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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2002206

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2002206

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2002206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET ARZEL & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 10 septembre 2020, 15 octobre 2020, 22 février 2021, 12 mars 2021 et 30 avril 2021, Mme F H, représentée par Me Bouyssi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2020 par lequel la maire de Poitiers a délivré à M. G C un permis de construire une maison individuelle d'habitation sur un terrain situé (ANO)39 bis rue des Mille Bosses(ANO) ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Poitiers la somme de 2 000 euros en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté n'est pas identifiable ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur substantielle en ce qu'il comporte une adresse comme étant celle du terrain d'assiette du projet qui n'existe pas ;

- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'incomplétude ;

- le permis de construire litigieux méconnaît l'article 10 U2 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) dès lors qu'aucune pièce du dossier ne permet d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement ;

- il méconnaît également son article 7 U2 dès lors que la construction joint de part et d'autre les limites séparatives d'avec les parcelles voisines, ainsi que les articles 10 et 11 du règlement de la zone U2 ;

- l'implantation de la maison ne répond à aucune contrainte particulière et porte inutilement atteinte aux droits des tiers.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 décembre 2020 et 11 mars 2021, la commune de Poitiers conclut au rejet de la requête et à ce que Mme H supporte les entiers dépens.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 mars 2021 et 21 mai 2021, M. G C, représenté par Me Renner, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme H au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable faute pour Mme H de justifier de l'accomplissement de la notification des recours prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et d'un intérêt à agir ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de M. Plas, rapporteur public,

-et les observations de Me Bouyssi, représentant la requérante, de Mme A, représentant la commune de Poitiers et de Me Renner, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H est propriétaire dans la commune de Poitiers de la parcelle cadastrée (ANO)section AT n° 85(ANO) située (ANO)39 rue des Mille Bosses(ANO). Les parcelles attenantes (ANO)AT n° 826 et 827(ANO), dont elle était propriétaire indivise, ont été acquises par M. C. La requérante demande l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2020 par lequel le maire de Poitiers a délivré à M. C un permis de construire sur ces parcelles une maison individuelle d'habitation d'une surface de plancher de 101 m2.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". En l'espèce, l'arrêté litigieux a été signé par M. D B, adjoint au maire, lequel, en vertu de l'article 1er de l'arrêté du maire de Poitiers du 10 avril 2014, disposait d'une délégation régulière à l'effet de signer les autorisations d'occupation du sol. Par suite, le moyen tiré de ce que le signataire de l'arrêté attaqué ne serait pas identifiable doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur substantielle en ce qu'il mentionne une adresse au (ANO)39 bis rue des Mille Bosses(ANO), comme étant celle du terrain d'assiette du projet, qui n'existe pas. Toutefois, le formulaire de demande de permis de construire remplit par le pétitionnaire et le plan de situation joint comportaient l'indication précise des parcelles constituant le terrain d'assiette du projet, de sorte, qu'à supposer même qu'il y ait une erreur dans l'adresse du terrain, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Selon l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. ". Enfin, l'article R. 431-10 de ce code précise : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Il ressort des pièces du dossier que la notice descriptive PCMI 4 jointe par M. C à sa demande de permis de construire, telle que celle-ci a été complétée par le pétitionnaire suite à la demande du service instructeur du 20 février 2020, décrit la nature et l'environnement du projet et mentionne notamment que le terrain d'assiette, cadastré (ANO)section AT n° 826 et 827(ANO) pour une surface de 559 m2, n'est pas desservi par les réseaux. En outre, la notice précise les caractéristiques de la construction envisagée avec l'indication des matériaux et revêtements utilisés pour les murs extérieurs, la couverture, les gouttières et descentes, les menuiseries extérieures, la porte d'entrée et les volets roulants. Ces éléments sont complétés, d'une part, par un plan cadastral faisant apparaître les parcelles du pétitionnaire ainsi que celles du voisinage proche et éloigné et l'implantation des constructions voisines et, d'autre part, par quatre documents photographiques, le premier pris depuis la rue desservant le projet, les autres depuis l'intérieur du terrain. Ces clichés permettent d'apprécier l'implantation des constructions voisines et de situer le terrain d'assiette du projet dans son environnement proche comme dans le paysage plus lointain. En outre, le dossier de demande de permis de construire comprend un plan de masse de la construction à édifier, un plan des façades et des toitures et un plan en coupe du terrain et de la construction. Si la requérante fait valoir que l'infographie produite par le pétitionnaire, supposée illustrer l'insertion du projet dans son environnement, est rudimentaire et ne permet pas d'appréhender le recul réel de la construction par rapport à son habitation située au (ANO)39 rue des Mille Bosses(ANO), le plan de masse permet de déterminer de manière suffisamment précise l'implantation exacte du projet. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, l'ensemble des documents énumérés au présent point permettait au service instructeur d'apprécier le projet dans son environnement et dans le paysage, y compris par rapport aux constructions voisines.

