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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101231

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101231

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFERRACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 mai, 3 septembre 2021 et 2 février 2022, la société Bien-Etre Immo et M. A C, représentés par Me Ferracci, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel la maire de Poitiers a refusé de leur délivrer un permis de construire pour la transformation d'un ancien local en logements collectifs sur un terrain situé au 56 boulevard Pont-Achard ;

2°) d'enjoindre à la commune de Poitiers de lui délivrer le permis de construire sollicité, le cas échéant assorti de prescriptions ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Poitiers la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité compétente ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de motivation, dès lors qu'il mentionne l'orientation d'aménagement territorial du centre-ville de Poitiers et non celle de Poitiers Sud ;

- les orientations d'aménagement territorial du centre-ville de Poitiers et de Poitiers Sud ne sont pas applicables au terrain d'assiette du projet ;

- les périmètres des orientations d'aménagement territorial du centre-ville de Poitiers et de Poitiers Sud n'ayant pas été délimités par le règlement graphique du plan local d'urbanisme (PLU) comme l'exige l'article R. 151-6 du code de l'urbanisme, ils sont, dès lors, inapplicables ;

- les orientations d'aménagement territorial du centre-ville de Poitiers et de Poitiers Sud ne sont pas suffisamment précises pour être opposables et ne sauraient légalement justifier un refus d'autorisation d'urbanisme ;

- les dispositions de l'orientation d'aménagement de renouvellement urbain relatives aux modalités d'éclairement des logements excèdent l'objet des orientations d'aménagement et de programmation défini à l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme et ne sont donc pas opposables ; en tout état de cause, chaque logement du projet bénéficie d'ouvertures dimensionnées propres à garantir une intensité d'éclairement suffisante et aucun logement en sous-sol n'est privé de lumière naturelle ;

- le respect de l'article U1.12 et de l'annexe 2 du règlement du PLU du projet aurait dû faire l'objet d'une prescription, la mise en conformité nécessitant seulement d'ajouter une place de stationnement réservée à une bicyclette ;

- l'article U1.12 du règlement du PLU ne peut être opposé au projet dès lors que celui-ci ne prévoit pas la construction d'une aire de stationnement de grande dimension ; en tout état de cause, de nombreux aménagements paysagers ont été réalisés au niveau des places de stationnement et celles-ci, par leur agencement, favoriseront une circulation aisée et sécurisée des piétons et cyclistes, de sorte que le projet n'aurait dû faire l'objet, le cas échéant, que de prescriptions.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 juillet 2021 et 18 janvier 2022, la commune de Poitiers conclut au rejet de la requête et à ce que les entiers dépens soient mis à la charge des requérants. Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bureau,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Ferracci, représentant les requérants, et celles de Mme B, représentant la commune de Poitiers.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 décembre 2020, M. C, en tant que représentant de la société Bien-Etre Immo, a déposé auprès de la commune de Poitiers une demande de permis de construire pour la transformation d'un ancien local en logements collectifs, sur un terrain situé 56 boulevard Pont-Achard à Poitiers. Par un arrêté du 9 avril 2021, la maire de Poitiers a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, la société Bien-Etre Immo et M. C demandent au tribunal d'annuler cet arrêté du 9 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'orientation d'aménagement et de programmation " renouvellement urbain " du PLU de la commune dispose, s'agissant des " qualités des logements " : " () Elle doit garantir les apports solaires des bâtiments à construire, mais aussi ceux de habitations riveraines. Les qualités d'éclairage naturel passent par une bonne orientation des pièces de vie de chaque logement. Les orientations nord, nord-ouest ou nord-est qui privent les pièces de vie de soleil une partie de l'année, seront systématiquement refusées () ". Les requérants soutiennent que cette disposition est illégale dès lors qu'elle n'est pas une simple orientation mais une règle impérative, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme.

3. Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme, alors en vigueur : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. () ". Aux termes de l'article L. 151-7 du même code : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; / 2° Favoriser la mixité fonctionnelle en prévoyant qu'en cas de réalisation d'opérations d'aménagement, de construction ou de réhabilitation un pourcentage de ces opérations est destiné à la réalisation de commerces ; / 3° Comporter un échéancier prévisionnel de l'ouverture à l'urbanisation des zones à urbaniser et de la réalisation des équipements correspondants ; / 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; () ".

4. En matière d'aménagement, une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) implique un ensemble d'orientations définissant des actions ou opérations visant, dans un souci de cohérence à l'échelle du périmètre qu'elle couvre, à mettre en valeur des éléments de l'environnement naturel ou urbain ou à réhabiliter, restructurer ou aménager un quartier ou un secteur. Si les OAP peuvent, en vertu de l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme, prendre la forme de schémas d'aménagement, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de permettre aux auteurs du PLU, qui peuvent préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics, de fixer précisément, au sein de telles orientations, les caractéristiques des constructions susceptibles d'être réalisées, dont la définition relève du règlement.

5. La règle de luminosité citée au point 2 s'applique aux constructions nouvelles du secteur de manière obligatoire, précise et inconditionnée. Elle ne peut pas ainsi être qualifiée de simple " orientation d'aménagement " et présente un caractère réglementaire, de sorte qu'elle ne pouvait légalement être édictée que par le règlement du PLU. Une telle illégalité n'est pas, au sens de l'article L. 600-12-1 du code de l'urbanisme, étrangère aux règles d'urbanisme applicables au projet, dès lors qu'une autorisation de construire ne doit être que compatible avec les orientations d'aménagement et de programmation, alors qu'elle doit être strictement conforme aux dispositions du règlement du PLU. L'exception d'illégalité soulevée par les requérants doit, dès lors, être accueillie.

6. En second lieu, aux termes de l'article 12 de la zone U1 du règlement du PLU : " Il conviendra de réaliser des plantations sur les aires de stationnement de grandes dimensions afin d'en remporte la monotonie et d'en améliorer l'aspect paysager. Ces éléments végétalisés doivent contribuer à la biodiversité. En outre, les stationnements seront agencés de façon à privilégier les circulations piétonnes internes et celles des piétons et cyclistes venant de l'extérieur ". S'agissant des stationnements des véhicules, le projet prévoit 13 places de stationnement, dont une pour les personnes à mobilité réduite.

7. D'une part, si le refus est fondé sur l'absence de plantations sur l'aire de stationnement, il ressort des pièces du dossier que deux aménagements paysagers sont prévus, ainsi qu'une haie paysagère. Par suite, le projet est conforme à l'article 12 du PLU.

8. D'autre part, et, contrairement à ce que la commune de Poitiers fait valoir en défense, l'espace central de l'aire de stationnement permet la circulation des piétons et cyclistes, sans qu'il soit nécessaire de prévoir un marquage. Par suite, le projet est conforme à l'article 12 du PLU.

9. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est, en l'état du dossier, de nature à fonder l'annulation de la décision litigieuse.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société Bien Etre Immo et M. C sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel la maire de Poitiers leur a refusé la délivrance d'un permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision du 9 avril 2021 refusant la délivrance d'un permis de construire à la société Bien-Etre Immo, implique seulement, eu égard à ses motifs, que la demande de la société requérante soit réexaminée. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la maire de Poitiers de procéder à ce réexamen, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Poitiers la somme globale de 1 200 euros à verser à la société Bien-Etre Immo et à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la société Bien-Etre Immo et de M. C, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 avril 2021 de la maire de Poitiers est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Poitiers de réexaminer la demande de la société Bien-Etre Immo et de M. C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Poitiers versera aux requérants la somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Poitiers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la société Bien-Etre Immo et à la commune de Poitiers.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. BUREAU

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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