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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101295

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101295

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROUCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2021, la société par actions simplifiées (SAS) La Cave Nelloah, représentée par Me Rouche, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Charente-Maritime lui a refusé le bénéfice, pour les mois d'octobre 2020 à janvier 2021, de l'aide du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

2°) d'enjoindre à la directrice départementale des finances publiques de la Charente-Maritime de lui attribuer le bénéfice de cette aide pour la période d'octobre 2020 à janvier 2021 ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de prendre une nouvelle décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision par laquelle l'aide qu'elle a demandée lui a été refusée n'est pas suffisamment motivée en droit ;

- il doit être tenu compte, pour la détermination de son chiffre d'affaires pendant la période de référence, de la somme qu'elle a perçue de son assureur, à titre d'indemnité, en réparation de la perte de chiffre d'affaires qu'elle a subie en raison de la fermeture de son établissement, de décembre 2018 à août 2020, à la suite d'un incendie ;

- subsidiairement, à supposer qu'elle ne puisse justifier de la réalisation d'un chiffre d'affaires pendant la période de référence, elle justifie néanmoins, sur la base du chiffre d'affaires réalisé entre le 11 août 2020 et le 30 septembre 2020, d'un chiffre d'affaires mensuel moyen de 11 215 euros ;

- à titre infiniment subsidiaire, la décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des dispositions des articles 3-11, 3-14, 3-15 et 3-19 du décret du 30 mars 2020, qui méconnaissent les dispositions de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020, en ce qu'elles prévoient une condition de chiffre d'affaires de nature à exclure les entreprises qui, comme elle, ont subi un sinistre imprévisible et indépendant de leur volonté au cours de l'année de référence (2019) alors qu'elles ont, comme le prévoit l'article 1er de l'ordonnance précitée, été " particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation " ;

- le décret du 30 mars 2020 est également illégal en ce qu'il institue une différence de traitement injustifiée, d'une part, entre une entreprise non sinistrée et une entreprise sinistrée pendant la période de référence, au préjudice de cette dernière, et, d'autre part, entre une entreprise sinistrée ayant commencé son activité après 2019, dont le chiffre d'affaires de référence pourra être un chiffre d'affaires mensuel moyen calculé sur une partie de l'année 2020, et une entreprise sinistrée ayant commencé son activité avant 2019, qui ne peut faire valoir que son chiffre d'affaires annuel réalisé cette même année, alors même qu'elles auraient l'une et l'autre réalisé un chiffre d'affaires comparable pendant la même période en 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rouche, représentant la SAS La cave Nelloah.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) La cave Nelloah exploite une activité de débit de boissons à Surgères (Charente-Maritime). A partir du 30 octobre 2020, elle a fermé son établissement en application de l'article 37 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Elle a demandé, à ce titre, le bénéfice de l'aide au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation. Par une décision du 16 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Charente-Maritime a refusé de lui accorder cette aide pour la période d'octobre et novembre 2020. Le 15 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Charente-Maritime a rejeté le recours gracieux formé par la SAS La cave Nelloah contre la décision du 16 janvier 2021. La société requérante demande l'annulation de cette décision et le versement de l'aide qu'elle réclame pour la période d'octobre 2020 à janvier 2021.

2. D'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. " L'article 1er du décret du 30 mars 2020 visé ci-dessus précise : " I.- Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique, ci-après désignées par le mot : entreprises, remplissant les conditions suivantes : () 9° () la notion de chiffre d'affaires s'entend comme le chiffre d'affaires hors taxes ou, lorsque l'entreprise relève de la catégorie des bénéfices non commerciaux, comme les recettes nettes hors taxes. Pour la détermination du chiffre d'affaires ou des recettes nettes, il n'est pas tenu compte des dons et subventions perçus par les associations. Pour les propriétaires de monuments historiques visés au 5° bis du présent article, le chiffre d'affaires s'entend comme les recettes constituées par les droits d'accès perçus () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 3-11 du décret du 30 mars 2020 : " I.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret () bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois d'octobre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : () 1° Elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er octobre 2020 et le 31 octobre 2020 () II.-Les entreprises qui exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 () perçoivent une subvention égale au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros () III.-La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois d'octobre 2020 et, d'autre part, / -le chiffre d'affaires durant la même période de l'année précédente ; / -ou, si l'entreprise le souhaite, le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ; / -ou, pour les entreprises créées entre le 1er juin 2019 et le 31 janvier 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 ; / -ou, pour les entreprises créées entre le 1er février 2020 et le 29 février 2020, le chiffre d'affaires réalisé en février 2020 et ramené sur un mois ; / -ou, pour les entreprises créées après le 1er mars 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé entre le 1er juillet 2020, ou à défaut la date de création de l'entreprise, et le 30 septembre 2020 () ". Selon l'article 3-14 du même décret : " I.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de novembre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 () 6° Elles ont débuté leur activité avant le 30 septembre 2020 () / II.-Les entreprises qui ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public ou qui exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 perçoivent une subvention égale au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros () III.-La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de novembre 2020 et, d'autre part, / -le chiffre d'affaires durant la même période de l'année précédente ; / -ou, si l'entreprise le souhaite, le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ; / -ou, pour les entreprises créées entre le 1er juin 2019 et le 31 janvier 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen sur la période comprise entre la date de création de l'entreprise et le 29 février 2020 ; / -ou, pour les entreprises créées entre le 1er février 2020 et le 29 février 2020, le chiffre d'affaires réalisé en février 2020 et ramené sur un mois ; /

