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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2002904

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2002904

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2002904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BROTTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 1er décembre 2020, 22 juillet 2021 et 12 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Séveno, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 18 juin 2020 par laquelle la commune de Vars a décidé d'effectuer une retenue sur sa rémunération pour absence de service fait du 11 au 27 mai 2020 pour un montant de 778,35 euros, le titre de recettes d'un montant de 778,35 euros émis le 10 juillet 2020 à son encontre, la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune de Vars sur sa demande de placement en autorisation spéciale d'absence pour la période du 11 au 27 mai 2020, ensemble la décision de rejet de son recours administratif du 7 septembre 2020 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme litigieuse de 778,35 euros ;

3°) de condamner la commune de Vars à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation des préjudices financiers et moraux qu'elle estime avoir subis à raison des illégalités fautives commises par la commune de Vars, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 septembre 2020, capitalisés à compter du 8 septembre 2021 ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Vars une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale, dès lors que la commune de Vars n'a pas informé le comité d'hygiène ou le comité technique paritaire de sa décision de ne pas suivre les avis du médecin de prévention rendus les 5 et 25 mai 2020 ;

- le titre exécutoire émis le 10 juillet 2020 à son encontre, insuffisamment motivé, a été pris en violation de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative dès lors que les voies et délais de recours qu'il mentionne ne sont pas conformes ;

- il viole les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il est dépourvu de signature, du nom, du prénom et de la qualité de son auteur ;

- la décision de rejet de son recours administratif, datée du 7 septembre 2020, méconnaît, par son défaut de motivation, les dispositions de l'article L. 411-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit et méconnaissent les dispositions de l'article 87 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983, dès lors qu'elle aurait dû être positionnée en autorisation spéciale d'absence pour la période du 11 au 27 mai 2020 au motif, d'une part, de son état de santé, et, d'autre part, de son obligation de garde de sa fille ;

- elles méconnaissent son droit de retrait résultant des dispositions de l'article 5-1 du décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale ;

- le refus de la placer en autorisation spéciale d'absence pour garde d'enfant et en tant que personne vulnérable révèle une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation par la commune ;

- la commune de Vars a commis des illégalités fautives engageant sa responsabilité, résultant de l'absence d'entretien professionnel pour l'année 2017 et de la transmission tardive de ses comptes rendus d'entretien annuel pour les années 2018 et 2019, qui ont entraîné une perte de chance d'avancement de grade et de promotion interne, lui occasionnant un préjudice financier et un préjudice moral qu'elle évalue à la somme de 10 000 euros ;

- le refus de la placer en autorisation spéciale d'absence pour la période du 11 au 27 mai 2020 est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Vars, qui l'a affectée psychologiquement, et qui justifie l'indemnisation d'un préjudice financier et d'un préjudice moral qu'elle estime à 15 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 juin 2021, 18 juin 2021, 10 septembre 2021 et 15 octobre 2021, la commune de Vars, représentée par la SCPA Brottier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision du 18 juin 2020 et le titre de recettes émis le 10 juillet 2020, qui n'en est qu'une déclinaison, sont irrecevables dès lors qu'elles sont tardives ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du 18 juin 2020, insusceptible de recours en raison de son caractère informatif.

Une réponse à ce moyen, enregistrée le 9 septembre 2022 pour la commune de Vars, n'a pas été communiquée.

Par ordonnance du 19 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre 2021.

