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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100152

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100152

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 20 janvier 2021, le 12 juillet 2021, le 21 octobre 2021, le 12 février 2022, le 14 février 2022 et le 5 février 2023, l'association Les familles B, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la préfète de la Vienne sur la demande qu'elle lui a adressée le 12 septembre 2020 et tendant à mettre en demeure la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Eliporc de régulariser la situation administrative de son installation pour y intégrer toutes ses extensions et mettre à jour son plan d'épandage ;

2°) de suspendre l'exploitation du site de Courcoué (Indre-et-Loire) dans l'attente de cette régularisation ;

3°) à titre subsidiaire, reconnaitre l'unicité de l'élevage de Pouant (Vienne) et de l'installation de méthanisation exploitée sur ce site par la SARL Les Grandes Causses ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les installations des sites de Pouant et de Courcoué constituent un élevage unique relevant de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) soumises à autorisation environnementale, qui auraient dû faire l'objet d'un nouvel arrêté d'autorisation environnementale ;

- suite à l'annulation de l'arrêté du 3 décembre 2015 par le tribunal administratif de Poitiers, le plan d'épandage doit être mis à jour ;

- l'installation de méthanisation modifie notablement l'exploitation du site d'élevage de Pouant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2022, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient :

- qu'en l'absence de décision contestée la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par l'association Les familles B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2023, la SCEA Eliporc, représentée par Me Charles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 600 euros soit mise à la charge de l'association requérante en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Trois mémoires de l'association Les familles B ont été enregistrés le 11 mars, le 12 mars et le 13 mars 2023, après la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

Deux notes en délibéré, enregistrées le 17 et le 22 mars 2023, ont été produites par l'association Les familles B.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile d'exploitation agricole (SCEA) Eliporc exploite un élevage intensif de porcs d'une capacité de 10 468 animaux-équivalents aux lieux-dits " Les Ouches ", " La vallée de Puyraveau ", et " Les Terres Rouges " sur la commune de Pouant (Vienne). Le 24 avril 2019, elle a informé la préfète du département d'Indre-et-Loire de la reprise de l'élevage porcin de l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Rolland au lieu-dit " Les Varennes Bourgneuf " sur la commune de Courcoué (Indre-et-Loire), situé à huit kilomètres de son élevage de Pouant (Vienne), et a obtenu le 7 juillet 2021 l'enregistrement des modifications effectuées pour en augmenter la capacité en post-sevrage/engraissage à 2 288 animaux-équivalents. Préalablement, par un courrier du 12 septembre 2020 enregistré le 16 septembre 2020, l'association Les familles B avait demandé au préfet de la Vienne de mettre en demeure la SCEA Eliporc de régulariser sa situation administrative par le dépôt d'une demande d'autorisation environnementale reconnaissant l'unicité des sites de Pouant et de Courcoué, de mettre à jour son plan d'épandage et de reconnaitre que l'installation de méthanisation exploitée par la SARL Les grands causses à Pouant est intégrée à l'exploitation d'élevage de Pouant. Cette association demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Vienne sur sa demande.

Sur l'unicité des sites de Pouant et Courcoué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. ". L'article L. 511-2 du même code dispose : " Les installations visées à l'article L. 511-1 sont définies dans la nomenclature des installations classées établie par décret en Conseil d'Etat, pris sur le rapport du ministre chargé des installations classées, après avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Ce décret soumet les installations à autorisation, à enregistrement ou à déclaration suivant la gravité des dangers ou des inconvénients que peut présenter leur exploitation ". L'article L.181-3 de ce code précise : " I.-L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L.211-1 et L.511-1, selon les cas. () ". Enfin, aux termes l'article L.181-14 de ce même code : " Toute modification substantielle des activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent de l'autorisation environnementale est soumise à la délivrance d'une nouvelle autorisation, qu'elle intervienne avant la réalisation du projet ou lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation ".

3. Si deux installations soumises à la législation relative aux installations classées se trouvent sur des sites distincts, ces installations peuvent être néanmoins regardées comme formant un élevage unique soumis à autorisation environnementale au regard d'un faisceau d'indices relatifs, notamment, à la distance entre les deux installations, à l'existence d'une communauté de moyens, à l'existence d'une même entité économique, à la gestion agronomique commune des effluents, à l'existence d'un plan d'épandage commun et aux nuisances vis-à-vis des tiers.

