mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100995 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SOURZAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 avril 2021 et le 13 février 2022, Mme B A, représentée par Me Sourzac, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler d'une part, l'arrêté en date du 8 octobre 2020 par laquelle la directrice académique des services départementaux de l'éducation nationale du département de la Charente-Maritime l'a sanctionnée d'un avertissement et d'autre part, la décision du même jour, la retirant de la liste d'aptitude aux fonctions de directrice d'école, ensemble la décision du 5 février 2021 par laquelle la directrice académique des services départementaux de l'éducation nationale du département de Charente-Maritime a rejeté son recours gracieux contre cette sanction et a refusé de la réintégrer dans ses fonctions de directrice de l'école élémentaire René Descartes de la Rochelle ;
2°) d'enjoindre à la directrice académique des services départementaux de l'éducation nationale du département de la Charente-Maritime de la réintégrer dans ses fonctions de directrice de l'école élémentaire René Descartes, de procéder à la reconstitution de sa carrière et de retirer de son dossier administratif les conclusions et les éléments de l'enquête administrative de juin 2020 sous astreinte à définir dans le cadre du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 8 octobre 2020 lui infligeant une sanction est insuffisamment motivée ;
- l'enquête administrative à l'origine de la sanction est partiale ;
- la décision querellée est entachée d'erreurs de fait et souffre d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa responsabilité dans les dysfonctionnements constatés ;
- son retrait de la liste d'aptitude aux fonctions de directrice d'école constitue une sanction disciplinaire déguisée.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2021, la rectrice de l'académie de Poitiers conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat ;
- le décret n°89-122 du 24 février 1989 relatif aux directeurs d'école ;
- le décret n°90-680 du 1er août 1990 portant statut particulier des professeurs des écoles ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, professeure des écoles hors classe occupait depuis le 1er septembre 2016 le poste de directrice de l'école élémentaire René Descartes située à la Rochelle (Charente-Maritime). Suite à plusieurs rapports sur sa manière de servir, elle a été suspendue de ses fonctions à compter du 4 juin 2020 et une enquête administrative a été diligentée les 19 et 23 juin 2020 au vu de laquelle un avertissement lui a été adressé le 8 octobre 2020, assorti de son retrait de l'emploi de directrice d'école. Le recours gracieux qu'elle a formé contre ces deux décisions a été rejeté le 5 février 2021. Mme A demande l'annulation des dites décisions, du rejet de son recours gracieux ainsi que sa réintégration dans les fonctions de directrice de l'école élémentaire René Descartes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Par ailleurs, aux termes de son article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes du dernier alinéa de l'article 19 de la loi du
13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () la décision prononçant une sanction disciplinaire [doit] être motivé [e]. ". Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
3. L'arrêté attaqué du 8 octobre 2020, après avoir visé les lois du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et celle du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, notamment ses article 66 et 67, précise les faits qui sont reprochés à la requérante, à savoir les manques et dysfonctionnements relevés dans le pilotage pédagogique de l'école, dans la mise en œuvre des règles de sécurité, dans la relation professionnelle avec les personnels du réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) ou avec certains enseignants de l'école élémentaire René Descartes. Cet arrêté, qui n'avait pas nécessairement à entrer dans le détail des manquements reprochés à la requérante et dont la régularité formelle est, en tout état de cause, indépendante du bien-fondé des reproches formulés par l'administration, est ainsi suffisamment motivé tant en droit qu'en fait.
4. En second lieu, si Mme A reproche à l'enquête administrative qui s'est déroulée les 19 et 23 juin 2020 de présenter un caractère partial, cette circonstance est, par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure disciplinaire, le rapport de cette enquête, produit par l'administration ne constituant qu'une des pièces du dossier au vu duquel l'autorité investie du pouvoir disciplinaire s'est prononcée et dont il lui appartenait d'apprécier la valeur probante. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le rapport d'enquête en question, dont les conclusions sont corroborées par de nombreux témoignages, soit entaché de partialité.
En ce qui concerne bien-fondé de la sanction disciplinaire :
5. Aux termes de l'article L.111-3-1 du code de l'éducation : " L'engagement et l'exemplarité des personnels de l'éducation nationale confortent leur autorité dans la classe et l'établissement et contribuent au lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l'éducation. Ce lien implique le respect des élèves et de leur famille à l'égard des professeurs, de l'ensemble des personnels et de l'institution scolaire. ". Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Selon l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : - l'avertissement ; - le blâme. / Deuxième groupe : - la radiation du tableau d'avancement ; - l'abaissement d'échelon ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; - le déplacement d'office. / Troisième groupe : - la rétrogradation ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans. / Quatrième groupe : - la mise à la retraite d'office ; - la révocation () ".
