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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101236

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101236

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL TESSIER HERVE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2021, M. A B, représenté par Me Tessier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel la préfète de la Vienne lui a retiré son titre de séjour pluriannuel valable du 11 avril 2019 au 10 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- la décision est insuffisamment motivée ; ce défaut de motivation démontre que la préfète n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la menace à l'ordre public dont fait état la préfète n'est pas établie ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.

Vu :

- l'ordonnance n°2101235 du 3 juin 2021 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête de M. B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais, né en novembre 1994, est arrivé en France en 1999. Il a bénéficié de documents de circulation pour étranger mineur jusqu'en 2012, puis de cartes de séjour " vie privée et familiale ", dont la dernière, valable du 11 avril 2019 au 10 avril 2021, lui a été retirée par arrêté du 1er avril 2021 du préfet de la Vienne. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 26 mars 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de la Vienne a donné délégation au secrétaire général de la préfecture, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, lors de sa garde à vue le 1er avril 2021, M. B a été informé de ce qu'il était envisagé de procéder au retrait de son titre de séjour et s'est vu remettre une lettre l'invitant à formuler ses observations. Ainsi, le requérant, qui a déclaré, dans le procès-verbal du 1er avril 2021, qu'il n'avait aucune observation à faire quant à la procédure qui venait de lui être notifiée, n'est pas fondé à soutenir que la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'aurait pas été respectée, nonobstant la circonstance que la préfète de la Vienne ait édicté, le jour même, l'arrêté contesté.

5. En troisième lieu, l'arrête litigieux vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles R. 311-14 et R.311-15. Il rappelle que l'intéressé a été l'auteur de violences volontaires envers un agent de sécurité de la préfecture, qu'il a réitéré à plusieurs reprises à son encontre des menaces de mort et qu'il constitue une menace pour l'ordre public. En faisant état, au visa des dispositions du 8° de l'article R. 311-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ce que M. B ne démontrait pas son insertion dans la société française, la préfète a entendu indiquer que, nonobstant ses liens personnels et familiaux en France, l'intéressé avait, compte tenu de son comportement, cessé de remplir les conditions posées par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. Il ressort de cette motivation que la préfète s'est bien livré à un examen particulier de la situation de M. B.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 311-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Le titre de séjour peut être retiré : / ()10° Si l'étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé et placé en garde à vue le 1er avril 2021 pour de multiples infractions tenant en des menaces de mort réitérées, des violences ayant entrainé une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, un outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et des menaces de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, faits pour lesquels il a été condamné, par un jugement correctionnel du 2 avril 2021, à une peine d'emprisonnement de trois mois avec sursis. Dès lors, eu égard à la gravité des faits et à leur caractère très récent, la préfète de la Vienne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que l'intéressé présentait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public.

9. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

10. Il ressort de ce qui a été dit au point 7 que le requérant a commis de nombreuses infractions et a été condamné, pour ce motif, à une peine d'emprisonnement de trois mois avec sursis par un jugement correctionnel du 2 avril 2021. Par ailleurs, les pièces qu'il produit, notamment le diplôme du baccalauréat technologique qu'il a obtenu en 2013, l'attestation de formation intitulée " gestes et postures " et le contrat du parcours d'accompagnement contractualisé vers l'emploi et l'autonomie, tous deux datant de 2018, ainsi que l'inscription au CNAM pour l'année 2019-2020, ne suffisent pas à justifier du suivi et du sérieux de sa scolarité, ni, en tout état de cause, de la qualité de son insertion dans la société française. Par suite, à supposer même que le requérant entretienne des relations avec quelques membres de sa famille installés en France, la préfète de la Vienne n'a pas, en décidant de lui retirer son titre de séjour, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOT

Le président,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

N. COLLET

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