4. Les élevages situés sur les sites de Pouant et de Courcoué constituaient deux entités indépendantes jusqu'au rachat de l'EARL Rolland par la SCEA Eliporc. A la suite de ce rachat, ils ont conservé chacun leur numéro SIRET et leurs propres personnels, sans mutualisation d'aucun moyen. Les deux exploitations sont distantes de huit kilomètres. Elles possèdent chacune leurs propres cellules et silos de stockage de céréales ainsi que leur propre fabrique d'aliments pour permettre l'alimentation des porcs produits sur chaque site. Chaque élevage possède ses propres ouvrages de stockage de lisier et son propre plan d'épandage dont aucune zone n'est partagée entre les deux exploitations. L'association requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que les deux exploitations prélèvent de l'eau dans la même nappe phréatique dès lors que leur déclaration relève de la législation sur les installations classées et non de la loi sur l'eau. Dans ces conditions, les deux élevages ne peuvent être regardés comme constituant une seule exploitation nécessitant une autorisation environnementale commune au titre de la législation sur les installations classées. Par suite, le moyen relatif aux nuisances vis-à-vis des tiers que serait susceptible d'entraîner le fonctionnement conjoint des deux élevages doit être écarté. Pour le même motif, en l'absence de modification des conditions d'exploitation, les moyens tirés de la méconnaissance de la charte du parc naturel régional Loire Anjou Touraine et du schéma de cohérence territoriale (SCOT), qui sont d'ailleurs dépourvus des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du préfet de la Vienne ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à suspension de l'exploitation du site de Courcoué, lequel ne relève d'ailleurs pas de la compétence territoriale du tribunal administratif de Poitiers, doivent être rejetées.

Sur la mise à jour des plans d'épandage :

6. L'association requérante soutient que suite à l'annulation par le tribunal administratif de Poitiers le 17 janvier 2018 de l'arrêté du 3 décembre 2015, la préfecture de la Vienne doit exiger de la SCEA Eliporc la mise à jour de son plan d'épandage pour le mettre en conformité avec les arrêtés précédents. Il résulte toutefois de l'instruction, que suite à la visite sur site le 4 décembre 2020 des services de la direction départementale de la protection des populations de la Vienne, la SCEA Eliporc a été sommée par courrier du 20 janvier 2021 de fournir un nouveau dossier de déclaration de modification notable du plan d'épandage pour le limiter aux parcelles reconnues aptes figurant à l'annexe 2b de l'arrêté complémentaire du 28 mai 2010. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait à tort négligé d'exiger de la SCEA Eliporc qu'elle régularise son exploitation manque en fait.

Sur l'unicité du site d'élevage et de l'installation de méthanisation de Pouant :

7. Aux termes de l'article R.512-74 du code de l'environnement : " I.-L'arrêté d'enregistrement ou la déclaration cesse de produire effet lorsque, sauf cas de force majeure ou de demande justifiée et acceptée de prorogation de délai, l'installation n'a pas été mise en service dans le délai de trois ans. () ".

8. La SARL Les grandes causses, dont la SCEA Eliporc est l'unique actionnaire, a obtenu le 24 novembre 2017 une preuve de dépôt pour la déclaration d'une installation de méthanisation et d'une installation de combustion au lieu-dit " Le Bois Bouchard " destiné au traitement des effluents de l'élevage de Pouant. Cependant, cette installation n'a pas été réalisée, ni par conséquent mise en service dans le délai de trois ans prévu par les dispositions précitées, et le préfet de la Vienne lui a notifié par courrier du 8 février 2021 la caducité de sa déclaration. Par suite, le préfet n'avait pas à la mettre en demeure de régulariser à ce titre son installation et les conclusions de la requête tendant à constater l'unicité de l'élevage de Pouant et de l'installation de méthanisation ne peuvent qu'être écartées.

Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par la préfète de la Vienne, que la requête de l'association Les familles B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Les familles B la somme de 600 euros à verser à la SCEA Eliporc au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Les familles B est rejetée.

Article 2 : L'association Les familles B versera à la SCEA Eliporc la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les familles B, au ministre de de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société civile d'exploitation agricole Eliporc.

Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

Y. A

Le président,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière,

Signé

D.GERVIER

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