6. Il résulte de ces dispositions d'une part, qu'il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes et d'autre part, que l'exigence d'exemplarité et d'irréprochabilité qui incombe aux enseignants leur impose de ne pas porter atteinte à la réputation du service public de l'éducation nationale ainsi qu'au lien de confiance qui doit unir les enfants et leurs parents aux enseignants du service.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A fait montre d'une défiance à l'égard de l'institution et de sa hiérarchie la conduisant à remettre en cause certaines orientations définies par le ministère de l'éducation nationale. Le rapport du 6 février 2020 du directeur académique adjoint des services de l'éducation nationale de Charente-Maritime relève, notamment, à cet égard, que : " Une forme de défiance est manifeste dans l'attitude de madame A qui pilote selon ses initiatives propres, des orientations plus proches d'un centre d'activités que d'un établissement scolaire public devant s'emparer du cadrage des indicateurs nationaux que sont les évaluations nationales. () Je relève son désir d'assumer une autonomie de décision et d'organisation de l'école en " ouvrant " une classe inconnue des services de la DSDEN et donc illégale dans sa présentation votée au CDEN lors de la dernière carte scolaire. Elle revendique avec assurance ce choix assumé. La perte du cadrage national s'étend au détournement des emplois relevant des notifications MDPH au profit d'organisation de soutien, transférant la compétence d'enseignement à des personnels non enseignants. ". En outre, l'inspectrice de circonscription académique fait également état d'absences à des réunions de directeurs et des formations obligatoires, de retards dans la mise à jour du plan de prévention et de mise en sureté de l'école et dans l'organisation d'un exercice de sécurité, de problèmes relationnels importants avec certains parents d'élèves ou avec des membres du RASED alors que l'école est située dans un quartier " Politique de la Ville " et nécessite le soutien de l'ensemble de la communauté éducative et de ses partenaires. Enfin, une grande partie des témoignages produits relève un comportement inapproprié de Mme A vis-à-vis, à la fois, de sa hiérarchie à laquelle elle a manqué plusieurs fois de respect, de ses collègues ou des autres agents de l'école auxquels elle a adressé, à plusieurs reprises, des propos blessants ou irrespectueux et des parents d'élèves dont l'accueil a dû être assuré par ses collègues après un certain nombre d'altercations avec l'intéressée. Ces éléments, qui ont été confirmés dans le cadre de l'enquête administrative susmentionnée, sont constitutifs de fautes de nature à justifier une sanction. Dans ces conditions, l'avertissement émis à son encontre, qui représente la sanction la plus basse du premier groupe, n'est pas disproportionné au regard des faits reprochés à Mme A.
S'agissant du retrait de l'emploi de directrice d'école :
8. Aux termes de l'article 6 du décret du 24 février 1989 : " Il est établi chaque année une liste d'aptitude par département. L'inscription sur une liste d'aptitude départementale demeure valable durant trois années scolaires ". Aux termes de l'article 10 de ce décret : " Dans la limite des emplois vacants et après avis de la commission administrative paritaire départementale unique, compétente à l'égard des instituteurs et des professeurs des écoles, sont nommés par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, dans l'emploi de directeur d'école : / 1° Les candidats inscrits sur la liste d'aptitude départementale ; () ". L'article 11 de même décret dispose : " Les instituteurs nommés dans l'emploi de directeur d'école peuvent se voir retirer cet emploi par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, dans l'intérêt du service, après avis de la commission administrative paritaire départementale unique compétente, à l'égard des instituteurs et des professeurs des écoles. ".
9Ainsi qu'il a été dit au point 7, les nombreux témoignages versés au dossier par l'administration, qui émanent de différentes sources, et notamment de l'inspectrice de la circonscription académique ainsi que des collègues de l'intéressée et des agents employés à l'école élémentaire René Descartes, décrivent tous, en des termes précis et concordants, outre les défaillances de Mme A dans l'exercice de ses fonctions de directrice, l'instauration d'un climat délétère au sein de cet établissement en raison du comportement de l'intéressée. La circonstance que certains des faits reprochés à Mme A constituaient des fautes, lesquelles ont fait l'objet d'une sanction ainsi qu'il a été dit au point 7, n'est pas, par elle-même, de nature à conférer à son retrait de l'emploi de directrice d'école le caractère d'une sanction. Il s'ensuit que le retrait d'emploi de directrice d'école, décidé en vue de mettre un terme à une situation préjudiciable au service, ne peut être regardé comme une sanction disciplinaire déguisée devant être motivée en tant que telle.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la rectrice de l'académie de Poitiers.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
Le rapporteur,
signé
Y. C
Le président,
signé
L. CAMPOY La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
signé
D.GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026