vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2002207 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LELONG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 11 septembre 2020, 5 mars 2021 et 27 avril 2021, M. C A, représenté par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2020 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un permis de construire un logement de fonction et une piscine sur un terrain situé à Cernay, ensemble la décision du 7 juillet 2020 rejetant son recours gracieux du 14 mai 2020 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- la mesure est intervenue sur une procédure irrégulière dans la mesure où la commission départementale de préservation des espaces naturels et forestiers a émis un avis défavorable le 25 février 2020 alors, qu'en application de l'article R. 423-59 du code de l'urbanisme, elle est réputée avoir émis un avis favorable le 9 février 2020, soit un mois après sa saisine ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 111-3 et L. 111-4 du code de l'urbanisme ;
- la préfète s'est estimée à tort liée par la position adoptée par le service instructeur de la demande de permis de construire.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 janvier 2021 et 1er avril 2021, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 14 mai 2021 par ordonnance du 28 avril 2021.
Un mémoire complémentaire, présenté pour M. A le 12 septembre 2020, a été enregistré mais n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier .
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de M. Plas, rapporteur public,
- et les observations de Me Lelong, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, exploitant d'un troupeau de 1 300 chèvres, est propriétaire dans la commune de Cernay d'un ensemble de terrains dont la parcelle cadastrée (ANO)section ZB n° 75(ANO). Le 20 décembre 2020, il a déposé un dossier de demande de permis de construire pour la réalisation sur la parcelle précitée d'un " logement de fonction " avec une surface de plancher de 184 m2 et d'une piscine de 40 m2. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2020 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité, ensemble la décision du 7 juillet 2020 rejetant son recours gracieux du 14 mai 2020.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. ". Aux termes de l'article R. 422-1 de ce même code : " Lorsque la décision est prise au nom de l'Etat, elle émane du maire, sauf dans les cas mentionnés à l'article R. 422-2 où elle émane du préfet. ". Aux termes de l'article R. 422-22 du même code : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : () e) En cas de désaccord entre le maire et le responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction mentionné à l'article R. 423-16 ; () ".
3. En l'espèce, il est constant que le territoire de la commune de Cernay n'est pas couvert par un plan local d'urbanisme, un document en tenant lieu, ou une carte communale. Il ressort par ailleurs des termes de l'arrêté contesté que le refus de permis de construire litigieux a été pris alors que le maire de la commune de Cernay avait émis, le 20 décembre 2019, un avis favorable au projet, le directeur départemental des territoires ayant quant à lui émis un avis défavorable. Dans ces conditions, la préfète de la Vienne était compétente pour refuser de délivrer, au nom de l'Etat, le permis de construire sollicité par M. A. Par ailleurs, l'arrêté contesté a été signé par M. D B, sous-préfet de Châtellerault. Par un arrêté du 3 février 2020, régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture du même jour, la préfète de la Vienne a délégué sa signature à M. B à l'effet de signer notamment " les arrêtés de refus de permis de construire dans les communes de l'arrondissement sans PLU ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Aux termes de l'article L. 111-4 du code précité : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / () 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ; / () 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, à la salubrité et à la sécurité publiques, qu'elles n'entraînent pas un surcroît important de dépenses publiques et que le projet n'est pas contraire aux objectifs visés à l'article L. 110 et aux dispositions des chapitres V et VI du titre IV du livre Ier ou aux directives territoriales d'aménagement précisant leurs modalités d'application. ". Aux termes de l'article L. 111-5 du même code : " La construction de bâtiments nouveaux mentionnée au 1° de l'article L. 111-4 et les projets de constructions, aménagements, installations et travaux mentionnés aux 2° et 3° du même article ayant pour conséquence une réduction des surfaces situées dans les espaces autres qu'urbanisés et sur lesquelles est exercée une activité agricole ou qui sont à vocation agricole doivent être préalablement soumis pour avis par l'autorité administrative compétente de l'Etat à la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime () ".
