jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100522 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | RODIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête des mémoires enregistrés le 25 février 2021, le 11 février 2022 et le 22 août 2022, M. B A, représenté par Me Rodier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros au titre des préjudices subis en lien avec la perte des droits à paiement unique qui avaient été transférés par bail du 9 mars 2006 à l'EARL La Maironnière ;
2°) de constater que les droits à paiement doivent lui être transférés à nouveau ainsi qu'à sa sœur, Mme C A, à hauteur de 3 hectares chacun ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable née le 29 décembre 2020 est insuffisamment motivée ;
- la décision par laquelle le préfet a permis en 2006 le transfert des droits à paiement unique à l'EARL La Maironnière est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le préfet n'ignorait pas que la bailleuse, Mme D A, n'était qu'usufruitière du terrain ;
- la décision du 4 août 2017 par laquelle le préfet a refusé de faire droit à sa demande de transfert des droits à paiement de base a été prise sans motif légitime ; le jugement du tribunal paritaire des baux ruraux du 7 décembre 2018 démontre qu'il pouvait prétendre au versement des droits à paiement qu'il réclame ; il justifie en outre exercer une activité d'agriculteur ;
- le refus par l'administration de transférer les droits à paiement en litige aux héritiers de Mme A les a privés d'un revenu de 853 euros par an ; il y a lieu de l'indemniser de la somme forfaitaire de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 10 septembre 2021 et le 14 mars 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la créance dont se prévaut M. A au titre de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet a permis en 2006 le transfert des droits à paiement unique à l'EARL La Maironnière est prescrite ;
- aucun des moyens n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 novembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement européen n°1307/2013 du Parlement Européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué n°639/2014 de la Commission du 11 mars 2014 ;
- le règlement délégué n°640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 complétant le règlement (UE) n °1306/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne le système intégré de gestion et de contrôle, les conditions relatives au refus ou au retrait des paiements et des sanctions administratives applicables aux paiements directs, le soutien au développement rural et la conditionnalité ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 809/2014 de la commission du 17 juillet 2014 ;
- le code civil ;
- l'arrêté du 9 octobre 2015 relatif aux modalités d'application concernant le système intégré de gestion et de contrôle, l'admissibilité des surfaces au régime de paiement de base et l'agriculteur actif dans le cadre de la politique agricole commune à compter de la campagne 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A a signé, le 9 mai 2006, avec l'EARL La Maironnière un bail de droits à paiement unique (DPU) en accompagnement d'un bail foncier pour une parcelle de terre agricole de 9,4 ha situées à Saint-Georges-Lès-Baillargeaux (Vienne) dont elle était usufruitière jusqu'à son décès le 3 mars 2019, alors que son fils M. B A, et sa fille, Mme C A étaient nu-propriétaires. Le 29 novembre 2016, le bail foncier signé avec l'EARL La Maironnière a été révoqué sans repreneur et M. B A a demandé, le 26 juillet 2017, à la direction départementale des territoires de la Vienne le transfert des droits à paiement correspondant à cette parcelle, alors que les droits à paiement unique (DPU) avaient été supprimés depuis le 1er janvier 2015 pour être remplacés par des droits à paiement de base (DPB). Par décision du 4 août 2017, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande de transfert. Par la présente requête, M. B A demande l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité de la décision de transfert des droits à paiement unique survenue le 9 mai 2006 et du refus de l'administration, formulé le 4 août 2017, de lui accorder le transfert des droits en paiement de base correspondants pour un montant qu'il évalue à 10 000 euros.
Sur la légalité de la décision portant rejet de la demande indemnitaire préalable :
2. Si le requérant soutient que la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable du 28 octobre 2020 qu'il a formée le 28 octobre 2020 auprès du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt de la Vienne est insuffisamment motivée, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée cette décision, qui a eu pour seul effet de lier le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité de la décision par laquelle l'administration a permis en 2006 le transfert des DPU à l'EARL La Maironnière :
3. Aux termes de l'article 595 du code civil : " L'usufruitier ne peut, sans le concours du nu-propriétaire, donner à bail un fonds rural ou un immeuble à usage commercial, industriel ou artisanal. A défaut d'accord du nu-propriétaire, l'usufruitier peut être autorisé par justice à passer seul cet acte ".
4. A supposer même que l'article 595 du code civil soit applicable en matière de bail de droit à paiement agricole, le requérant ne se prévaut d'aucune disposition législative ou réglementaire qui exigerait que l'administration vérifie, dans le cadre de son contrôle des transferts de droit à paiement, la validité des baux au regard de ces dispositions. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait commis une faute en 2006 en permettant le transfert des DPU de Mme D A à l'EARL La Maironnière.