-ou, pour les entreprises créées après le 1er mars 2020, le chiffre d'affaires mensuel moyen réalisé entre le 1er juillet 2020, ou à défaut la date de création de l'entreprise, et le 30 septembre 2020 () ".

4. Il résulte des dispositions citées ci-dessus aux points 2 et 3 que les entreprises faisant partie d'un des secteurs mentionnés à l'annexe I au décret du 30 mars 2020, parmi lesquels les activités de débit de boissons, qui ont, au cours des mois d'octobre et novembre 2020, subi une perte de chiffre d'affaires dans les proportions définies par les dispositions des articles 3-11 et 3-14 du décret du 30 mars 2020, bénéficient d'une aide financière destinée à compenser cette perte. Quand l'entreprise a été créée avant le 1er janvier 2019, la perte de chiffre d'affaires est calculée par rapport à un chiffre d'affaires de référence qui est, pour chaque mois considéré, celui réalisé pendant le même mois de l'année 2019 ou bien, selon l'option la plus favorable à l'entreprise, le chiffre d'affaires moyen réalisé sur toute l'année 2019.

5. En premier lieu, la décision attaquée est suffisamment motivée, tant en fait qu'en droit.

6. En deuxième lieu, il est constant que la société requérante n'a réalisé aucun chiffre d'affaires pendant l'année 2019. Quand bien-même l'indemnité de 159 256 euros qui lui a été payée par son assureur, le 28 août 2020, a eu pour objet de l'indemniser de la perte de chiffre d'affaires qu'elle a subie, au cours de l'année 2019, à la suite d'un incendie survenu dans son établissement en décembre 2018, et même si l'absence de réalisation d'un chiffre d'affaires pendant toute l'année 2019 résulte de circonstances indépendantes de sa volonté, il n'en demeure pas moins qu'elle a perçu cette indemnité postérieurement à la période prévue par les dispositions rappelées ci-dessus pour déterminer le chiffre d'affaires de référence et qu'en toute hypothèse, cette indemnité ne constitue pas un chiffre d'affaires au sens du décret du 30 mars 2020. La circonstance que les dispositions du 9° du I de l'article 1er de ce décret excluent expressément, pour la détermination du chiffre d'affaires, les subventions perçues par les associations, n'a ni pour objet, ni pour effet, s'agissant des sociétés commerciales, d'y inclure les indemnités que les entreprises sont susceptibles de percevoir de leurs assureurs, à plus forte raison lorsque, comme en l'espèce, ces sommes sont perçues postérieurement à la période d'activité considérée. Par suite, c'est à bon droit et sans méconnaître les dispositions précitées de l'ordonnance du 15 mars 2020 qu'en l'absence de chiffre d'affaires réalisé pendant toute l'année 2019, qui seule pouvait servir de période de référence, l'administration a refusé à la société requérante le bénéfice des aides réclamées pour les mois d'octobre et de novembre 2020.

7. En troisième lieu, l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020, en ce qu'il pose le principe d'un fonds destiné à verser des aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation, n'a ni pour objet, ni pour effet, de faire obstacle à ce que les dispositions réglementaires prises pour son application distinguent les entreprises bénéficiaires de ce fonds selon les pertes de chiffre d'affaires subies, calculées selon les règles qu'elles déterminent. Par suite, le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article 1er du décret du 30 mars 2020 méconnaîtraient celles de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 en ce qu'elles limitent l'application du régime indemnitaire institué par cette ordonnance aux entreprises ayant subi des pertes de chiffre d'affaires, déterminées par rapport aux résultats financiers d'une période d'activité déterminée, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, dès lors que les sociétés créées avant 2019, c'est-à-dire avant la période pendant laquelle doit être déterminé le chiffre d'affaires de référence, se trouvent dans une situation objectivement distincte de celles qui ont été créées à partir de 2019, l'application à chacune des deux catégories de sociétés de règles différentes en ce qui concerne le calcul de leurs chiffres d'affaires n'entraîne aucune discrimination injustifiée ni, par suite, aucune rupture dans l'égalité de traitement.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions tendant à obtenir l'octroi de l'aide pour une période postérieure à celle sur laquelle a porté la décision attaquée, que la requête de la SAS La cave Nelloah ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS La cave Nelloah est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées La cave Nelloah et au ministre de l'économie, des finances et de la relance.

Copie en sera adressée au directeur des finances publiques de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

M. PINTURAULT

Le président,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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