7. En quatrième lieu, la requérante invoque une méconnaissance de l'article 10 U2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) et en particulier des dispositions selon lesquelles " toute construction doit s'insérer harmonieusement dans son environnement bâtie " et " la hauteur de la construction doit permettre d'assurer une composition urbaine harmonieuse avec les bâtiments avoisinants ". Toutefois, ces dispositions ne trouvent à s'appliquer que dans les secteurs U2p et U2v et dans le sous-secteur U2n alors que le terrain d'assiette est situé dans le secteur U2r3-4. Si, dans ce secteur, où le nombre maximal d'étages est limité, les constructions ne peuvent avoir un niveau uniforme mais doivent présenter un épannelage varié, aucune disposition n'interdit dans la zone U2r la construction, comme en l'espèce, d'une maison d'habitation de plain-pied. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 11 U2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) : " Les constructions par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou leur aspect extérieur ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Les projets devront présenter une composition urbaine cohérente avec l'environnement bâti (hauteur, volumes, emprise, espaces libres). () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la hauteur du projet autorisé par le permis de construire litigieux, en prenant en compte le vide sanitaire, est de 5,77 m au faîtage, soit une hauteur inférieure à celle des constructions jouxtant le terrain d'assiette qui comportent toutes un étage. Par ailleurs, l'emprise du projet, constitué d'un rez-de-chaussée et implanté de manière cohérente au regard de la composition urbaine existante, se situe dans la moyenne observée pour les constructions avoisinantes. En outre, ni la hauteur du projet ni les matériaux et coloris de ton pierre-claire prévus notamment pour les murs extérieurs ou la couleur anthracite utilisée pour les gouttières et descentes ainsi que pour la porte d'entrée métallique et les volets roulant n'apparaissent en dysharmonie avec le bâti proche qui est sans intérêt architectural particulier. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le projet en cause méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article 11 U2 du PLUi doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 7 U2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) : " () afin de permettre un entretien correct du terrain et sa bonne ventilation, la construction joindra la limite séparative ou en sera suffisamment éloignée. () ". La requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît ces dispositions dès lors que l'implantation de l'habitation prévue " sur les deux limites séparatives " du terrain d'assiette " est contraire au souhait de la collectivité de permettre la ventilation naturelle du terrain et son entretien correct ".

11. Les limites séparatives s'entendent des limites entre la propriété constituant le terrain d'assiette de la construction et la ou les propriétés qui la jouxtent, quelles que soient les caractéristiques de ces propriétés, dès lors qu'il ne s'agit pas de voies ou d'emprises publiques. En l'espèce, le projet est implanté au droit des limites séparatives nord et sud conformément aux dispositions précitées de l'article 7 U2. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette implantation ne permettrait pas un entretien correct du terrain ou une bonne ventilation. En outre, la circonstance que l'évacuation des déchets verts générés par l'entretien du terrain situé à l'arrière de la maison d'habitation projetée devra se faire en empruntant la baie vitrée du salon n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'illégalité. Enfin, en tout état de cause, il n'est pas établi que celle-ci porterait inutilement atteinte aux droits des tiers. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que Mme H n'est pas fondée à demander l'annulation du permis de construire litigieux du 10 juin 2020.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme H, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à chacun des défendeurs, soit la commune de Poitiers et M. C, de la somme de 1 000 euros. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit, en tout état de cause, mise à la charge de ces défendeurs au titre des frais de procès non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Mme H versera à la commune de Poitiers ainsi qu'à M. C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F H, à M. G C et à la commune de Poitiers.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. E

Le président,

Signé

A.LE MEHAUTELe greffier d'audience

Signé

JP. CHANTECAILLE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 2002206

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