Une pièce complémentaire présentée par la commune de Vars a été enregistrée le 7 avril 2022 et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations du public et de l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- le décret n°85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n°2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- le décret n° 2020-521 du 5 mai 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Brottier, représentant la commune de Vars.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjoint technique territorial de première classe au sein de la commune de Vars, y occupe les fonctions d'assistante d'éducation aide maternelle (ATSEM). Lors du premier confinement de 2020, Mme A a été placée en autorisation spéciale d'absence (ASA) du 16 mars 2020 au 10 mai 2020 inclus. Le 5 mai 2020, la directrice générale des services de la commune a informé l'ensemble du personnel communal, par courrier électronique, que les ASA prenaient fin le 10 mai 2020 et que le retour à l'activité professionnelle était prévu le 11 mai 2020. Par courrier du 26 mai 2020, le maire a demandé à Mme A de reprendre le travail à compter du 4 juin 2020. Par courrier du 16 juin 2020, Mme A a sollicité de la commune la régularisation de sa situation en la positionnant en ASA " garde d'enfant " et " personne vulnérable " pour la période du 11 au 27 mai 2020 inclus. Par lettre du 18 juin 2020, le maire de la commune de Vars a informé Mme A qu'une retenue serait effectuée sur sa rémunération pour absence de service fait du 11 au 27 mai 2020, pour un montant total de 778,35 euros. Un avis des sommes à payer correspondant à cette créance a été envoyé à Mme A, sur le fondement d'un titre de recette émis le 10 juillet 2020. Par un courrier du 7 septembre 2020 réceptionné le lendemain, Mme A a demandé à la commune de Vars de retirer la décision du 18 juin 2020, le titre de recettes émis le 10 juillet 2020, ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardée par la commune sur sa demande de positionnement en ASA " garde d'enfant " et " personne vulnérable ". Elle a sollicité par le même courrier la communication de ses comptes rendus d'entretiens professionnels de 2017 à 2019 ainsi que l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des illégalités fautives entachant les décisions litigieuses et du défaut de communication de ses entretiens professionnels, pour un montant global de 25 000 euros. Par un courrier daté du 7 septembre 2020 et réceptionné le 19 octobre 2020 par Mme A, le maire lui a transmis les comptes rendus de ses entretiens professionnels 2018 et 2019 et a rejeté toutes ses autres demandes. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 18 juin 2020, le titre de recettes du 10 juillet 2020 et la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commune de Vars sur sa demande de placement en ASA pour la période du 11 au 27 mai 2020, ensemble la décision de rejet de son recours administratif du 7 septembre 2020, de la décharger de l'obligation de payer la somme de 778,35 euros, et de l'indemniser à hauteur de 25 000 euros au titre des préjudices financiers et moraux qu'elle estime avoir subis du fait des illégalités fautives commises par la commune de Vars.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du 18 juin 2020 et contre le titre de recettes du 10 juillet 2020 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 18 juin 2020 en litige se borne à informer Mme A qu'un titre de recettes va être émis à son encontre, en précisant le calcul de l'indu de rémunération qui lui a été versé, résultant de l'absence de service fait pour la période du 11 au 27 mai 2020. Dès lors que ce courrier revêt un caractère purement informatif, il n'est pas susceptible de recours et les conclusions dirigées à son encontre sont irrecevables.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " (). / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. () ".

5. D'une part, il résulte de ces dispositions que l'avis de somme à payer du 10 juillet 2020 contesté, qui constitue un titre de recettes individuel, est, contrairement à ce que fait valoir la commune de Vars, un acte susceptible de recours. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Vars en défense, tirée du caractère insusceptible de recours du titre de recettes, doit être écartée.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme A a exercé un recours gracieux à l'encontre du titre de recettes du 10 juillet 2020, le 7 septembre 2020, soit dans le délai de deux mois à compter de sa notification. Ce recours a eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux, lequel a recommencé à courir à partir de la date de réception de la décision expresse de rejet du recours administratif, soit le 20 octobre 2020. La requête ayant été enregistrée le 1er décembre 2020, soit moins de deux mois après la notification du rejet litigieux, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté des conclusions dirigées contre le titre de recette doit également être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de placement en ASA, ensemble le rejet du recours gracieux du 7 septembre 2020 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les médecins du service de médecine préventive sont habilités à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. / (). / Lorsque l'autorité territoriale ne suit pas l'avis du service de médecine préventive, sa décision doit être motivée et le comité d'hygiène ou, à défaut, le comité technique doit en être tenu informé ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le médecin de prévention a émis deux avis successifs sur l'état de santé de Mme A, dont le premier, pour la période du 5 au 25 mai 2020, indique qu'elle n'est " pas en capacité d'occuper son poste physiquement en respect intégral des gestes barrières " et qu'il convient " de lui permettre de poursuivre un télétravail si possible, sans présence physique notamment au contact des enfants ". Le second avis, rendu le 25 mai 2020, pour les quinze jours suivants, préconise un télétravail " exclusif ", et, en cas d'impossibilité, un placement en ASA, compte tenu de l'appartenance de Mme A à un " groupe à risque COVID identifié ". Il ne ressort ainsi d'aucune pièce du dossier que la commune ait été avertie, avant le 25 mai 2020, que Mme A faisait partie d'un groupe à risque COVID identifié. En outre, comme le fait valoir la commune de Vars sans être sérieusement contredite, elle a proposé à la requérante " d'adapter un poste qui ne serait pas au contact des enfants ", répondant ainsi aux préconisations du médecin de prévention dans son premier avis valable jusqu'au 24 mai inclus. Si, toutefois, comme le soutient la requérante, la commune de Vars aurait dû informer le comité d'hygiène, ou, à défaut, le comité technique, de sa décision de ne pas suivre l'avis rendu par la médecine de prévention le 25 mai 2020, en refusant de la placer en ASA ou en télétravail pour la période du 25 mai au 27 mai 2020, l'absence d'une telle formalité, postérieurement à l'intervention de la décision litigieuse, est sans incidence sur sa légalité.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision rejetant un recours administratif dirigé contre une décision soumise à obligation de motivation en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 est motivée lorsque cette obligation n'a pas été satisfaite au stade de la décision initiale. / La décision faisant droit à un recours administratif est motivée si elle entre, par elle-même, dans le champ des décisions individuelles visées aux articles L. 211-2 et L. 211-3 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée des motifs de rejet de sa demande de placement en ASA par le courrier électronique du 15 mai 2020 de la directrice générale des services ainsi que par le courrier recommandé du maire du 26 mai 2020. Par suite, le maire de la commune de Vars n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent en ne motivant pas sa décision de rejet du recours gracieux formé par la requérante.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors applicable : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire ". L'article 21 de la même loi alors en vigueur dispose : " (). Les fonctionnaires en activité bénéficient d'autorisations spéciales d'absence liées à la parentalité et à l'occasion de certains évènements familiaux. Ces autorisations spéciales d'absence n'entrent pas en compte dans le calcul des congés annuels ". L'article 4 de la loi de finances rectificative du 29 juillet 1961 dispose : " Il n'y a pas de service fait : / 1° Lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de service ; / 2° Lorsque l'agent, bien qu'effectuant ses heures de service, n'exécute pas tout ou partie des obligations de service qui s'attachent à sa fonction telles qu'elles sont définies dans leur nature et leurs modalités par l'autorité compétente dans le cadre des lois et règlements ".

