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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101244

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101244

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDUCLOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2101244 enregistrée le 11 mai 2021, Mme A C, représentée par Me Duclos, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2020 par lequel la préfète de la Vienne a retiré ses cartes de séjour temporaires valables du 11 mai 2012 au 10 novembre 2012, du 4 octobre 2012 au 3 octobre 2013, du 23 octobre 2013 au 22 octobre 2014, du 26 janvier 2015 au 25 janvier 2016 et du 27 janvier 2016 au 26 janvier 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué n'a pas été pris par une autorité compétente ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, elle n'a pas été mise à même de se faire représenter par un conseil ou un mandataire de son choix et a été privée d'une garantie ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Le préfet de la Vienne a déposé après la clôture de l'instruction, le 20 avril 2023, un mémoire en défense qui n'a pas été communiqué.

Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 février 2021.

II. Par une requête n° 2101245 enregistrée le 11 mai 2021, Mme A C, représentée par Me Duclos, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2020 par lequel la préfète de la Vienne a retiré son titre de séjour temporaire pluriannuel valable du 27 janvier 2017 au 26 janvier 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué n'a pas été pris par une autorité compétente ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, elle n'a pas été mise à même de se faire représenter par un conseil ou un mandataire de son choix et a été privée d'une garantie ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Le préfet de la Vienne a déposé après la clôture de l'instruction, le 20 avril 2023, un mémoire en défense qui n'a pas été communiqué.

Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bureau,

- les observations de Me Duclos, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2101244 et n° 2101245, introduites par Mme C, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme B, ressortissante azerbaidjanaise, née le 8 septembre 1980 à Artchaven, s'est vue délivrer des cartes de séjour temporaires " vie privée et familiale " par le préfet de la Vienne valables du 11 mai 2012 au 10 novembre 2012, du 4 octobre 2012 au 3 octobre 2013, du 23 octobre 2013 au 22 octobre 2014, du 26 janvier 2015 au 25 janvier 2016, du 27 janvier 2016 au 26 janvier 2017 et un titre de séjour temporaire pluriannuel valable du 27 janvier 2017 au 26 janvier 2019. Par un courrier du 23 décembre 2018, Mme B a informé la préfète de la Vienne de sa véritable identité, à savoir Mme C de nationalité arménienne née le 10 janvier 1984 à Noraduz. Par courriers des 20 janvier et 15 septembre 2020, la préfète de la Vienne a informé Mme C qu'elle envisageait d'abroger respectivement le titre de séjour pluriannuel et les cartes de séjour temporaires lui ayant été délivrés et l'a invitée à présenter ses observations. Par un arrêté du 21 juillet 2020, la préfète de la Vienne a retiré le titre de séjour temporaire pluriannuel délivré à Mme C sous sa fausse identité. Par un arrêté du 20 octobre 2020, la préfète de la Vienne a retiré les cartes de séjour temporaires délivrées à Mme C sous sa fausse identité. Par les présentes requêtes, Mme C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

3. En premier lieu, par des arrêtés du 3 février et 19 août 2020, publiés au recueil des actes administratifs du département, la préfète de la Vienne a donné délégation à M. Soumbo, secrétaire général de la préfecture, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figure pas la décision contestée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés contestés manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".

5. Si ces dispositions impliquent que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde, et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations, elles n'imposent pas à l'administration d'informer l'intéressé de sa possibilité de se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix.

6. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, que, sur invitation de la préfète par courriers des 20 janvier et 15 septembre 2020, lesquels n'avaient pas à préciser expressément qu'elle pouvait se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix, Mme C a eu la possibilité de présenter des observations dans un délai de 15 jours. La circonstance que les courriers du 20 janvier et 15 septembre 2020 mentionnent qu'il serait procédé à une abrogation et non à un retrait constitue une erreur de plume sans incidence sur la légalité des décisions contestées et sur la régularité de la procédure, dès lors que ces courriers la mettent à même de présenter ses observations sur les mesures défavorables envisagées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Aux termes de l'article L. 241-2 du même code : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". La décision par laquelle l'autorité administrative accorde un titre de séjour à un étranger est un acte individuel créateur de droits au profit de l'intéressé. Toutefois, le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer à tout moment une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. Il appartient à l'administration de rapporter la preuve de la fraude et non au requérant dont la bonne foi se présume.

8. Si l'intéressée soutient qu'aucune intention frauduleuse de sa part n'est établie, il est constant, ainsi qu'elle l'a volontairement révélé à la préfète de la Vienne, qu'elle a fait usage d'une fausse identité et qu'elle s'est prévalue d'une fausse nationalité. Par suite, dès lors que cette fraude est établie par les pièces du dossier, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Vienne a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation des arrêtés de la préfète de la Vienne du 21 juillet 2020 et du 20 octobre 2020 doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de la Vienne et à Me Duclos.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. BUREAU

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

2 - 21001245

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