5. D'une part, le requérant soutient que la décision attaquée est intervenue sur une procédure irrégulière dans la mesure où elle a été prise après avis défavorable de la commission départementale de préservation des espaces naturels et forestiers émis le 25 février 2020, laquelle est réputée, en application de l'article R*. 423-59 du code de l'urbanisme, avoir formulé un avis favorable le 9 février 2020, soit un mois après sa saisine par la préfète de la Vienne. Toutefois, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la circonstance que la commission départementale de préservation des espaces naturels et forestiers soit réputée avoir émis, dans un premier temps, un avis tacite favorable au projet en cause, ait été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision attaquée. Par suite, le moyen soulevé par M. A, lequel n'a été privé d'aucune garantie, doit être écarté.
6. D'autre part, les dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme interdisent, en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune.
7. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle (ANO)ZB 75(ANO), d'une superficie de 12 598 m2, est bordée au nord et à l'est par des terrains cultivés et s'ouvre à l'ouest sur de vastes terres agricoles qui ne supportent aucune construction. Au sud, elle est séparée de terrains en culture par une haie d'arbres située le long de la RD20. La parcelle, à l'écart du centre-bourg de la commune situé plus au nord, est distante d'environ 120 m du hameau de La Greffalerie, qui est au sud-est et dont elle est séparée par la voie départementale. Dans ces conditions, au regard du nombre et de la densité des constructions dans cette fraction du territoire communal et alors même que la parcelle serait desservie par les réseaux, le secteur d'implantation du projet ne peut être regardé comme une partie actuellement urbanisée de la commune au sens des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de fait, d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que la préfète, qui ne s'est pas estimée liée par la position du service instructeur de la demande de permis de construire de M. A, s'est fondée sur ce motif pour rejeter cette demande.
8. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme citées au point 4 que, dans les communes dépourvues de tout plan d'urbanisme ou de carte communale, la règle de constructibilité limitée n'autorise, en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, que les constructions et installations nécessaires, notamment, à l'exploitation agricole. Ce lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée. Lorsque la construction envisagée est à usage d'habitation, il convient d'apprécier le caractère indispensable de la présence permanente de l'exploitant sur l'exploitation au regard de la nature et du fonctionnement des activités de l'exploitation agricole.
9. La chèvrerie exploitée par M. A est située à environ 180 mètres du projet de construction objet de l'arrêté attaqué. Le requérant fait valoir que cette installation nécessite une surveillance de nuit durant les périodes de mises à bas des chèvres et que la présence de l'exploitant à proximité est également importante afin d'identifier les chevreaux et leurs mères respectives et de les surveiller notamment lors des périodes d'alimentation. Il verse à l'instance un courrier du 9 septembre 2020, établi par le vétérinaire en charge du suivi régulier de son exploitation de caprins, selon lequel " l'éleveur doit être disponible et pouvoir intervenir rapidement pour limiter la mortalité et assurer la prise en charge des souffrances inhérentes aux troubles obstétricaux et aux infections " et indiquant qu'un " logement pour le responsable de l'exploitation à proximité relative se justifie par une implantation laissant de l'espace pour une future nurserie à des parcs d'accès à l'extérieur dans un contexte d'expansion ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exploitation de M. A nécessiterait une surveillance physique permanente, de jour comme de nuit ou qu'une intervention instantanée soit nécessaire pour pallier d'éventuels dysfonctionnements dans les conditions d'élevage actuelles. Par ailleurs, si l'intéressé fait état de l'importance des vols de matériel ou de productions agricoles dans différentes exploitations, il n'établit pas que ces vols rendraient nécessaires sa présence continue à proximité immédiate de son exploitation. Dans ces conditions, le projet en litige ne peut être regardé comme nécessaire à l'exploitation agricole. Enfin, le requérant ne saurait se prévaloir utilement de la délibération du conseil municipal de Cernay du 27 mai 2020, adoptée postérieurement à l'arrêté attaqué, par laquelle la commune lui aurait accordé une autorisation de construire dérogatoire en application du 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de fait, d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que la préfète, qui ne s'est pas davantage estimée liée sur ce point par l'avis du service instructeur, a considéré que le projet en cause n'était pas au nombre des constructions et installations mentionnées aux 2° et 4° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 31 mars 2020 et de la décision du 7 juillet 2020 rejetant le recours gracieux de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
M. Lacaïle, premier conseiller,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. E
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTELe greffier d'audience,
Signé
JP. CHANTECAILLE
La République mande et ordonne au de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,
Signé
G. FAVARD
N ° 2002207
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026