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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101264

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101264

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDROUINEAU 1927

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2021 et un mémoire enregistré le 14 février 2022, M. D B, représenté par l'AARPI Drouineau 1927, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de la Vienne du 8 mars 2021 ne reconnaissant pas ses parcelles situées sur les communes de Bouresse et Saint-Secondin comme des espaces clos au sens de la réglementation sur la chasse ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité des actes réglementaires ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'environnement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 juillet 2021 et 14 mars 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Dallemane, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire de parcelles situées sur les communes de Bouresse et de Saint-Secondin, formant un ensemble de 84 hectares entouré par une clôture. Par une décision du 8 mars 2021, notifiée le 11 mars, le préfet de la Vienne a considéré que ses parcelles ne pouvaient pas être considérées comme des enclos cynégétiques. Par une requête enregistrée le 12 mai 2021, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'environnement : " Nul ne peut chasser en dehors des périodes d'ouverture de la chasse fixées par l'autorité administrative selon des conditions déterminées par décret en Conseil d'État. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code, dans sa version applicable au litige : " I. Toutefois, le propriétaire ou possesseur peut, en tout temps, chasser ou faire chasser le gibier à poil dans ses possessions attenant à une habitation et entourées d'une clôture continue et constante faisant obstacle à toute communication avec les héritages voisins et empêchant complètement le passage de ce gibier et celui de l'homme. () ".

3. En premier lieu, d'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision en litige se borne à lui indiquer que, suite à la vérification de la conformité de sa clôture aux dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'environnement, ses parcelles ne sont plus considérées comme des enclos cynégétiques et à lui rappeler les conséquences qui en résultent en matière de réglementation de la chasse. Cette décision n'a ni pour objet, ni pour effet, d'incorporer automatiquement ses parcelles à une association communale de chasse agréée, dès lors que, selon l'article R. 422-57 du code de l'environnement, l'incorporation de terrains qui ne sont plus entourés d'une clôture répondant à la définition donnée par l'article L. 424-3 prend effet au terme d'un délai de trois mois à compter de la notification qui en sera faite au propriétaire intéressé, par le président de la fédération départementale des chasseurs sur proposition du président de l'association communale de chasse agréée, sauf opposition formulée par le propriétaire des terrains. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige ne pouvait être édictée que par la fédération départementale des chasseurs.

4. D'autre part, la vérification de la conformité d'une clôture aux dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'environnement entre dans les missions de police de la chasse exercées par l'Etat aux termes de l'article L. 420-2 du code de l'environnement. Il en résulte que le préfet de la Vienne était compétent pour constater, par la décision litigieuse, que les parcelles de M. B ne respectaient pas les conditions fixées par le code de l'environnement pour qu'un terrain soit reconnu par l'administration comme un enclos cynégétique.

5. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 3 février 2020, le préfet de la Vienne a donné délégation de signature à M. A C, directeur départemental des territoires pour signer toutes les décisions entrant dans le champ de compétences de la direction départementale des territoires, à l'exception de certaines catégories de décisions à laquelle la décision litigieuse n'appartient pas. La direction départementale des territoires étant compétente pour mettre en œuvre dans le département les politiques publiques relatives à la chasse, il en résulte que M. C avait compétence pour signer, au nom du préfet de la Vienne, la décision litigieuse.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, dès lors que la décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet d'incorporer automatiquement les parcelles du requérant à une association communale de chasse agréée, ce dernier ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de la procédure d'incorporation prévue par l'article R. 422-57 du code de l'environnement.

8. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Vienne pouvait lui opposer, sans méconnaître le principe de non-rétroactivité des actes réglementaires, les exigences prévues par l'arrêté du 5 juin 2020 par lequel il a précisé les caractéristiques que doivent respecter les clôtures pour que les terrains soient considérés comme clos au sens de l'article L. 424-3 du code de l'environnement, dès lors que cet arrêté est antérieur à la fois à la décision en litige, mais également au contrôle de sa clôture effectué le 22 juillet 2020. Ce moyen doit, en conséquence, écarté.

9. En quatrième lieu, comme le requérant le reconnaît lui-même dans ses écritures, en prescrivant un contrôle de sa clôture, effectué le 22 juillet 2020, le préfet a implicitement mais nécessairement considéré que les parcelles en cause étaient susceptibles de constituer un enclos cynégétique. Dans ces conditions et dès lors que le préfet a fondé sa décision sur la non-conformité de la clôture du requérant aux prescriptions fixées par l'arrêté du 5 juin 2020 précité, la circonstance que la décision litigieuse indique qu'aucune reconnaissance de cet enclos n'a jamais été enregistrée par la direction départementale des territoires, à supposer que cette mention soit erronée, n'est pas de nature à entraîner l'illégalité de cette décision.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que, à la date de la décision litigieuse, la clôture entourant les parcelles de M. B ne pouvait être regardée comme continue, constante, de nature à faire obstacle à toute communication avec les héritages voisins et empêchant complètement le passage du gibier et celui de l'homme, au sens de l'art. L. 424-3 du code de l'environnement, dès lors que le grillage n'était pas enfoui de manière continu et que plusieurs passages d'animaux avaient pu être observés lors du contrôle effectué le 22 juillet 2020. Il en résulte que le préfet n'a commis aucune erreur de fait ou d'appréciation en retenant que cette clôture n'était pas conforme aux dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'environnement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. D B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTELa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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