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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100382

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100382

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS THIERRY ZORO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 5 février 2021, 30 mars 2021 et 11 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Zoro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2020 par lequel le préfet de la Vienne a prononcé la saisie définitive de ses armes et munitions remises à l'autorité administrative en application de l'arrêté préfectoral du 26 avril 2013 et lui a fait interdiction d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions de toutes catégories ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui restituer ses armes et de mettre fin à son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de procès non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- il a réclamé en vain au préfet de la Vienne la restitution de ses armes au terme du délai d'un an, ses munitions n'ayant pas été saisies ;

- il est dépossédé depuis huit ans de ses armes sans aucune raison valable ;

- pour lui restituer ses armes, le préfet ne pouvait, sans entacher sa décision d'une rétroactivité illégale, exiger de lui un certificat médical émanant d'un psychiatre.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2021, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Plas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un différend violent entre M. A et sa concubine, le préfet de la Vienne, par un arrêté du 27 février 2013 retiré et remplacé par un arrêté du 26 avril 2013, a ordonné la remise provisoire à l'autorité administrative des armes et munitions détenues par celui-ci sur le fondement des dispositions de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2020 par lequel le préfet de la Vienne a prononcé la saisie définitive de ses armes et munitions et lui a fait interdiction d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions de toutes catégories.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes et de munitions présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Aux termes de l'article L. 312-8 du même code : " L'arme et les munitions faisant l'objet de la décision prévue à l'article L. 312-7 doivent être remises immédiatement par le détenteur, ou, le cas échéant, par un membre de sa famille ou par une personne susceptible d'agir dans son intérêt, aux services de police ou de gendarmerie. () ".

3. D'autre part, selon les dispositions de l'article L. 312-9 de ce code : " La conservation de l'arme, des munitions et de leurs éléments remis ou saisis est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents. / Durant cette période, le représentant de l'Etat dans le département décide, après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations, soit la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments, soit leur saisie définitive. / Les armes, munitions et leurs éléments définitivement saisis en application du précédent alinéa sont vendus aux enchères publiques. Le produit net de la vente bénéficie aux intéressés. ". Aux termes de l'article R. 312-69 : " Avant de prendre la décision prévue au deuxième alinéa de l'article L. 312-9, le préfet invite la personne qui détenait l'arme et les munitions à présenter ses observations, notamment quant à son souhait de les détenir à nouveau et quant aux éléments propres à établir que son comportement ou son état de santé ne présente plus de danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui, au vu d'un certificat médical délivré par un médecin spécialiste mentionné à l'article R. 312-6 ". Aux termes de l'article R. 312-6 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le certificat prévu au deuxième alinéa de l'article L. 312-6 ne peut être délivré que par l'un des médecins psychiatres suivants : 1° Praticiens hospitaliers exerçant ou ayant exercé dans un établissement de santé public ou privé accueillant des malades atteints de troubles mentaux et médecins psychiatres exerçant dans les centres médico-psychologiques ; 2° Enseignants de psychiatrie des unités de formation et de recherche médicales ; 3° Médecins de l'infirmerie spéciale de la préfecture de police ; 4° Experts agréés par les tribunaux en matière psychiatrique ; 5° Médecins spécialisés titulaires du certificat d'études spéciales ou du diplôme d'études spécialisées en psychiatrie. / Le certificat attestant que l'état de santé psychique et physique est compatible avec l'acquisition et la détention d'une arme a une durée de validité limitée à un mois à partir de la date de son établissement. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet s'est fondé sur le danger présenté par une personne pour lui ordonner de remettre une arme à l'autorité administrative, cette mesure emporte pour l'intéressé une interdiction d'acquérir ou de détenir des armes et munitions qui produit effet tant que le préfet n'a pas décidé la restitution de l'arme. Pour décider, sur le fondement de l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure, la saisie définitive d'armes ou de munitions initialement saisies sur le fondement de l'article L. 312-7 du même code, ou leur restitution, le préfet doit apprécier si le comportement ou l'état de santé de l'intéressé présente toujours un danger grave pour lui-même ou pour autrui. Le préfet dispose d'un délai d'un an pour décider, après avoir invité la personne à présenter ses observations, la restitution ou la saisie définitive de l'arme. L'expiration de ce délai ne le prive pas de la possibilité de prendre l'une ou l'autre de ces décisions mais ouvre seulement à l'intéressé la possibilité de rechercher la responsabilité de l'Etat au titre des préjudices que le retard apporté à la décision a pu lui causer.

5. Par différents courriers adressés à M. A, lequel a été hospitalisé en 2014 en service psychiatrique, entre le 24 avril 2014 et le 18 juillet 2017 et en dernier lieu le 30 juillet 2019, le préfet de la Vienne a invité celui-ci à présenter ses observations quant à son souhait de détenir à nouveau les armes saisies à titre provisoire et à lui fournir un certificat médical délivré par un médecin spécialiste en psychiatrie, visé à l'article R. 312-6 précité, établissant que son état de santé psychique et physique était compatible avec la détention de ces armes.

6. Il ressort des pièces du dossier que, si l'intéressé a fait part à l'autorité administrative de son souhait de se voir restituer ses armes, il n'a pas produit le certificat médical exigé par le préfet de la Vienne en application des dispositions précitées de l'article R. 312-69 du code de la sécurité intérieure, lesquelles lui étaient opposables contrairement à ce qu'il soutient. Il n'a produit en outre aucun autre élément de nature à établir que son comportement ou son état de santé ne présentait plus de danger grave et immédiat pour lui-même ou pour autrui. M. A ne saurait faire valoir utilement qu'il aurait été dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous avec un médecin spécialiste, aucune des différentes demandes qu'il aurait présentées à cet égard n'ayant abouti, dès lors que le préfet soutient sans être sérieusement contredit, d'une part que les coordonnées utiles à cette prise de rendez-vous lui ont été communiquées et, d'autre part, que les services de la préfecture ont directement contacté un médecin psychiatre ayant donné son accord pour le recevoir. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la circonstance que le délai d'un an dont disposait le préfet pour décider la restitution ou la saisie définitive des armes était expiré est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué, cette circonstance étant seulement de nature, le cas échéant et si l'intéressé s'y croit fondé, à lui ouvrir la possibilité de rechercher la responsabilité de l'Etat au titre des préjudices qu'un éventuel retard apporté à la décision aurait pu lui causer. Par suite, à la date de l'arrêté attaqué, le préfet de la Vienne, en estimant que M. A continuait de présenter un risque pour lui-même ou pour autrui de nature à justifier la saisine définitive de ses armes, n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni entaché sa décision d'une rétroactivité illégale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 16 septembre 2020 doivent être rejetées. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Vienne de lui restituer ses armes et de mettre fin à son inscription au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, ainsi que ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. B

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 210038

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