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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100872

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100872

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 mars 2021 et le 30 septembre 2022, Mme B D, représentée par le cabinet d'avocats Athon-Perez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le directeur du groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois a refusé de prendre en charge ses arrêts de travail à compter du 30 juillet 2020 suite à la rechute de l'accident de service du 8 décembre 2015 ou, à défaut, d'ordonner une expertise sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative ;

2°) d'enjoindre au groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois, à titre principal, de prendre en charge ses arrêts de travail à compter du 30 juillet 2020 au titre de la rechute de l'accident de service du 8 décembre 2015 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'un médecin spécialiste de sa pathologie siégeant au sein de la commission de réforme, en méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2022, le groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois, représenté par Me Leeman, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre des frais liés au litige.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Leeman, représentant le groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois.

Considérant ce qui suit :

1.Mme B D, recrutée par le groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois depuis 2003, a été titularisée en qualité d'aide-soignante à compter du 1er novembre 2005. En manipulant une patiente, elle a été victime, le 14 août 2008, d'un accident reconnu imputable au service, engendrant une lombosciatique niveau S1 et une hernie discale qui a nécessité une arthrodèse réalisée le 11 juin 2012. Après avoir été reclassée sur un emploi administratif, elle a été victime, le 8 décembre 2015, d'une chute à la suite de laquelle une partie du matériel d'arthrodèse, qui lui avait été implanté, a dû être changé. Cet accident a également été reconnu imputable au service. Après avoir repris partiellement son service en 2017, elle a souffert de douleurs dorsales qui ont conduit à de nombreux arrêts de travail. Mme D demande au tribunal d'annuler la décision en date du 25 janvier 2021 par laquelle le groupe hospitalier a refusé la prise en charge de ses arrêts de travail à compter du 30 juillet 2020 comme imputables à la rechute de l'accident de service du 8 décembre 2015.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. En l'espèce, la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois a refusé de prendre en charge les arrêts de travail de la requérante à compter du 30 juillet 2020 vise les dispositions légales et réglementaires sur le fondement desquels a été examinée sa demande, le rapport d'expertise du 15 octobre 2020 ainsi que l'avis de la commission de réforme du 24 novembre 2020, et mentionne les motifs pour lesquels cette commission a exprimé un avis défavorable. Dès lors, la décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ". Aux termes de l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service () " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé : () 2. Exerce, à l'égard des agents des collectivités locales relevant de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et des agents des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, les attributions prévues respectivement à l'article 57 et aux articles 41 et 41-1 desdites lois () ". Selon l'article 3 de cet arrêté, cette commission comprend " deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par un agent est nécessaire pour éclairer l'examen de son cas, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour émettre son avis sur la prise en charge des arrêts de travail de Mme D à compter du 30 juillet 2020 au titre de la rechute de l'accident de travail du 8 décembre 2015, la commission de réforme réunie le 24 novembre 2020 et composée notamment de deux médecins généralistes, disposait du rapport d'expertise récent du docteur C, médecin rhumatologue, en date du 15 octobre 2020 ayant examiné l'intéressée. Ce rapport faisait clairement apparaitre que les douleurs ressenties par la requérante en 2020 étaient la conséquence de la lombosciatique S1 dont elle souffrait depuis 2008, avec présence d'arthrose. Dans ces conditions, il n'est pas manifeste que la commission aurait dû s'adjoindre la présence d'un autre médecin rhumatologue spécialiste de la pathologie dont souffre Mme D. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée de la garantie prévue par les textes cités au point 4, que constitue pour un agent public le fait que la commission de réforme soit éclairée, en cas de besoin, par un médecin spécialiste de sa pathologie.

7. En troisième lieu, le rapport du docteur C, s'il conclut que le nouvel arrêt de travail est en lien avec une rechute de l'accident de travail du 8 décembre 2015, décrit sans équivoque possible une récidive de la lombosciatique en S1 dont souffre la requérante depuis 2008, avec présence d'arthrose et de remaniement osseux, sans apporter d'éléments permettant d'expliquer pourquoi, selon lui, les douleurs lombaires dont souffre la requérante des suites de l'aggravation de cette lombosciatique, résulteraient non pas du premier accident dont elle a été victime, mais de la rupture de la vis d'ostéosynthèse survenue en 2015, dont il n'est pas établi, ni même allégué que, mis à part la nécessité d'une nouvelle intervention, elle aurait eu des conséquences notables sur l'état de santé de l'intéressée et, en particulier, sur l'évolution des disques vertébraux adjacents à ceux ayant fait l'objet d'une arthrodèse. Les comptes-rendus des 20 janvier 2022 et 16 septembre 2022, rédigés par le professeur A, qui a pris en charge la requérante au centre hospitalier universitaire de Poitiers pour une nouvelle arthrodèse en mars 2022, confirment d'ailleurs que les douleurs lombaires dont souffre la requérante sont liées à " un syndrome adjacent à l'arthrodèse en place ", et plus précisément à un " disque dégénératif responsable du syndrome de rétrécissement canalaire en L4-L5 " imputable à son " accident de travail initial ". Les douleurs que ressent Mme D n'étant ainsi pas dues à la rupture de vis d'ostéosynthèse survenue le 8 décembre 2015, mais à une dégénérescence induite ou facilitée par la présence même du matériel d'ostéosynthèse, qui reporte une partie des efforts du segment L5-S1 sur le segment supérieur L4-L5, le groupe hospitalier a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser la prise en charge des arrêts de travail de Mme D à compter du 30 juillet 2020 comme imputables au second accident de service dont elle a été victime.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que réclame le groupe hospitalier au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Me D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au groupe hospitalier et médico-social du Haut Val de Sèvre et du Mellois.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

Y. CROSNIER

Le président,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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