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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101310

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101310

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2021, Mme B, représentée par Me Hay, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français " dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11-6°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale lui ayant opposé, à tort, l'absence de visa de long séjour en se fondant sur les dispositions inapplicables en l'espèce de l'article L. 311-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui ayant également opposé une condition de revenu qui n'est pas prévue par les textes ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 17 mars 2023, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la substitution de base légale de l'article L. 111-3 par l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, comme fondement de celle-ci.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante comorienne née le 26 octobre 1984, est entrée en France métropolitaine le 4 mars 2020, alors qu'elle était titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " délivrée à Mayotte, valable du 25 novembre 2019 au 24 novembre 2020. Elle a sollicité, le 5 août 2020, la délivrance d'un titre de séjour mention " liens privés et familiaux en France ". Par un arrêté du 30 novembre 2020 dont elle demande l'annulation, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ". Aux termes de l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-3, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 121-3, L. 313-4-1, L. 313-8, du 6° de l'article L. 313-10, de l'article L. 313-13 et du chapitre IV du titre Ier du livre III, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département doivent obtenir un visa. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat dans le département où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. / Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, descendants directs âgés de moins de vingt et un ans ou à charge et ascendants directs à charge des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter le visa mentionné au présent article ".

4. Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois. Les dispositions de l'article L. 832-2 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre, dans cet autre département, à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et, en particulier, à la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme A, la préfète de la Vienne s'est fondée sur la circonstance que celle-ci était entrée sur le territoire métropolitain sans le visa de long séjour prévu, selon elle, par les dispositions de l'article de l'article L. 111-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que ce texte, dans sa rédaction alors applicable, n'avait ni pour objet, ni pour effet d'imposer un tel visa.

6. Toutefois, il y a lieu de substituer comme fondement légal de ce refus de titre de séjour les dispositions précitées de l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver l'intéressée de garanties de procédure qui lui sont offertes par la loi et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une et l'autre des dispositions précitées.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A, mère de trois enfants de nationalité française nés à Mayotte le 8 novembre 2002, le 4 août 2004 et le 12 mars 2014, et d'un enfant de nationalité comorienne, né le 4 mai 2020, est entrée sur le territoire métropolitain de la France le 4 mars 2020, munie de la carte de séjour temporaire citée au point 1, sans avoir obtenu, ni même sollicité, le visa prévu par l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévue par les dispositions précitées. Par suite, la préfète de la Vienne a pu légalement, pour ce seul motif, lui opposer le défaut de ce visa pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction que la préfète de la Vienne aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur cette seule circonstance.

9. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées et de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la préfète en estimant que la requérante ne contribuait pas de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, doivent être écartés.

10. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

11. Si Mme A soutient que trois de ses quatre enfants, français ont le droit de résider en France métropolitaine et d'y être scolarisés, il ressort des pièces du dossier qu'elle est sans emploi, sans ressources et sans logement personnel en métropole. Elle n'apporte aucun élément permettant d'apprécier ses conditions d'intégration personnelle et professionnelle sur le territoire. De surcroît, il n'est pas contesté que ses enfants, qui ont toujours vécu hors de la métropole, peuvent parfaitement suivre leur mère en cas de retour aux Comores, voire, à Mayotte, où il n'est pas établi, ni du reste, allégué qu'ils ne pourraient être scolarisés comme en France métropolitaine. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis et n'a ainsi pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur des enfants de Mme A protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2020 portant refus de titre de séjour. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qu'elle a présentées au titre des frais liés au litige, doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

N°2101310

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