmettre au Conseil d'État la question ainsi soulevée.
Par une décision n° 452327 du 4 août 2022, la section du contentieux du Conseil d'État a renvoyé au Conseil constitutionnel la question de la conformité à la Constitution du dernier alinéa de l'article L. 422-18 du code de l'environnement, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019.
Par une décision n° 2021-944 QPC du 4 novembre 2021, le Conseil constitutionnel, statuant sur la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par l'association de chasse des propriétaires libres, a déclaré conforme à la Constitution le dernier alinéa de l'article L. 422-18 du code de l'environnement, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019.
Par des mémoires en intervention enregistrés le 15 décembre 2021, le 18 avril 2023 et le 14 septembre 2023, l'association communale de chasse agréée de Saint-Agnant, l'association nationale des fédérations départementales des chasseurs à associations communales de chasse agréées et la fédération nationale des chasseurs, représentées par Me Lagier, demandent que le tribunal rejette la requête de l'association de chasse des propriétaires libres.
Elles soutiennent que :
- l'intervention de M. B et Mme B est irrecevable dès lors qu'ils auraient eu qualité pour introduire eux-mêmes ce recours et qu'elle intervient après l'expiration du délai de recours contentieux ;
- l'association de chasse des propriétaires libres agit au nom de M. et Mme C qui ont expressément indiqué ne pas s'associer au contentieux ;
- aucun des moyens n'est fondé.
Par un mémoire en intervention enregistré le 4 septembre 2023, M. Pascal Geoffroy et Mme A B, représentés par Me Gendreau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les cinquante-cinq décisions du 29 juin 2020 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime s'est opposé au retrait de plusieurs parcelles du territoire de l'association communale de chasse agrée (ACCA) de Saint-Agnant ;
2°) d'annuler la décision du 29 juin 2020 par laquelle le président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime s'est opposé partiellement à la demande présentée par M. et Mme C ;
3°) d'enjoindre au président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime de retirer plusieurs parcelles du territoire de l'ACCA de Saint-Agnant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 15 euros par jour de retard.
Ils invoquent l'exception d'inconventionalité de l'article L. 422-18 du code de l'environnement au regard des dispositions de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales combinées avec celles de l'article 1er du protocole additionnel à cette convention.
La clôture d'instruction a été fixée au 5 octobre 2023.
L'association communale de chasse agréée de Saint-Agnant, l'association nationale des fédérations départementales des chasseurs à associations communales de chasse agréées et la fédération nationale des chasseurs ont produit un mémoire le 12 octobre 2023 qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution, notamment son article 62 ;
- le code de l'environnement ;
- la décision n° 2021-944 QPC du 4 novembre 2021statuant sur la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par l'association de chasse des propriétaires libres ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- et les observations de Me Gendreau, représentant l'association de chasse des propriétaires libres, de Me Meyrand, représentant la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime et de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. L'association de chasse des propriétaires libres a pour objet de regrouper des propriétaires et usufruitiers qui ne souhaitent pas que leurs terrains situés sur la commune de Saint-Agnant et les communes limitrophes soient soumis à l'action des associations communales de chasse agrées concernées. Par la présente requête, elle demande l'annulation des cinquante-cinq décisions du 29 juin 2020 par lesquelles le président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime s'est opposé au retrait de plusieurs parcelles du territoire de l'association communale de chasse agrée (ACCA) de Saint-Agnant, ainsi que l'annulation de la décision du 29 juin 2020 par laquelle le président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime s'est opposé partiellement à la demande présentée par M. et Mme C s'agissant des parcelles ZO6, AP15, AO63, AO73, AO76, AO106, ZN16, ZN40, ZN41 et ZN42.
Sur les interventions volontaires :
2. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. / () / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction ordonne, s'il y a lieu, que ce mémoire en intervention soit communiqué aux parties et fixe le délai imparti à celles-ci pour y répondre. / Néanmoins, le jugement de l'affaire principale qui est instruite ne peut être retardé par une intervention ". D'une part, est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige ". Est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Par ailleurs, l'introduction d'une intervention n'est pas subordonnée à d'autre condition de délai que celle découlant de l'obligation pour l'intervenant d'agir avant la clôture de l'instruction.
