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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2003223

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2003223

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2003223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAVALETTE AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2020, Mme C A, représentée par Me Gomez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2020 par lequel la préfète de la Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale-liens personnels et familiaux ", ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux du 5 juin 2020 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale-liens personnels et familiaux " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'illégalité pour rupture du principe d'égalité dès lors que sa sœur, célibataire et sans enfant et placée dans une situation similaire à la sienne, s'est vue accorder par la préfète de la Vienne le 6 mai 2020 le titre de séjour demandé ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2022.

Le préfet de la Vienne a produit, le 5 octobre 2022, un mémoire en défense qui a été enregistré mais n' a pas été communiqué.

Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du 15 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante malgache née le 7 mai 1994, est entrée en France métropolitaine le 19 août 2015 sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant " et a obtenu des cartes de séjour " étudiant " pour la période du 26 octobre 2015 au 25 octobre 2018. Elle a sollicité, le 27 novembre 2018, la délivrance d'une carte de séjour " vie privée et familiale-liens personnels et familiaux ". La requérante demande l'annulation de l'arrêté du 21 avril 2020 par lequel la préfète de la Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux du 5 juin 2020.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il mentionne, outre la date d'arrivée en France métropolitaine de Mme A, sa situation privée et familiale et le fait que l'intéressée n'établit pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux particulièrement intenses, anciens et stables. Ainsi, l'acte attaqué, qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A, est suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si Mme A a vécu à Mayotte où vit toujours une partie de sa famille, dont sa mère, son beau-père et des demi-sœurs et demi-frères et si elle y a bénéficié d'un titre de séjour du 18 octobre 2014 au 17 octobre 2015, elle est entrée en France métropolitaine en août 2015 pour y poursuivre des études et était célibataire sans enfant à la date de la décision attaquée du 21 avril 2020. Elle se prévaut de la présence en France de sa sœur, qui y réside sous couvert d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " délivrée par la préfète de la Vienne. Toutefois, cette seule circonstance n'est pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour. Par ailleurs, en se bornant à faire valoir dans son recours gracieux du 5 juin 200 que sa candidature aurait été retenue pour un poste de comptable, la requérante n'établit pas disposer d'une insertion professionnelle réelle, ni avoir tissé des liens personnels particulièrement intenses, anciens et stables en France. Dans ces conditions, compte tenu des caractéristiques de son séjour en France métropolitaine, où elle n'a été admise que pour y poursuivre des études, la décision de refus de séjour contestée n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée.

6. En troisième et dernier lieu, une personne à laquelle une règle de droit est légalement appliquée n'est pas fondée à soutenir que le principe d'égalité a été méconnu à son encontre en se prévalant de la circonstance de ce que cette règle n'aurait pas été appliquée à d'autres personnes se trouvant dans la même situation. Ainsi, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme A ne peut utilement prétendre qu'elle se trouverait placée dans une situation d'inégalité par rapport à sa sœur ayant obtenu un titre de séjour " vie privée et familiale-liens personnels et familiaux " délivré le 6 mai 2020 par la préfète de la Vienne.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 avril 2020 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Ses conclusions à fin d'annulation ne peuvent, dès lors, qu'être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Gomez et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. B

Le président,

Signé

A.LE MEHAUTELa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 2003223

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