mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | JANURA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 25 février et 11 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Janura, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet à sa demande indemnitaire préalable du 22 octobre 2020 ;
2°) de condamner le garde des sceaux, ministre de la justice, à lui verser une somme de 17 022,36 euros, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en ayant pris une décision illégale de refus d'imputabilité au service de son accident du 15 mars 2013, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- le préjudice matériel et financier résultant directement de la faute s'élève à 7 022,36 euros ;
- le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence subis doivent être réparés à hauteur de 10 000 euros.
Un mémoire en défense présenté par le garde des sceaux, ministre de la justice, a été enregistré le 5 mai 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 2007-1777 du 17 décembre 2007 relatif à l'attribution d'une indemnité pour charges pénitentiaires à certains personnels de l'administration pénitentiaire ;
- le décret n° 2006-1352 du 8 novembre 2006 relatif à l'attribution d'une prime de sujétions spéciales à certains personnels des services déconcentrés de l'administration pénitentiaire
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bureau,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 mars 2013, Mme B, qui exerçait les fonctions de surveillante pénitentiaire à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré depuis le 12 janvier 2002, a tenté de mettre fin à ses jours avec une arme de service. Par un courrier du 23 mars 2013, elle a sollicité de son administration d'affectation la reconnaissance de l'imputabilité au service de cette tentative de suicide. Le directeur de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré a, par une décision du 23 décembre 2013, rejeté sa demande. Par une décision du 10 avril 2014, la sous-directrice des ressources humaines et des relations sociales relevant de la direction de l'administration pénitentiaire a rejeté le recours hiérarchique formé par Mme B contre cette décision. Ces deux décisions ont été annulées par un jugement n° 1401758 du 29 juin 2016 du tribunal administratif de Poitiers, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 16BX03075 du 24 septembre 2018. Par un courrier du 22 octobre 2020, Mme B a sollicité du garde des sceaux, ministre de la justice, la réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite de ces décisions illégales. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision implicite et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 17 022,36 euros en réparation des préjudices matériels et moraux qu'elle a subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision implicite de rejet a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme B qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'administration :
3. Il résulte de l'instruction que, par une décision définitive du 24 septembre 2018, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé les décisions en litige du 23 décembre 2013 et du 10 avril 2014 pour un motif de légalité interne. L'illégalité de ces décisions constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration.
En ce qui concerne les préjudices :
4. Il appartient au juge administratif, saisi d'une demande indemnitaire, d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant une décision administrative.
5. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'un fonctionnaire en congé de longue maladie ou de longue durée, dont la maladie a été reconnue imputable au service, a droit à la totalité de son traitement, à l'indemnité de résidence et au supplément familial de traitement, ainsi qu'à la totalité des indemnités accessoires qu'il recevait avant sa mise en congé à l'exclusion de celles qui sont attachées à l'exercice effectif des fonctions.
7. En premier lieu, Mme B soutient qu'elle a subi un préjudice financier dans la mesure où elle a perdu l'indemnité pour sujétions spéciales et l'indemnité de charges pénitentiaires d'un montant qu'elle évalue à 4 791,79 euros à compter du 15 mars 2013. Toutefois, le versement de la prime de sujétions spéciales, prévue par le décret susvisé du 8 novembre 2006, comme le bénéfice de l'indemnité pour charges pénitentiaires majorée tel qu'il est instauré à l'article 4 du décret susvisé du 17 décembre 2007, sont subordonnés à l'exercice effectif des fonctions. Dès lors, en application des dispositions précitées au point 5, il n'y a pas lieu d'indemniser ces chefs de préjudice.
8. En deuxième lieu, Mme B soutient qu'elle a subi un préjudice matériel dans la mesure où elle a dû assumer seule les frais médicaux directement entrainés par l'accident. Il résulte de l'instruction que la requérante a dû recourir à de nombreux soins infirmiers ainsi qu'à des actes d'ostéopathie pratiqués par un médecin. La requérante produit plusieurs factures relatives à ces dépenses de santé, incluant les frais médicaux et pharmaceutiques. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à 500 euros.
9. En troisième lieu, Mme B soutient qu'elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence pour un montant de 10 000 euros. Eu égard à l'illégalité fautive des décisions refusant l'imputabilité au service de son accident du 15 mars 2013, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, il sera fait une juste appréciation du préjudice qu'elle a subi en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à Mme B la somme de 5 500 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les intérêts et la capitalisation :
11. Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Mme B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme due en réparation des préjudices qu'elle a subis à compter du 26 octobre 2020, date de réception de sa demande indemnitaire par le garde des sceaux, ministre de la justice.
12. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 25 février 2021 lors de l'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 octobre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 5 500 euros majorée des intérêts au taux légal à compter du 26 octobre 2020. Les intérêts échus à la date du 26 octobre 2021 ainsi qu'à chaque échéance annuelle ensuite seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le rapporteur,
Signé
V. BUREAU
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026