mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100594 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | BOYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2021, Mme F C, représentée par Me Boye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 8 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire de réversion ;
2°) d'enjoindre à la ministre des armées de lui verser cette pension militaire de réversion augmentée des intérêts au taux légal à compter du décès de son mari ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le fait que son acte de naissance n°372 ne comporte pas de date d'enregistrement complète est dû à une erreur matérielle et elle produit un autre acte de naissance, enregistré le 6 janvier 1978 à Mongo sous le numéro 044/78 ;
- l'acte de mariage mentionne le numéro de son acte de naissance conforme, n°44 établi à Mongo le 6 janvier 1978 ;
- l'acte de notoriété pour hérédité ne comporte pas le nom de la veuve mais fait néanmoins mention du nom de son fils, B A, ainsi que celui de son beau-frère Seid A et ne peut remettre en cause sa qualité d'ayant droit.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la copie d'acte de naissance n°372 ne comporte pas de date d'enregistrement complète ;
- l'acte de mariage n°448 du 7 novembre 1987 comporte une référence d'acte de naissance différente de celle fournie par la requérante, à savoir l'acte de naissance n°44/78 du 6 janvier 1978 ;
- Mme C fournit un acte de notoriété pour hérédité délivré par le tribunal de grande instance de N'Djaména, mais ce document ne mentionne pas son nom ;
- en tout état de cause, si la demande était accueillie, il y aurait lieu de faire application des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite limitant le versement des arrérages de la pension.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010, notamment son article 211 ;
- le décret n° 2010-1691 du 30 décembre 2010 ;
- l'arrêté du 30 décembre 2010 portant application du décret n° 2010-1691 du 30 décembre 2010 pris en application de l'article 211 de la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010 de finances pour 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, ressortissant tchadien, a été rayé des contrôles de l'armée le 8 février 1965 et a obtenu le bénéfice d'une pension militaire de retraite proportionnelle à compter du 1er mai 1965. Il est décédé le 2 juillet 2016. Mme F C a demandé, le 5 octobre 2018, le bénéfice d'une pension de réversion du chef de M. A. Elle sollicite l'annulation de la décision du 8 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande.
Sur l'office du juge :
2. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pension, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
Sur la légalité de la décision de la ministre des armées du 8 janvier 2020 :
3. D'une part, aux termes de l'article 211 de la loi du 29 décembre 2010 de finances pour 2011, applicable aux demandes de pension de réversion : " I. - () les pensions civiles et militaires de retraite () servies aux ressortissants des pays ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou sous la tutelle de la France sont calculées dans les conditions prévues aux paragraphes suivants. () / V. - Les demandes de pensions présentées en application du présent article sont instruites dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et par le code des pensions civiles et militaires de retraite. () / VIII. - Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment () les modalités de présentation et d'instruction des demandes mentionnées aux III, IV et V./ () / XI. - Le présent article entre en vigueur au 1er janvier 2011 ". Aux termes de l'article L. 4 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version en vigueur à la date du décès du militaire : " Le droit à la pension est acquis : / 1° Aux fonctionnaires après quinze années accomplies de services civils et militaires effectifs ; / (). ". Aux termes de l'article L. 39 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version en vigueur à la même date : " Le droit à pension de réversion est subordonné à la condition : / a) Si le fonctionnaire a obtenu ou pouvait obtenir une pension accordée dans le cas prévu à l'article L. 4 (1°), que depuis la date du mariage jusqu'à celle de la cessation de l'activité du fonctionnaire, celui-ci ait accompli deux années au moins de services valables pour la retraite, sauf si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage antérieur à ladite cessation ; / b) Si le fonctionnaire a obtenu ou pouvait obtenir une pension accordée dans le cas prévu à l'article L. 4 (2°), que le mariage soit antérieur à l'événement qui a amené la mise à la retraite ou la mort du fonctionnaire. / Toutefois, au cas de mise à la retraite d'office par suite de l'abaissement des limites d'âge, il suffit que le mariage soit antérieur à la mise à la retraite et ait été contracté deux ans et au moins avant soit la limite d'âge en vigueur au moment où il a été contracté, soit le décès du fonctionnaire si ce décès survient antérieurement à ladite limite d'âge./ Nonobstant les conditions d'antériorité prévues ci-dessus, le droit à pension de réversion est reconnu : / 1° Si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage ; / 2° Ou si le mariage, antérieur ou postérieur à la cessation de l'activité, a duré au moins quatre années ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret du 30 décembre 2010 pris en application de l'article 211 de la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010 de finances pour 2011 : " Un arrêté conjoint des ministres chargés de la défense, des affaires étrangères, des anciens combattants et du budget énumère les pièces justificatives à produire à l'appui de toute demande () ". En vertu de l'annexe 3 à cet arrêté, parmi les pièces exigées pour une demande de pension civile ou militaire de retraite d'un ayant cause, doit notamment être produit l'acte de mariage mentionnant la date de transcription sur les registres d'état civil, ainsi que l'acte de naissance du demandeur mentionnant la filiation. Aux termes de l'article 47 du code civil français : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.
5. La décision contestée a été prise aux motifs que l'acte de naissance de la requérante était entachée d'illégalité, que l'acte de mariage comportait " une référence d'acte de naissance de l'épouse différente " et que l'intéressée n'était pas mentionnée sur l'acte d'hérédité délivré par le tribunal de grande instance de N'Djamena. Toutefois, il résulte de l'instruction que si l'acte de naissance n°372 ne comporte pas de date d'enregistrement complète, une attestation notariée produite au dossier, établie par Me Beban Namadingar, notaire au siège de la cour d'appel de N'Djaména, le 16 décembre 2020, atteste que cette incomplétude est due à une confusion matérielle liée à l'analphabétisme de Mme C F. En tout état de cause, la requérante produit un acte de naissance conforme, enregistré le 6 janvier 1978 sous le numéro 044/78. Par ailleurs, si l'acte de mariage ne mentionne pas l'acte de naissance n°372, celui-ci fait néanmoins référence à l'acte de naissance normal et conforme produit par la requérante et enregistré sous le numéro 044/78. La requérante produit également, à l'appui de sa demande, l'acte de décès de son mari sur lequel apparaît son nom en qualité d'épouse. Enfin, la circonstance que le nom de la requérante ne figure pas sur l'acte de notoriété pour hérédité, mais qu'y figurent uniquement les noms des fils de son défunt mari ne suffit pas à remettre en question la qualité d'ayant-cause de la requérante.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de réversion de la pension militaire de M. A.
Sur les conclusions tendant au versement de la pension :
7. En l'absence d'autres motifs soulevés par la ministre des armées pour servir de fondement à sa décision de rejet ou d'autres motifs résultant de l'instruction, Mme C est fondée à demander le bénéfice du versement d'une pension de réversion du chef de M. A. La requérante ayant déposé sa demande de pension de réversion le 5 octobre 2018, il y a lieu de faire droit à ses conclusions tendant à ce que ce que lui soient versés les arrérages à compter du 2 juillet 2016, date du décès de M. A, augmentés des intérêts au taux légal.
Sur les frais de l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à la présente instance, une somme de 1 200 euros à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 janvier 2020 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à la demande de pension de réversion de la pension militaire de M. E A présentée par Mme C est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme C une pension de réversion du chef de son époux M. A, ainsi que les arrérages correspondant à compter du 2 juillet 2016, assortis des intérêts au taux légal.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Mme C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C et au ministre des armées.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
A. D La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026