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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100648

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100648

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BROTTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 9 mars 2021, le 12 octobre 2022 et le 8 décembre 2022, Mme A B, représentée par la SELARL d'avocats Zoro, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2021 par laquelle la directrice adjointe des ressources humaines du groupe hospitalier Nord Vienne a fixé sa date de consolidation au 1er avril 2019, a décidé que ses arrêts à compter du 1er avril 2019 seront à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire et a refusé de prendre en charge ses soins post-consolidation ;

2°) d'enjoindre au groupe hospitalier Nord Vienne de lui verser une rente accident du travail et d'en ordonner la liquidation ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Nord Vienne une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle subit des douleurs handicapantes quotidiennes en dépit de la date fixée pour la consolidation de son accident reconnu imputable au service, et ses douleurs sont en lien direct avec cet accident ;

- son taux d'incapacité permanente partielle est de 10% ;

- le lien direct entre l'accident de service qu'elle a subi le 4 juillet 2018 et son incapacité permanente partielle n'a pas été rompu par la consolidation ;

- les soins que nécessite son état de santé doivent être pris en charge par le groupe hospitalier Nord Vienne au titre des dispositions de l'article L. 855 du code de la santé publique ;

- elle est fondée à percevoir une rente " accident du travail " à compter du 10 mai 2019, dont elle demande au tribunal d'ordonner la liquidation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 22 septembre 2021 et le 10 novembre 2022, le groupe hospitalier Nord Vienne, représenté par la SCP KPL avocats, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint de verser une allocation " accident du travail " sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 8 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du groupe hospitalier Nord Vienne à prendre une décision de placement en congé de maladie ordinaire, telle que la décision attaquée, dès lors que Mme B avait d'ores et déjà fait valoir ses droits à la retraite à la date à laquelle cette décision a pris effet, soit le 1er avril 2019.

Une réponse au moyen relevé d'office a été enregistrée le 13 mars 2023, pour Mme B.

Elle soutient que le groupe hospitalier était compétent pour se prononcer sur sa situation.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le décret n°2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le décret n° 2007-173 du 7 février 2007 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a occupé l'emploi d'aide-soignante, en qualité de fonctionnaire titulaire, au sein du groupe hospitalier Nord Vienne, avant son départ à la retraite le 1er avril 2019. Elle a été victime, le 4 juillet 2018, alors qu'elle était à l'office alimentaire de l'établissement, d'une chute sur un sol glissant. Elle a été placée en arrêt de travail du 5 au 20 juillet 2018, puis du 29 septembre 2018 au 31 mars 2019, soit jusqu'à sa mise à la retraite. Son accident a été reconnu imputable au service par une décision du groupe hospitalier du 10 juillet 2018. Elle a demandé, le 10 mai 2019, le versement d'une allocation temporaire d'invalidité (ATI) du fait de cette reconnaissance d'imputabilité au service. Une expertise médicale, effectuée par un médecin expert agréé qui a rendu son rapport le 30 décembre 2019, conclut à une date de consolidation au 30 mars 2019 et à une incapacité permanente partielle (IPP) de 10%. La commission de réforme, réunie le 5 novembre 2020, a rendu un avis favorable à la fixation de la date consolidation au 30 mars 2019 et d'un taux d'IPP concernant l'ATI à 5%. Elle a également émis un avis indiquant que les arrêts de maladie et les soins dont pourrait bénéficier Mme B devaient être pris en charge au titre de la maladie ordinaire à compter de la date de consolidation. Par une décision du 20 janvier 2021, dont Mme B demande l'annulation, le groupe hospitalier Nord Vienne a fixé la date de consolidation au 1er avril 2019 et décidé que ses arrêts de travail et les soins post-consolidation devaient être pris en charge au titre de la maladie ordinaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret n° 2007-173 du 7 février 2007 relatif à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Sont obligatoirement affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales les fonctionnaires soumis aux dispositions de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ou de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 () ". Aux termes de l'article 1er du décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 du décret n° 2007-173 du 7 février 2007 relatif à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales et à leurs ayants cause ". L'article 2 de ce dernier décret dispose que : " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er peuvent prétendre à pension au titre du présent décret dans les conditions définies aux articles 25 et 26 après avoir été radiés des cadres soit d'office, soit sur leur demande ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a fait valoir ses droits à la retraite à compter du 1er avril 2019. Ayant ainsi été radiée des cadres du groupe hospitalier Nord-Vienne, cet établissement n'était plus compétent pour prendre des décisions relatives à la situation administrative de l'intéressée, à plus forte raison concernant la prise en charge, au titre de la maladie ordinaire, d'arrêts de travail alors que Mme B n'était plus en activité. Dès lors, la décision du 20 janvier 2021 ne peut qu'être annulée en tant qu'elle décide que les arrêts de travail de Mme B à compter du 1er avril 2019 seront à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire.

4. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

5. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident() ". L'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires dispose que : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en service, soit en accomplissant un acte de dévouement dans un intérêt public, soit en exposant ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si cette dernière a été prononcée en application de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ainsi que du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée ".

6. Ces dispositions, qui s'inspirent du principe selon lequel l'administration doit garantir ses agents contre les dommages qu'ils peuvent subir dans l'accomplissement de leur service, impliquent que les fonctionnaires peuvent prétendre à la prise en charge des honoraires médicaux et frais directement exposés à la suite d'un accident reconnu imputable au service. Il en résulte que l'administration, employeur à la date de l'accident, est ainsi tenue de prendre en charge les honoraires et les frais exposés à ce titre sans pouvoir limiter, par principe, la durée de cette prise en charge à la date de consolidation.

7. Il est constant que l'accident subi par Mme B le 4 juillet 2018 a été reconnu imputable au service par le groupe hospitalier Nord Vienne par une décision du 10 juillet 2018, impliquant ainsi la prise en charge des honoraires médicaux et soins en lien avec cet accident. Si Mme B ne conteste pas la date de consolidation de son état de santé fixée au 1er avril 2019, il résulte de ce qui vient d'être dit qu'en décidant que la date de consolidation retenue par le médecin agréé concernant Mme B justifiait, à elle seule, un refus de prise en charge des soins post-consolidation rendus nécessaires par son accident reconnu imputable au service, le groupe hospitalier Nord-Vienne a entaché l'unique motif de sa décision d'une erreur de droit.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 janvier 2021 du groupe hospitalier Nord Vienne en tant qu'elle décide que ses arrêts de travail à compter du 1er avril 2019 sont à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire et en tant qu'elle refuse de prendre en charge ses soins post-consolidation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. D'une part, compte tenu de l'étendue de l'annulation qu'il prononce, le présent jugement n'implique pas que le groupe hospitalier Nord Vienne verse à Mme B une rente viagère qu'elle n'a, au demeurant, pas demandé à percevoir avant l'introduction de sa requête.

10. D'autre part, eu égard au motif d'annulation retenu et dès lors que Mme B n'est plus en position d'activité depuis le 1er avril 2019, date de sa mise à la retraite, le présent jugement n'implique pas davantage la prise en charge de ses soins exposés post-consolidation.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le groupe hospitalier Nord Vienne demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du groupe hospitalier Nord Vienne une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : La décision du 20 janvier 2021 est annulée en tant qu'elle décide que les arrêts de travail de Mme B à compter du 1er avril 2019 sont à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire et en tant qu'elle refuse de prendre en charge ses soins post-consolidation.

Article 2 : Le groupe hospitalier Nord Vienne versera à Mme B une somme de 1 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au groupe hospitalier Nord Vienne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 avril 2023.

La rapporteure,

S. GIBSON-THERY

La présidente,

S. BRUSTON

La greffière,

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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