7. D'une part, si Mme A fait valoir qu'elle a transmis à la commune de Vars deux avis du médecin de prévention préconisant son placement en télétravail, il est constant que son employeur l'a informée de ce que les ASA prenaient fin au 10 mai 2020 inclus, et lui a demandé, comme à l'ensemble des agents communaux, de reprendre le travail à partir du 11 mai 2020, tout en lui proposant un poste sans contact avec les enfants pour tenir compte de son état de santé. Si la requérante produit une note émanant du ministère de l'action et des comptes publics " Questions - Réponses Covid-19 Sortie du confinement dans la Fonction Publique ", cette note prévoit, en tout état de cause, dans sa version au 11 mai 2020, que, pour les agents vulnérables au sens des critères de vulnérabilité fixés par le haut conseil de santé publique, le placement en ASA est conditionné à la production d'un certificat médical d'arrêt de travail et non au seul avis du médecin de prévention. D'autre part, si Mme A soutient qu'elle avait également droit au placement en ASA pour garde d'enfants, il ressort des pièces du dossier que la commune de Vars lui a proposé une solution de garde pour sa fille, alors collégienne en classe de quatrième, afin qu'elle puisse reprendre le travail. En outre, bien qu'elle allègue l'impossibilité de trouver un autre mode de garde lors de la période en litige en démontrant que le collège dans lequel sa fille était scolarisée était fermé, elle ne justifie pas, à la date des décisions qu'elle attaque, avoir produit auprès de la commune une attestation de l'employeur de son conjoint en ce sens, alors que l'octroi des ASA n'est pas de droit, même en période de crise sanitaire, et reste soumis aux nécessités de service déterminées au cas par cas par l'autorité territoriale. Dans ces conditions, la commune de Vars n'a commis ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de placer Mme A en ASA au motif de la vulnérabilité de son état de santé ou pour garde d'enfant au cours de la période en litige.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Si un agent a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou pour sa santé ou s'il constate une défectuosité dans les systèmes de protection, il en avise immédiatement son supérieur hiérarchique. / Il peut se retirer d'une telle situation. / L'autorité territoriale prend les mesures et donne les instructions nécessaires pour permettre aux agents, en cas de danger grave et imminent, d'arrêter leur activité et de se mettre en sécurité en quittant immédiatement leur lieu de travail. / Aucune sanction ne peut être prise, aucune retenue de rémunération ne peut être effectuée à l'encontre d'agents qui se sont retirés d'une situation de travail dont ils avaient un motif raisonnable de penser qu'elle présentait un danger grave et imminent pour leur vie ou pour leur santé ".

9. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme A ait demandé à exercer son droit de retrait concernant la période en litige. Par suite, elle ne peut utilement soutenir que la commune de Vars aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 5-1 du décret du 10 juin 1985.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée à ces conclusions par la commune de Vars, que les conclusions présentées par Mme A à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de placement en autorisation spéciale d'absence pour la période du 11 au 27 mai 2020, ensemble la décision de rejet de son recours administratif du 7 septembre 2020, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 10 juillet 2020 et de décharge de l'obligation de payer la somme en litige :

11. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

12. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " (). Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Il résulte de ces dispositions qu'une créance ne peut être mise en recouvrement sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'administration se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.