3. D'une part, l'association communale de chasse agréée de Saint-Agnant, l'association nationale des fédérations départementales des chasseurs à associations communales de chasse agréées et la fédération nationale des chasseurs justifient, eu égard à leur objet et à leurs statuts respectifs, d'un intérêt leur donnant qualité pour intervenir au soutien de la défense présentée par la fédération départementale de chasse de la Charente-Maritime. Leur intervention est donc recevable.
4. D'autre part, M. Pascal Geoffroy, président de l'association requérante, et sa fille, Mme A B, justifient d'un intérêt suffisant pour agir au soutien de la requête présentée par l'association de chasse des propriétaires libres, dès lors qu'ils ont présentés chacun une demande de retrait de l'ACCA de parcelles dont ils sont propriétaires ayant fait l'objet de décisions de rejet en litige dans la présente instance. Par ailleurs, leur mémoire, qui a été enregistré avant la clôture de l'instruction, n'est pas tardif. Par suite, leur intervention est recevable.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. En premier lieu, la décision de refus partiel de retrait de l'ACCA prise à l'encontre de M. et Mme C indique que les parcelles qu'elle désigne ne remplissent pas les conditions prescrites aux articles L. 422-10, 3°, L. 422-13 et L. 422-18 du code de l'environnement, lesquelles posent la condition d'une superficie minimum d'un seul tenant de vingt hectares pour pouvoir s'opposer à la mise en commun des droits de chasse tout gibier. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'environnement : " Les associations communales et intercommunales de chasse agréées ont pour but d'assurer une bonne organisation technique de la chasse. Elles favorisent sur leur territoire le développement du gibier et de la faune sauvage dans le respect d'un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique, l'éducation cynégétique de leurs membres, la régulation des animaux susceptibles d'occasionner des dégâts et veillent au respect des plans de chasse en y affectant les ressources appropriées en délivrant notamment des cartes de chasse temporaire. Elles ont également pour objet d'apporter la contribution des chasseurs à la conservation des habitats naturels, de la faune et de la flore sauvages. / Leur activité s'exerce dans le respect des propriétés, des cultures et des récoltes, et est coordonnée par la fédération départementale des chasseurs. Les associations communales et intercommunales de chasse agréées collaborent avec l'ensemble des partenaires du monde rural ". Aux termes de l'article L. 422-10 du même code: " L'association communale est constituée sur les terrains autres que ceux : () 3° Ayant fait l'objet de l'opposition des propriétaires ou détenteurs de droits de chasse sur des superficies d'un seul tenant supérieures aux superficies minimales mentionnées à l'article L. 422-13 ; () ". L'article L. 422-13 dispose que pour être recevable, l'opposition des propriétaires ou détenteurs de droits de chasse mentionnés au 3° de l'article L. 422-10 doit porter sur des terrains d'un seul tenant et d'une superficie minimum de vingt hectares, ce minimum pouvant notamment être abaissé comme le prévoit le 1° du II de cet article pour la chasse au gibier d'eau à trois hectares pour les marais non asséchés. L'article L. 422-18 du même code prévoit que : " l'opposition formulée en application du 3° ou du 5° de l'article L. 422-10 prend effet à l'expiration de la période de cinq ans en cours, sous réserve d'avoir été notifiée six mois avant le terme de cette période ". Le troisième alinéa de cet article, introduit par le V de l'article 13 de la loi du 24 juillet 2019 portant création de l'Office français de la biodiversité, modifiant les missions des fédérations de chasseurs et renforçant la police de l'environnement prévoit que : " Le droit d'opposition mentionné au premier alinéa du présent article est réservé aux propriétaires et aux associations de propriétaires ayant une existence reconnue lors de la création de l'association ". Aux termes de l'article R. 422-53 : " Lorsque le propriétaire d'un terrain acquiert d'autres terrains constituant avec le premier un ensemble d'un seul tenant et dont la superficie dépasse le minimum fixé dans la commune pour ouvrir le droit à opposition, il peut exiger le retrait du fonds ainsi constitué du territoire de l'association. A l'appui de sa demande, il doit joindre les justificatifs mentionnés au premier alinéa de l'article R. 422-24. / Ce retrait s'effectue dans les conditions prévues à l'article R. 422-52 ".
