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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2002685

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2002685

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2002685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAGRAVE - JOUTEUX & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 novembre 2020 et le 10 juin 2022, Mme B A, représentée par la SELARL Drageon et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2020 par laquelle le maire de la commune de La Rochelle a procédé à son changement d'affectation, ensemble la décision de rejet du 18 septembre 2020 du recours préalable qu'elle a exercé à l'encontre de la décision du 2 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de La Rochelle de la réintégrer dans ses fonctions précédentes ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Rochelle une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée, présentée comme un changement d'affectation en raison d'une réorganisation du cabinet du maire et président de la communauté d'agglomérations de La Rochelle, est une sanction disciplinaire déguisée compte tenu de la volonté de la sanctionner et de l'absence de motif tenant à l'organisation du service ;

- le poste qui lui est attribué est positionné à un niveau de responsabilité inférieur à celui qu'elle possédait au titre de son affectation précédente ;

- la procédure d'affectation est entachée d'un vice de procédure tiré de ce que la décision contestée ne mentionne pas la déclaration de la vacance de poste auprès du centre de gestion ;

- elle est entachée d'un autre vice de procédure, dès lors que, s'agissant d'une mutation, elle nécessitait une saisine préalable pour avis de la commission administrative paritaire, ainsi que la possibilité pour elle d'avoir un accès à l'intégralité de son dossier avant son adoption.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 juin 2021 et le 1er juillet 2022, la commune de La Rochelle, représentée par la SCP Lagrave - Jouteux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et les entiers dépens de l'instance, soient mis à la charge de la requérante.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par courrier du 18 août 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de changement d'affectation du 2 septembre 2020 dès lors qu'elle constitue une mesure d'ordre intérieur, insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Une réponse à ce moyen relevé d'office a été enregistrée pour la commune de La Rochelle le 25 août 2022.

Par un courrier enregistré le 26 août 2022, Mme A a répondu à ce moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi du 22 avril 1905portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n°2019-828 du 6 août 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Drageon, représentant Mme A, et de Me Madoulé, représentant la commune de La Rochelle.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, nommée en qualité d'adjointe administrative principale de première classe depuis le 1er juillet 2019, a été recrutée par la commune de La Rochelle à compter du 1er novembre 2015 pour exercer les fonctions d'assistante administrative au sein du cabinet du maire, positionnée notamment auprès du directeur de cabinet. Le 2 juillet 2020, Mme A a appris le départ imprévu, dans l'après-midi, d'une agente travaillant au secrétariat des élus rattaché au cabinet du maire, à la suite d'un entretien que cette dernière venait d'avoir avec le directeur de cabinet. Le 27 puis le 31 août 2020, Mme A a été informée oralement que son emploi allait être supprimé. Elle a alors refusé par deux fois l'affectation qui lui était proposée au secrétariat des élus, au sein du cabinet du maire. Par une décision du 2 septembre 2020, le maire de la commune de La Rochelle a procédé à son changement d'affectation au service état civil, en tant qu'agent d'état civil, à compter du 21 septembre 2020. Par un recours gracieux exercé le 10 septembre 2020, Mme A a contesté cette décision. Son recours a fait l'objet d'un rejet exprès par une décision du 18 septembre 2020. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 2 septembre 2020 prononçant son changement d'affectation, ensemble la décision de rejet du 18 septembre 2020 rejetant le recours gracieux exercé contre la décision initiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme A soutient que son changement d'affectation revêt le caractère d'une sanction déguisée dès lors que cette mesure fait suite à un incident survenu le 2 juillet 2020, après qu'un agent contractuel affecté au secrétariat des élus, a été suspecté d'avoir communiqué des documents confidentiels et a été suspendu pour l'après-midi, en raison du soutien qu'elle a apporté à cet agent dans le cadre du conflit l'opposant à la ville de La Rochelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mesure concernant la requérante est intervenue dans le cadre d'une réorganisation interne des services tendant à la mutualisation des postes d'assistants de direction, dont il est fait mention dans le compte-rendu de l'entretien professionnel de la requérante qui s'est tenu le 20 novembre 2019. Un poste au sein de ce nouveau service a d'ailleurs été proposé à la requérante qui l'a refusé. Dans ces conditions, en l'absence d'intention de la commune de sanctionner Mme A, la mesure litigieuse ne revêt pas, en tout état de cause, le caractère d'une sanction déguisée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement ". Selon les dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 applicables à la date de la décision en litige : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause. Dans le cas où l'agent public fait l'objet d'un déplacement d'office, il doit être regardé comme ayant été mis à même de solliciter la communication de son dossier s'il a été préalablement informé de l'intention de l'administration de le muter dans l'intérêt du service, quand bien même le lieu de sa nouvelle affectation ne lui aurait pas alors été indiqué.

4. D'une part, si Mme A soutient que sa mutation nécessitait une saisine préalable pour avis de la commission administrative paritaire, une telle exigence n'était pas requise par les dispositions de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 précitée, dans sa rédaction applicable telle qu'issue de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, lors des entretiens que la requérante a eus avec le directeur de cabinet du maire et l'élu délégué aux ressources humaines les 27 août et 31 août 2020, elle a été informée de son changement d'affectation à venir dans le cadre de la réorganisation du cabinet du maire, et a pu présenter des observations à ce sujet. Dès lors, elle a été à même de solliciter la communication de son dossier préalablement à la mesure litigieuse. Par suite, les moyens tirés de ce que la commission administrative paritaire aurait dû être saisie préalablement à sa mutation et de l'impossibilité pour elle d'avoir eu accès à l'intégralité de son dossier avant cette mutation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 26 janvier 1984 : " Lorsqu'un emploi permanent est créé ou devient vacant, l'autorité territoriale en informe le centre de gestion compétent qui assure la publicité de cette création ou de cette vacance, à l'exception des emplois susceptibles d'être pourvus exclusivement par voie d'avancement de grade. () ". Contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort des pièces du dossier que la vacance du poste d'agent au service " état civil " a fait l'objet d'une publication par le centre de gestion de la Charente-Maritime, saisie le 1er septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le maire de La Rochelle des dispositions de l'article 41 précité manque en fait.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation dirigées par Mme A contre la décision du 2 septembre 2020 et le rejet du 18 septembre 2020 de son recours gracieux doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Rochelle, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la commune de La Rochelle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : les conclusions de la commune de La Rochelle tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de La Rochelle.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Madame Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La rapporteure,

S. GIBSON-THERY

La présidente,

S. BRUSTONLa greffière,

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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