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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100126

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100126

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL RACHID RAHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 18 janvier, 30 janvier et 23 août 2021, M. C A, représenté par Me Rahmani, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2020 par laquelle la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'annuler la décision implicite portant refus d'abroger la décision du 24 septembre 2019 par laquelle le préfet de la Charente lui a interdit de retourner sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision implicite portant refus d'abroger l'interdiction de retour sur le territoire français du 24 septembre 2019 :

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2022, la préfète de la Charente conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2021.

Par un courrier du 12 avril 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision implicite par laquelle la préfète de la Charente a refusé d'abroger l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A le 24 septembre 2019, dès lors que l'intéressé ne justifie pas, conformément à l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il résidait hors de France à la date à laquelle il a saisi le juge administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Bureau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe, né le 7 octobre 1983 à Belovo, est entré en France en 2014 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 25 août 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 1er avril 2016. Par un arrêté du 24 septembre 2019, la préfète de la Charente l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période d'un an. L'intéressé, qui s'est maintenu sur le territoire français, a sollicité, le 1er octobre 2020, un titre de séjour, et le 18 janvier 2021 l'abrogation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français du 24 septembre 2019. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 25 novembre 2020 par laquelle la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour et la décision portant refus d'abroger la décision du 24 septembre 2019 par laquelle cette dernière lui a interdit de retourner sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour du 25 novembre 2020 :

2. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Charente a relevé que M. A avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 24 septembre 2019, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et qu'il s'était volontairement maintenu sur le sol français en toute irrégularité en dépit de ces décisions.

3. Toutefois, l'autorité préfectorale a toujours la faculté, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, de délivrer à un étranger, compte tenu de l'ensemble de sa situation personnelle, un titre de séjour alors même que ce dernier, qui s'est maintenu sur le territoire français, n'a pas sollicité l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet.

4. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Charente n'a pas exercé son pouvoir de régularisation, alors qu'à la date de la décision attaquée, M. A justifiait de la conclusion d'un pacte civil de solidarité le 13 juillet 2020 avec Mme B et la naissance de leur enfant le 6 juin 2020 depuis la mesure d'éloignement dont il avait fait l'objet le 24 septembre 2019. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la préfète de la Charente a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 25 novembre 2020 par laquelle la préfète de la Charente a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A doit être annulée.

En ce qui concerne la décision implicite portant rejet de la demande d'abrogation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français du 24 septembre 2019 :

6. Aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour : Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-1 ou L. 731-3. ". Il ressort de ces dispositions qu'un étranger n'est recevable à solliciter l'abrogation d'une interdiction de retour sur le territoire français que s'il justifie résider hors de France.

7. Par ailleurs, si un étranger est recevable à demander l'annulation d'une décision refusant d'abroger une décision refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, une décision obligeant à quitter le territoire français ou une décision fixant le pays de renvoi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'obligation de quitter le territoire français est assortie d'une interdiction de retour sur ce territoire, il n'est, en revanche, pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date à laquelle il saisit le juge administratif.

8. Il est constant qu'à la date à laquelle M. A a saisi le juge administratif d'un recours contentieux à l 'encontre de la décision implicite rejetant sa demande d'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 24 septembre 2019, il résidait toujours en France. Par suite, l'intéressé n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète de la Charente a refusé d'abroger cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique seulement que la préfète de la Charente procède au réexamen de la situation de M. A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de la Charente de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rahmani, avocat de M. A, d'une somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 novembre 2020 par laquelle la préfète de la Charente a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Charente de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rahmani, avocat de M. A, une somme de

900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de la Charente et à Me Rahmani.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. BUREAU

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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