Sur la légalité de la décision du 4 août 2017 par laquelle le préfet a refusé le transfert des DPB à M. B A :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 34 du règlement n°1307-2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune et abrogeant le règlement (CE) n° 637/2008 du Conseil et le règlement (CE) n° 73/2009 du Conseil : " 1. Les droits au paiement ne peuvent être transférés qu'à un agriculteur établi dans le même État membre qui a le droit de se voir octroyer des paiements directs conformément à l'article 9, sauf en cas d'héritage ou d'héritage anticipé ". Aux termes de l'article 9, intitulé " Agriculteur actif " du même règlement : " 1. Aucun paiement direct n'est octroyé à des personnes physiques ou morales, ni à des groupements de personnes physiques ou morales dont les surfaces agricoles sont principalement des surfaces naturellement conservées dans un état qui les rend adaptées au pâturage ou à la culture, et qui n'exercent pas sur ces surfaces l'activité minimale définie par les États membres conformément à l'article 4, paragraphe 2, point b () ".
6. Par ailleurs, aux termes de l'article 13 du règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 établissant les modalités d'application du règlement (UE) no 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil : " Les États membres fixent les dates limites de dépôt de la demande unique, des demandes d'aide ou des demandes de paiement. Les dates limites ne peuvent être postérieures au 15 mai de chaque année. () Dépôt tardif / 1. Sauf dans des cas de force majeure ou des circonstances exceptionnelles visés à l'article 4, le dépôt d'une demande d'aide ou d'une demande de paiement au titre du présent règlement après la date limite pour ledit dépôt, fixée par la Commission sur la base de l'article 78, point b), du règlement (UE) no 1306/2013, entraîne une réduction de 1 % par jour ouvrable des montants auxquels le bénéficiaire aurait eu droit si la demande d'aide ou de paiement avait été déposée dans le délai imparti (). Si ce retard équivaut à plus de 25 jours civils, la demande d'aide ou de paiement est considérée comme non admissible et aucune aide ou soutien n'est accordé au bénéficiaire () ". Aux termes de l'article 13 du règlement 809/2014 de la commission du 17 juillet 2014 établissant les modalités d'application du règlement n°1306/2013 du Parlement européen et du Conseil : " 1. Les États membres fixent les dates limites de dépôt de la demande unique, des demandes d'aide ou des demandes de paiement. Les dates limites ne peuvent être postérieures au 15 mai de chaque année. (). 2. Conformément à la procédure visée à l'article 78, deuxième alinéa, du règlement (UE) no 1306/2013, les dates limites visées au paragraphe 1 du présent article peuvent être reportées à une date ultérieure dans certaines zones soumises à des conditions climatiques exceptionnelles ". Enfin, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 9 octobre 2015 relatif aux modalités d'application concernant le système intégré de gestion et de contrôle, l'admissibilité des surfaces au régime de paiement de base et l'agriculteur actif dans le cadre de la politique agricole commune à compter de la campagne 2015 : " Date limite de dépôt de la demande de droits au paiement. / La date limite de dépôt à laquelle la demande d'attribution de droits au paiement ou d'augmentation de la valeur des droits au paiement au titre du régime de paiement de base doit être parvenue à la direction départementale chargée de l'agriculture du département dans lequel se situe le siège de l'exploitation est fixée au 31 mai pour la campagne 2017 et au 15 mai pour les campagnes 2018 et postérieures. (). ".
7. Pour refuser le transfert des DPB détenus par l'EARL La Maironnière au profit de M. A, le préfet a opposé au requérant la tardiveté de sa demande qui a été reçue en préfecture le 26 juillet 2017, alors que la période dite de dépôt tardif expirait au 26 juin 2017. Le requérant ne conteste pas la tardiveté de sa demande de transfert de DPB qui devaient être déposée avant le 15 mai 2017, repoussée au 26 juin 2017 en cas de paiement tardif, qui constitue un motif suffisant pour fonder la décision de refus en litige. Il ne résulte donc pas de l'instruction que la décision prise le 4 août 2017 par le directeur départemental des territoires de la Vienne était illégale. Par suite, la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée à ce titre.
8. En second lieu, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir du jugement du 7 décembre 2018 par lequel le tribunal paritaire des baux ruraux a condamné l'EARL La Maironnière à indemniser Mme D A des préjudices subis en lien avec le refus de restitution de ses DPU depuis deux ans pour un montant de 1 710,51 euros, qui n'est ni opposable à l'administration, ni au juge administratif, lequel doit apprécier la légalité de la décision administrative en litige au regard des seules dispositions régissant le type d'aide en cause.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi en tout état de cause que ses conclusions à fin de constatation et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Rodier et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Boutet, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
M. BOUTET
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
N°210052
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026