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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100398

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100398

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 10 février et 14 avril 2021 et des pièces complémentaires non communiquées enregistrées le 30 août 2022, M. B, représenté par Me Karimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2020 par laquelle la préfète de la Charente lui a refusé la délivrance d'une carte nationale d'identité ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer un récépissé dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2021, la préfète de la Charente conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bureau,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Karimi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, indiquant être né le 9 janvier 2001 à Téhéran, a sollicité, le 8 décembre 2020, la délivrance d'une première carte nationale d'identité. Par un courrier du 22 décembre 2020, la préfète de la Charente lui a signifié que sa demande était rejetée, dès lors que son dossier était incomplet. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur le non-lieu à statuer opposé par la préfète de la Charente :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'objet du recours aurait disparu à la suite de la disparition de l'acte attaqué du fait de son retrait ou de son abrogation par l'administration. L'exception de non-lieu à statuer soulevée par la préfète de la Charente doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / Elle est délivrée ou renouvelée par le préfet ou le sous-préfet () ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " I.- En cas de première demande, la carte nationale d'identité est délivrée sur production par le demandeur : () / c) Ou, à défaut de produire l'un des passeports mentionnés aux deux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation ou, lorsque cet extrait ne peut pas être produit, de la copie intégrale de son acte de mariage ; Lorsque la nationalité française ne ressort pas des pièces mentionnées aux alinéas précédents, elle peut être justifiée dans les conditions prévues au II. / II. - La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance mentionné au c du I portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil. Lorsque l'extrait d'acte de naissance mentionné à l'alinéa précédent ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, la carte nationale d'identité est délivrée sur production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française. Lorsque les documents mentionnés aux alinéas précédents ne suffisent pas à établir sa nationalité française, le demandeur peut justifier d'une possession d'état de Français de plus de dix ans. Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française. ". Enfin, aux termes de l'article 30 du code civil : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ".

4. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport ou de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a produit à l'appui de sa demande de délivrance d'une carte nationale d'identité une copie intégrale d'acte de naissance iranien, délivrée le 30 avril 2019 par la section consulaire de l'ambassade de la République isalmique d'Iran à Paris, qui mentionne que le père de M. A se nomme Shahram et sa mère Valérie. Il ressort également des pièces du dossier que le père de M. A se nomme Shahram A et a la nationalité française, et que sa mère se nomme Valérie Peyrat, et est également de nationalité française. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que M. A était scolarisé à l'école maternelle publique Saint-Emilion de septembre 2003 au 4 juillet 2007, à l'école publique mixte Saint-Emilion du 29 août 2007 au 5 juillet 2012, au collège Marguerite Duras de Libourne pour les années scolaires 2012-2013 à 2015-2016 et au lycée Le Mirail à Bordeaux pour les années scolaires 2016-2017 à 2018-2019. Dans ces conditions, le doute de la préfète de la Charente sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé ne peut être regardé comme suffisamment justifié.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 22 décembre 2020 par laquelle la préfète de la Charente a refusé de délivrer à M. A une carte nationale d'identité doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, que la situation de M. A soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Charente de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai de deux mois à compter de sa notification, une astreinte de cinquante euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de la Charente du 22 décembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Charente de procéder à un nouvel examen de la demande de carte nationale d'identité de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Une astreinte de cinquante euros par jour est prononcée à l'encontre de l'Etat s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.

Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de la Charente.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. BUREAU

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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