7. Il résulte de ces dispositions que, s'agissant du cas mentionné au 3° de l'article L. 422-10, peuvent faire opposition, d'une part les personnes propriétaires d'un terrain ou détenteurs des droits de chasse sur une superficie d'un seul tenant supérieure au seuil résultant de l'article L. 422-13 de ce code, d'autre part les associations de propriétaires réunissant des terrains d'un seul tenant représentant une superficie totale remplissant la même condition, et ce à la condition que l'association ait une existence reconnue à la date de création l'association. En revanche, les associations comparables créées postérieurement à la date de création de l'ACCA ne peuvent retirer leurs terrains de l'association communale.
8. Il ressort des pièces du dossier que l'association requérante, à laquelle les propriétaires et usufruitiers des terrains en litige ont apporté leurs droits de chasse par baux conclus en 2019 et 2020, a été créée le 23 novembre 2011, soit postérieurement à la constitution de l'ACCA qui a été agréée par arrêté du 11 juillet 1969. Par suite, le président de la fédération de chasse de la Charente-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-18 du code de l'environnement, ni de celles de l'article R. 422-53 du même code, en écartant le regroupement des droits de chasse effectués dans le cadre de cette association et en refusant donc les demandes de retrait de l'ACCA aux propriétaires des terrains en litige au motif que leurs superficies étaient d'un seul tenant inférieures à 20 hectares.
9. En troisième lieu, par une décision n° 2021-944 QPC du 4 novembre 2021, le Conseil constitutionnel, statuant sur la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par l'association de chasse des propriétaires libres, a déclaré conforme à la Constitution le dernier alinéa de l'article L. 422-18 du code de l'environnement, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019.
10. En quatrième lieu, selon l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ". Aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / () ". Il en résulte, selon la jurisprudence de la cour européenne des droits de l'homme que, en principe, une distinction entre des personnes placées dans une situation analogue est discriminatoire, au sens de ces stipulations, si elle n'est pas assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un objectif d'utilité publique ou si elle n'est pas fondée sur des critères objectifs et rationnels en rapport avec les buts de la loi.
11. Premièrement, le critère temporel sur lequel repose la différence de traitement résultant de l'article L. 422-18 du code de l'environnement dans sa rédaction issue de la loi du 24 juillet 2019 entre, d'une part, les associations de propriétaires ayant une existence reconnue à la date de création de l'ACCA et celles créées postérieurement à cette date, d'autre part, les personnes physiques qui peuvent demander le retrait de leur fonds du territoire d'une ACCA lorsque leur terrain de chasse atteint une superficie supérieure au seuil minimal, y compris après la date de création de l'ACCA, et les associations de propriétaires créées postérieurement, constitue un motif de discrimination prohibé par l'article 14 de la convention, combiné avec l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention . Deuxièmement, dans la mesure où les associations de propriétaires, qu'elles aient une existence reconnue avant la création d'une ACCA ou postérieurement à celle-ci, ont pour objet de regrouper des propriétaires dont les terrains, pris individuellement, ont une superficie d'un seul tenant inférieure aux seuils mentionnés à l'article L. 422-13 du code de l'environnement, par ailleurs applicables aux propriétaires ou détenteurs de droits de chasse sur une surface d'un seul tenant, la différence de traitement qu'instaure entre ces associations l'article L. 422-18 peut être regardée comme concernant des personnes placées dans des situations analogues ou comparables au sens de l'article 14 de la convention, combiné avec l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention. Troisièmement, il résulte des travaux préparatoires de la loi du 24 juillet 2019, dont est issu le troisième alinéa de l'article L. 422-18 du code de l'environnement, qu'en adoptant ces dispositions, le législateur a entendu prévenir le morcellement et le rétrécissement des territoires de chasse des ACCA et préserver ainsi la mission d'intérêt général dont ces associations communales sont investies, dans les communes des départements soumis à un fort morcellement foncier où elles sont constituées, afin d'assurer une bonne organisation technique de la chasse et de favoriser une gestion équilibrée du