lundi 27 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100259 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP KPL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 janvier 2021 et le 9 janvier 2023, Mme A B, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2020 par lequel le président du syndicat intercommunal à vocation unique " Crèche familiale de Saint-Yrieix " l'a placée en congé de maladie ordinaire pour la période du 7 décembre 2020 au 7 janvier 2021 ;
2°) d'enjoindre à ce syndicat de reconnaître imputable au service la maladie dont elle est atteinte, dans un délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal à vocation unique " Crèche familiale de Saint-Yrieix " une somme de 2 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission de réforme n'a pas été saisie par le syndicat pour rendre un avis préalable sur sa demande de prolongation de congé de longue maladie ;
- il est insuffisamment motivé en ce qui concerne le refus opposé à sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service ;
- il méconnaît l'autorité de la chose jugée par le jugement n°1800639 du 5 février 2020 par lequel le tribunal a annulé l'arrêté du 26 janvier 2018 du SIVU " Crèche familiale de Saint-Yrieix " refusant de reconnaître sa maladie imputable au service.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2022, le syndicat intercommunal à vocation unique " Crèche familiale de Saint-Yrieix " conclut, à titre principal, à la désignation d'un expert avant-dire droit, ou, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, il y a lieu de désigner un médecin expert, dès lors que la première expertise médicale a été réalisée par un médecin généraliste et non psychiatre ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- le jugement n°1800639 du 5 février 2020 ;
- l'arrêt n°20BX02750 du 30 novembre 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- les observations de Me Pielberg représentant Mme B et de Me Gomez représentant le syndicat intercommunal à vocation unique " Crèche de Saint-Yrieix ".
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a assuré, pendant plus de vingt-cinq ans, les fonctions de directrice de la crèche familiale intercommunale de Saint-Yrieix, gérée par le syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) " Crèche familiale de Saint-Yrieix " qui regroupe les communes de Fléac, Gond-Pontouvre, Saint-Yriex, Champniers et Vindelle. Placée en congé maladie à compter du 27 septembre 2016, puis de nouveau à compter du 9 novembre 2016, Mme B a demandé à son administration de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie. Par un arrêté du 26 janvier 2018, la présidente du syndicat a rejeté sa demande. Par un jugement n°1800639 du 6 février 2020, le tribunal administratif de Poitiers a, d'une part, annulé, sur la requête de Mme B, l'arrêté du 26 janvier 2018, et, d'autre part, enjoint au SIVU de reconnaître la pathologie de Mme B imputable au service et d'en tirer toutes les conséquences sur sa situation administrative. La cour administrative d'appel de Bordeaux a confirmé ce jugement par un arrêt du 30 novembre 2022. Mme B a été placée en congé de longue durée à demi-traitement pour la période du 2 juillet 2020 au 2 novembre 2020 pour raison de santé. Elle a demandé au syndicat, par courrier du 6 novembre 2020, la prolongation de son congé de longue durée pour la période du 3 novembre 2020 jusqu'au 31 décembre 2021. Par un arrêté du 16 décembre 2020 dont elle demande au tribunal l'annulation, le président du SIVU l'a placée en congé de maladie ordinaire à plein traitement, pour la période du 7 décembre 2020 au 7 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'autorité de la chose jugée d'une décision juridictionnelle s'attache au dispositif de cette décision et aux motifs qui en sont le soutien nécessaire. Elle est subordonnée à la triple identité de parties, d'objet et de cause. Par le jugement précité du 5 février 2020, confirmé par l'arrêt du 30 novembre 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux qui a rejeté l'appel formé par le SIVU " Crèche familiale de Saint-Yrieix ", le tribunal administratif de Poitiers a annulé l'arrêté du 26 janvier 2018 du syndicat refusant de reconnaître la maladie de Mme B imputable au service, au motif que, le lien direct entre le service et la pathologie dont souffre Mme B devant être regardé comme établi, la présidente de cet établissement avait commis une erreur d'appréciation en refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie. Le tribunal a précisé que l'exécution de cette décision de justice, dont l'appel ne revêt au demeurant pas de caractère suspensif, impliquait nécessairement, compte tenu du motif retenu, que la présidente du syndicat reconnaisse l'imputabilité au service de la maladie de Mme B, et en tire les conséquences sur sa situation au regard des arrêts de travail en résultant, y compris au regard de ses droits à rémunération et de la prise en charge de ses frais médicaux. Par son arrêté le 16 décembre 2020 plaçant Mme B en congé de maladie ordinaire pour la période du 7 décembre 2020 au 7 janvier 2021, alors qu'elle était en congé de longue durée jusqu'au 2 novembre 2020 au titre de sa pathologie reconnue imputable au service, le président du SIVU " Crèche familiale de Saint-Yrieix " a, implicitement mais nécessairement, refusé à nouveau de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme B, alors même qu'aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait n'est intervenu. Dès lors, compte tenu de la triple identité de parties, d'objet et de cause, le président du SIVU a méconnu l'autorité de la chose jugée par le tribunal administratif.
3. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 16 décembre 2020 plaçant Mme B en congé de maladie ordinaire à plein traitement pour la période du 7 décembre 2020 au 7 janvier 2021 doit être annulé sans qu'il y ait lieu de désigner un expert.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
4. Le présent jugement implique, compte tenu du motif retenu, qu'il soit enjoint au président du syndicat " Crèche familiale de Saint-Yrieix ", dans le délai d'un mois à compter de sa notification, de tirer les conséquences de la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de la requérante sur sa situation au regard, d'une part, des arrêts de travail en résultant, et, d'autre part, de ses droits à rémunération et de la prise en charge de ses frais médicaux. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme B.
Sur les frais liés au litige :
3. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le SIVU " Crèche familiale de Saint-Yrieix " demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SIVU " Crèche familiale de Saint-Yrieix " le versement à la requérante d'une somme de 1 300 euros sur le fondement des mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1 : L'arrêté du 16 décembre 2020 plaçant Mme B en congé de maladie ordinaire à plein traitement pour la période du 7 décembre 2020 au 7 janvier 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au président du SIVU " Crèche familiale de Saint-Yrieix " de tirer les conséquences de la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de la requérante sur sa situation au regard, d'une part, des arrêts de travail en résultant, et, d'autre part, de ses droits à rémunération et de la prise en charge de ses frais médicaux, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le SIVU " Crèche familiale de Saint-Yrieix " versera à Mme B une somme de 1 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au syndicat intercommunal à vocation unique " Crèche familiale de Saint-Yrieix ".
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 février 2023.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
La présidente,
Signé
S. BRUSTON
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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