13. Le titre de recettes émis le 10 juillet 2020 porte les mentions " absence de service fait - 11/05/2020-27/05/2020 ". Bien que la requérante ait été destinataire d'un courrier, daté du 18 juin 2020, l'informant du calcul de l'indu de rémunération qu'elle a reçu, " en proportion de la durée du service non fait ", et que l'avis de sommes à payer transmis à la requérante porte sur un montant total identique à celui de l'indu précité, il ne reproduit pas le calcul auquel s'est livré le maire dans le courrier du 18 juin 2020, ne s'y réfère pas expressément et n'a pas été accompagné, lors de son envoi postal, d'un document précisant les bases de la liquidation de la créance en litige. Il en résulte que le titre de recette du 10 juillet 2020 mettant à la charge de Mme A la somme de 775,35 euros est entaché d'une irrégularité formelle et doit être annulé pour ce motif.

1.Il résulte de ce qui précède que le titre de recettes du 10 juillet 2020 doit être annulé. Toutefois, l'annulation de ce titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, que soit prononcée la décharge de l'obligation de payer la somme de 778,35 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

15. En premier lieu, l'irrégularité en la forme du titre de recettes du 10 juillet 2020 ne remettant pas en cause le bien-fondé de la créance de 778,35 euros, et en l'absence d'illégalité entachant la décision implicite de rejet de sa demande de placement en ASA et la décision de rejet de son recours gracieux, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir d'illégalités fautives de nature à engager la responsabilité de la commune de Vars.

16. En second lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu () ". L'article 6 du même décret dispose : " Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel sont les suivantes : () / 4° Dans un délai maximum de quinze jours, le compte rendu est notifié au fonctionnaire qui, le cas échéant, le complète par ses observations sur la conduite de l'entretien ou les différents sujets sur lesquels il a porté, le signe pour attester qu'il en a pris connaissance et le renvoie à son supérieur hiérarchique direct ; / () / 6° Le compte rendu est versé au dossier du fonctionnaire par l'autorité territoriale et communiqué à l'agent ; / 7° Lorsque la collectivité territoriale ou l'établissement public local est affilié à un centre de gestion, une copie en est communiquée à celui-ci, dans les délais compatibles avec l'organisation des commissions administratives paritaires ". Aux termes de l'article 7 de ce texte : " I. - L'autorité territoriale peut être saisie par le fonctionnaire d'une demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel. / Cette demande de révision est exercée dans un délai de quinze jours francs suivant la notification au fonctionnaire du compte rendu de l'entretien. (). / II. - Les commissions administratives paritaires peuvent, à la demande de l'intéressé et sous réserve qu'il ait au préalable exercé la demande de révision mentionnée à l'alinéa précédent, proposer à l'autorité territoriale la modification du compte rendu de l'entretien professionnel. / Dans ce cas, communication doit être faite aux commissions de tous éléments utiles d'information. Les commissions administratives paritaires doivent être saisies dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la réponse formulée par l'autorité territoriale dans le cadre de la demande de révision () ". En vertu de ces dispositions, l'envoi tardif d'un compte-rendu d'entretien professionnel ne fait pas obstacle à la saisine par l'agent concerné de la commission administrative compétente, à condition qu'il ait effectué au préalable auprès de l'autorité territoriale une demande de révision du compte-rendu dans un délai de quinze jours francs suivant sa notification.

17. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ait formulé de demande de révision des comptes rendus de ses entretiens professionnels pour les années 2017 à 2019, même après qu'ils lui ont été transmis. S'agissant de l'année 2017, au titre de laquelle la requérante soutient qu'elle n'a pas été destinataire du compte-rendu d'entretien professionnel, la commune de Vars fait valoir, sans être contredite, que le compte-rendu d'entretien daté du 16 octobre 2018 concerne l'année scolaire 2017/2018. En outre, si Mme A allègue, sans le démontrer, avoir sollicité de la commune de Vars, depuis plusieurs années, un avancement ou une promotion interne, lesquels ne sont d'ailleurs pas de droit, elle ne produit aucun élément permettant d'établir un lien de causalité entre la transmission tardive de ses comptes rendus d'entretiens professionnels de 2017 à 2019 et la perte de chance d'avancement ou de promotion interne dont elle se prévaut. .

18. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander réparation des financiers et moraux qu'elle estime avoir subis à raison des agissements de la commune de Vars.

Sur les frais liés au litige :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Vars la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens, ni de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Vars au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recettes du 10 juillet 2020 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Vars.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

La présidente,

Signé

S. BRUSTONLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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