gibier, de la faune sauvage et des biotopes, en organisant la pratique de la chasse sur des territoires d'une superficie suffisamment stable et importante. Il résulte également de ces travaux préparatoires, et il n'est pas sérieusement contesté, que les associations de propriétaires fonciers qui se constituent après la date de création de l'ACCA ont pour but principal de retirer leurs droits de chasse, qui avaient été transmis à ces associations communales lors de leur création, du périmètre de celles-ci. Les dispositions contestées de l'article L. 442-18 du code de l'environnement poursuivent dès lors un but légitime tenant en particulier à la préservation de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique des territoires. Par suite, et alors que si les propriétaires regroupés en association postérieurement à la création d'une ACCA ne peuvent jouir d'un exercice exclusif du droit de chasse sur les terrains leur appartenant, ils disposent toutefois, en leur qualité de membres de droit de l'association communale, de l'autorisation de chasser sur l'espace constitué par l'ensemble des terrains réunis par cette association, la distinction temporelle qu'opèrent les dispositions du troisième alinéa de l'article L. 422-18 du code de l'environnement entre ces associations et celles existant à la date de création de l'ACCA constitue une mesure proportionnée au but légitime poursuivi. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dispositions instituent une discrimination contraire à l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention, en tant qu'elles privent du droit de se retirer d'une ACCA existante les associations de propriétaires créées après la constitution de l'ACCA, doit être écarté.
12. En cinquième lieu, il n'est pas contesté, comme cela est d'ailleurs indiqué au visa des décisions attaquées, que les membres de l'association ont formulé une demande d'opposition cynégétique " tous gibiers ". Contrairement à ce que soutient l'association requérante, la seule circonstance que certaines parcelles seraient constituées de marais non asséchés d'une superficie d'un seul tenant de plus de 3 hectares n'impliquait pas que le président de fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime devait nécessairement examiner les demandes d'opposition pour la chasse aux gibiers d'eau qui n'avait pas été formulée. Le président de la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime n'a donc pas fait une inexacte application des dispositions du 1° du II de l'article L. 422-13 en prenant les décisions en litige.
13. En sixième lieu, l'ensemble des moyens invoqués par la société requérante pour contester le refus de retrait des parcelles ZO6, AP15, AO63, AO73, AO76, AO106, ZN16, ZN40, ZN41 et ZN42 mais aussi C313 appartenant à M. et Mme C sont inopérants, dès lors que la décision en litige ne fait pas référence à ces parcelles et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une demande aurait été formulée les concernant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'association de chasse des propriétaires libres doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur sa recevabilité.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la fédération départementale de chasse de la Charente-Maritime la somme que l'association de chasse des propriétaires libres demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association de chasse des propriétaires libres une somme de 1 200 euros à verser à la fédération départementale de chasseurs de la Charente-Maritime au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de M. Pascal Geoffroy et de Mme A B est admise.
Article 2 : : Les interventions de l'association communale de chasse agréée de Saint-Agnant, de l'association nationale des fédérations départementales des chasseurs à associations communales de chasse agréées et de la fédération nationale des chasseurs sont admises.
Article 3 : La requête de l'association de chasse des propriétaires libres est rejetée.
Article 4 : L'association de chasse des propriétaires libres versera à la fédération départementale de chasseurs de la Charente-Maritime la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association de chasse des propriétaires libres, à la fédération départementale des chasseurs de la Charente-Maritime, à M. Pascal Geoffroy et Mme A B et à l'association commune de chasse agréée de Saint-Agnant, première dénommée pour l'ensemble des intervenants en défense.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2021, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Boutet, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
M. BOUTET
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026