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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100761

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100761

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDROUINEAU 1927

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement le 18 mars 2021, le 17 mai 2021 et le 15 octobre 2021, M. A B, représenté par EBC avocats, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le refus implicite de la commune de Luxé de l'indemniser de la totalité de ses congés non pris ;

2°) d'annuler le refus implicite de réexamen de ses bulletins de paye ;

3°) d'enjoindre à la commune de Luxé de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de l'indemniser de 2 000 euros en raison du préjudice moral subi ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Luxé une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune ne motive pas ses décisions, malgré sa demande de communication des motifs des décisions implicites ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreurs d'appréciation.

Une mise en demeure a été adressée le 25 avril 2022 à la commune de Luxé qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 22 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 janvier 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, faute d'avoir été précédées d'une demande préalable.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duval-Tadeusz,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Porchet, représentant la commune de Luxé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, alors fonctionnaire territorial en activité, a été placé en congé maladie du 11 mars 2019 au 31 mai 2020, date de son départ à la retraite. Le 17 février 2020 puis le 26 juin 2020, il a sollicité de son ancien employeur, la commune de Luxé, la régularisation de sa situation administrative et l'indemnisation des congés qu'il n'avait pu prendre en 2018, 2019 et 2020. Le 28 octobre 2020, le maire de la commune de Luxé lui a indiqué que la commune l'indemniserait pour ses congés non pris de 2019 et 2020. M. B a demandé le 18 février 2021 communication des motifs de la décision implicite de refus d'indemnisation d'une partie de ses congés et de réexamen de ses bulletins de paye. La commune n'ayant pas répondu à ses demandes, il saisit le tribunal de conclusions tendant à annuler le refus de la commune de payer les congés qu'il n'a pu prendre, et à l'indemniser du préjudice moral qu'il a subi.

Sur les conclusions indemnitaires

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif. En l'espèce, M. B n'établit pas avoir demandé à l'administration, préalablement au présent recours, l'indemnisation du préjudice allégué. Aucune décision de l'administration n'étant née, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 18 février 2021, M. B a demandé la communication des motifs de la décision implicite par laquelle la commune de Luxé a rejeté ses demandes tendant au paiement de ses congés non pris et au réexamen de sa situation administrative, lesquelles constituent des mesures devant être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Cette demande de communication des motifs a été présentée avant l'expiration du délai de recours contentieux. Or, les motifs des décisions implicites n'ont pas été communiqués à l'intéressé dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision attaquée doit être annulée.

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la commune de Luxé de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

8. Il sera mis à la charge de la commune de Luxé la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : les conclusions indemnitaires présentées par M. B sont rejetées.

Article 2 : la décision implicite du maire de Luxé de refus d'indemnisation d'une partie des congés non pris et de réexamen des bulletins de paye de M. B est annulée.

Article 3 : il est enjoint à la commune de Luxé de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : la commune de Luxé versera la somme de 1 000 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Luxé.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. DUVAL-TADEUSZ

Le président,

Signé

P. CRISTILLE La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La Greffière,

N. COLLET

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