lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100856 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BONNEAU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 30 mars 2021 sous le n°2100856, M. C A, représenté par Me Bonneau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2021 par lequel la préfète de la Vienne lui a retiré son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée n'avait pas le caractère d'une décision faisant grief ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que la décision attaquée a été retirée.
Par un mémoire enregistré le 9 septembre 2022, présenté en réponse au moyen d'ordre public, M. A soutient que la requête n'a pas perdu son objet dès lors que l'arrêté attaqué n'a été ni retiré ni abrogé.
II. Par une requête enregistrée le 13 avril 2021 sous le n°2101003, M. C A, représenté par Me Bonneau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 février 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est estimée, à tort, en situation de compétence liée ;
- la décision du 22 février 2021 est illégale en conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 19 janvier 2021 portant retrait de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2022, la préfète de la Vienne conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Elle soutient que la décision contestée a été abrogée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 21 mai et du 18 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2100856 et 2101003 sont relatives à la situation d'un même ressortissant étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Compte tenu du lien étroit les unissant, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. A, ressortissant angolais né en septembre 1965, est entré en France en mars 2001 selon ses déclarations. Par un arrêté du 23 octobre 2019, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 13 février 2020, le tribunal administratif de Poitiers a annulé cet arrêté et a enjoint à la préfète de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour. Le 14 mai 2020, la préfète de la Vienne a délivré à l'intéressé un titre de séjour valable du 23 octobre 2019 au 22 octobre 2020. Le 1er décembre 2020, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêt du 8 décembre 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé le jugement du tribunal administratif de Poitiers. Par un arrêté du 19 janvier 2021, la préfète de la Vienne a retiré le titre de séjour de l'intéressé. Par une décision du 22 février 2021, elle a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 février 2021 :
3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 21 avril 2021, la préfète de la Vienne a abrogé sa décision du 22 février 2021 par laquelle elle avait refusé de renouveler le titre de séjour de M. A. En outre, elle a délivré à l'intéressé un titre de séjour valable du 27 décembre 2021 au 26 décembre 2022. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 février 2021 sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. Les conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2021 :
4. En premier lieu, par un arrêté du 27 novembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat, M. Emile Soumbo, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature de la préfète de la Vienne à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, l'arrêté vise notamment l'article R. 311-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A a cessé de remplir les conditions exigées pour détenir un titre de séjour, dès lors que par un arrêt n°20BX00993 du 8 décembre 2020, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé le jugement n°1902818 par lequel le tribunal administratif de Poitiers avait notamment enjoint à la délivrance d'un titre de séjour. Il est ainsi suffisamment motivé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La commission [du titre de séjour] est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne remplissait pas les conditions d'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.
8. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. Si le requérant soutient qu'à la date de la décision attaquée, il vivait en France depuis vingt ans, qu'il a eu deux enfants sur le territoire national, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante congolaise, qu'il participe à l'éducation des enfants de celle-ci, et qu'il s'est investi bénévolement dans l'association l'Eveil, il ressort des pièces du dossier que le couple n'a pas d'enfants communs, que M. A ne démontre pas participer à l'éducation de ses deux propres enfants, ni n'établit être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Par suite, la préfète n'a pas, décidant de lui retirer son titre de séjour, méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entachée sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2021 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction y afférentes.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bonneau d'une somme de 900 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 au titre de l'instance n° 2101003. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux mêmes conclusions présentées au titre de l'instance n° 2100856.
D E C I D E :
Article 1er : La requête numéro 2100856 est rejetée.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 février 2021 .
Article 3 : L'Etat versera à Me Bonneau la somme de 900 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2101003 est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Vienne et à Me Bonneau.
Une copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOT
La présidente,
Signé
S. BRUSTON La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef par intérim,
La greffière,
N. COLLET
2 et 2101003
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026