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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100265

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100265

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2021, Mme A B, représentée par Me Menard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 novembre 2020 par lequel la préfète de la Vienne a retiré le titre de séjour qui lui avait été délivré pour la période du 23 septembre 2019 au 22 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui restituer son titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou subsidiairement à elle-même sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de son état de grossesse et de la situation de son compagnon à partir d'août 2020, tous éléments sur lesquels la décision contestée est silencieuse en dépit des observations qu'elle a faites sur ces points auprès de la préfète dans le cadre de l'instruction contradictoire de sa situation administrative selon un courrier du 23 octobre 2020 ;

- en fondant sa décision sur les motifs d'une décision juridictionnelle qui n'était pas encore devenue définitive à la date à laquelle l'arrêté contesté a été pris, la préfète de la Vienne a entaché cet arrêté d'une erreur de droit ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, notamment en ce que cette décision remet en cause le bénéfice des aides sociales qu'elle a perçues pendant la période considérée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Vienne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que, lorsque l'autorité administrative, en exécution d'un jugement d'annulation, prend une nouvelle décision qui n'est motivée que par le souci de se conformer à ce jugement d'annulation, la décision du juge d'appel statuant au fond a pour effet, si elle annule le jugement d'annulation, de rétablir la décision initiale dans l'ordonnancement juridique et entraîne, ce faisant, la sortie de vigueur de la décision qui n'avait été prise que pour l'exécution du jugement annulé, de sorte que le retrait de cette décision, qui est sans incidence sur la situation juridique du requérant, d'ores et déjà rétablie dans son état antérieur au jugement d'annulation, n'est pas une décision faisant grief et n'est, par suite, pas susceptible de faire l'objet d'un recours en annulation.

Le préfet de la Vienne et la requérante ont répondu à ce moyen relevé d'office par deux mémoires enregistrés respectivement le 3 et le 5 mai 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pinturault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante camerounaise née le 5 mars 1989, est entrée en France irrégulièrement en 2011. Des titres de séjour lui ont été délivrés au titre de ses liens privés et familiaux pour la période du 20 janvier 2015 au 19 janvier 2019. Par un arrêté du 23 septembre 2019, la préfète de la Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour. Par un jugement du 3 mars 2020, le tribunal administratif de Poitiers a annulé cet arrêté et enjoint à la préfète de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ". Le 13 mai 2020, la préfète de la Vienne a délivré à Mme B une carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour la période du 23 septembre 2019 au 22 septembre 2020. Par un arrêt du 24 septembre 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 3 mars 2020. Par un arrêté du 30 novembre 2020, la préfète de la Vienne a retiré à Mme B la carte de séjour temporaire qu'elle lui avait délivrée le 13 mai 2020. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Lorsque l'autorité administrative, en exécution d'un jugement d'annulation, prend une nouvelle décision qui n'est motivée que par le souci de se conformer à ce jugement d'annulation, la décision du juge d'appel statuant au fond a pour effet, si elle annule le jugement d'annulation, de rétablir la décision initiale dans l'ordonnancement juridique et entraîne, ce faisant, la sortie de vigueur de la décision qui n'avait été prise que pour l'exécution du jugement annulé, de sorte que le retrait de cette décision, qui est sans incidence sur la situation juridique du requérant, d'ores et déjà rétablie dans son état antérieur au jugement d'annulation, n'est pas une décision faisant grief et n'est, par suite, pas susceptible de faire l'objet d'un recours en annulation.

3. Il résulte de ce qui précède qu'en annulant le jugement du tribunal administratif de Poitiers du 3 mars 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par son arrêt du 24 septembre 2020, rétabli dans l'ordonnancement juridique la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour du 23 septembre 2019. Dans ces conditions, l'arrêté contesté, par lequel le préfet de la Vienne a retiré le titre de séjour qui avait été délivré à la requérante en exécution du jugement du 3 mars 2020, a été sans incidence sur la situation juridique de la requérante qui doit être regardée comme n'ayant été titulaire d'aucun titre de séjour à la date à laquelle la décision de retrait a été prise. Il suit de là que l'arrêté en litige n'a pas le caractère d'une décision faisant grief. Par suite, les conclusions de Mme B aux fins d'obtenir l'annulation de cet arrêté ne sont pas recevables et sa requête ne peut qu'être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'elle présente sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. PINTURAULT

Le président,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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