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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101004

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101004

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BROTTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2021, M. A F, représenté par Me Zoro, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a refusé de lui accorder la qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFPRA de réexaminer sa demande tendant à se voir accorder la qualité d'apatride, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFPRA la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de ce même article dès lors que son apatridie est réelle et non volontaire et qu'il a produit des documents d'identité valables à l'appui de sa demande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2022, l'OFPRA, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative au statut des apatrides, signée à New York le 28 septembre 1954 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, qui déclare être né le 17 février 1978 en République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, aujourd'hui République d'Azerbaïdjan, d'un père soviétique d'origine arménienne et d'une mère soviétique d'origine azérie, serait entré en France le 1er septembre 2005 selon ses déclarations. Sa demande d'asile en France, déposée en tant que résident en Russie, a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 17 janvier 2008, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 janvier 2011. Le 20 novembre 2017, il a demandé la reconnaissance de la qualité d'apatride. Par une décision du 18 février 2021, dont M. D demande l'annulation, le directeur général de l'OFPRA a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, par une décision du 4 janvier 2021, régulièrement publiée sur le site Internet de l'OFPRA le 12 janvier 2021, M. C B, attaché d'administration de l'Etat hors classe, chef de division, a reçu délégation de signature du directeur de l'OFPRA à l'effet de signer tous actes individuels pris en application, notamment, de l'article L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". L'article 1er de la convention relative au statut des apatrides, signée à New York le 28 septembre 1954, stipule : " 1. Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ". Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, le ou les Etats de la nationalité desquels elle se prévaut ont refusé de donner suite à ses démarches.

4. Pour refuser, par la décision attaquée, de reconnaître à M. D le statut d'apatride, le directeur de l'OFPRA s'est tout d'abord fondé sur l'absence de preuve de son identité et de son état-civil, et sur le manque d'éléments factuels retraçant son parcours jusqu'à son arrivée en France. L'OFPRA a également relevé que l'intéressé ne démontre ni être inéligible aux lois russes et arméniennes en matière de nationalité, ni avoir entrepris des démarches répétées et assidues afin de se prévaloir des nationalités russe, arménienne et azerbaïdjanaise.

5. D'une part, en se bornant à produire la copie d'un acte de naissance, dont il ressort de la décision attaquée que la CNDA l'a considéré comme étant de " facture douteuse ", et alors, en outre, que M. D n'établit pas avoir tenté, depuis sa déclaration de perte le 20 juin 2009, d'en obtenir un duplicata auprès des autorités compétentes sur son lieu de naissance présumé, il ne démontre pas, à supposer même que le document original ait été authentique, être la personne concernée par cet acte. Par ailleurs, malgré son audition le 22 novembre 2018 par l'OFPRA, M. D a fourni peu de détail sur son parcours, la décision contestée relevant que " son propos s'est révélé peu substantiel et insuffisamment personnalisé à l'évocation de sa trajectoire personnelle et de ses lieux de résidence successifs ", et n'a pas soumis à l'appréciation de l'OFPRA d'élément matériel à ce sujet.

6. D'autre part, si M. D fait valoir les démarches qu'il a effectuées au cours de l'année 2017 par l'envoi, auprès de chacune des ambassades de Russie et de la République d'Azerbaïdjan, de deux courriers de demande d'obtention de passeports, en y joignant la copie de son acte de naissance, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a sollicité qu'auprès de l'ambassade de l'Arménie de confirmer ou d'infirmer qu'il possédait la nationalité de cet Etat. En outre, alors qu'en réponse à un courrier électronique qu'il a transmis à l'ambassade de Russie, le chef du service consulaire l'a invité à se rendre au service consulaire en personne, afin de " présenter les documents existants, remplir certains formulaires et faire part d'autres renseignements ", afin que la procédure de vérification de l'appartenance à la nationalité russe soit enclenchée, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. D ait donné suite à cette invitation. Par ailleurs, il ressort de la décision en litige que le requérant n'a pas effectué de démarches auprès des autorités russes, avant 2017, afin de se voir reconnaître la nationalité russe, soit en tant qu'ancien citoyen soviétique installé sur le territoire russe avant le 6 février 1992, en application des dispositions de l'article 13 de la loi n°1948-1 du 28 novembre 1991, soit en tant que résident de longue durée en Russie, sur le fondement de la loi russe sur la nationalité du 31 mai 2002, ce qu'il ne conteste pas. Enfin, le requérant n'établit pas avoir entrepris de démarches de reconnaissance de nationalité auprès de l'Etat arménien avant l'année 2017, alors que sa compagne et mère de ses deux enfants est reconnue comme ressortissante d'Arménie. Ces éléments ne permettent pas de démontrer qu'en dépit de démarches personnelles répétées et assidues, les Etats dont M. D peut être présumé avoir la nationalité, ont refusé de donner suite à ses démarches afin d'obtenir la nationalité russe ou arménienne. Dans ces conditions, le requérant n'entre dans le champ d'application de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 et de l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ouvrant droit à la qualité d'apatride. Dès lors, en rejetant la demande qu'il a présentée pour se voir reconnaître la qualité d'apatride, le directeur de l'OFPRA n'a pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point 3.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 février 2021 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a refusé d'accorder à M. D la qualité d'apatride doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 février 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

La présidente,

Signé

S. BRUSTON

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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