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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101425

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101425

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantROBISCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2021, Mme A B, représentée par Me Godin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2020 par lequel C de la commune de Nersac lui a octroyé un complément indemnitaire annuel d'un montant de 300 euros au titre de l'année 2020, ainsi que la décision par laquelle la même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé le 28 janvier 2021 à l'encontre de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à la commune de Nersac de procéder à son entretien professionnel au titre de l'année 2020 et de lui attribuer un complément indemnitaire annuel conforme au compte-rendu de son évaluation professionnelle ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nersac une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 24 novembre 2020 a été pris au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que son entretien professionnel au titre de l'année 2020 n'a pas eu lieu ;

- il révèle une rupture d'égalité entre elle et les autres agents communaux, qui ont perçu individuellement cinq cents euros au titre de leur complément indemnitaire annuel pour l'année 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2021, la commune de Nersac, représentée par Me Robisch conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n°2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- l'arrêté du 20 mai 2014 pris pour l'application aux corps d'adjoints administratifs des administrations de l'État des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,

- et les observations de Me Godin, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est employée par la commune de Nersac en qualité d'adjoint administratif principal de 2ème classe. Par un arrêté du 24 novembre 2020 qui lui a été notifié le 2 décembre 2020, un complément indemnitaire annuel de 300 euros lui a été attribué au titre de l'année 2020. Par un courrier du 28 janvier 2021 réceptionné par la commune le 2 février suivant, Mme B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2020 fixant le montant de son complément indemnitaire à 300 euros, et la décision par laquelle la commune de Nersac a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable à notre litige : " L'assemblée délibérante de chaque collectivité territoriale () fixe les régimes indemnitaires dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. () ". L'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dispose que : " L'assemblée délibérante de la collectivité () fixe, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 susvisé : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret () ". Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er peuvent bénéficier d'un complément indemnitaire annuel qui tient compte de l'engagement professionnel et de la manière de servir, appréciée dans les conditions fixées en application de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / Il est compris entre 0 et 100 % d'un montant maximal par groupe de fonctions fixé par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Le complément indemnitaire fait l'objet d'un versement annuel, en une ou deux fractions, non reconductible automatiquement d'une année sur l'autre ". Aux termes de l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'appréciation, par l'autorité territoriale, de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct qui donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. () ".

3. Il résulte de ces dispositions, applicables aux adjoints administratifs territoriaux, grade auquel appartient Mme B, que le complément indemnitaire annuel est une prime facultative, non reconductible automatiquement, octroyée selon des règles déterminées par la commune, dans les conditions posées par les textes applicables aux agents publics de l'Etat, et dont l'octroi est subordonné à la manière de servir de l'agent intéressé, appréciée par le supérieur hiérarchique direct dans le cadre de l'entretien professionnel annuel qu'il doit conduire.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 25 septembre 2019, la commune de Nersac a mis en place le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) au profit, notamment, des adjoints administratifs communaux, en précisant que la part relative au complément indemnitaire annuel était variable, qu'il s'agissait d'une indemnité facultative, que les attributions individuelles de ce complément seraient fixées " à partir du groupe de fonctions et selon la valeur professionnelle et de l'investissement de l'agent appréciés lors de l'entretien professionnel selon les critères définis par chacune des fiches d'entretien professionnel ", et que les critères d'octroi se traduiraient " dans le montant déterminé individuellement par voie d'arrêté pris par Monsieur C ". Or, la requérante soutient, sans être contredite, que son entretien professionnel annuel au titre de l'année 2020, au cours duquel elle aurait eu l'occasion d'échanger avec son évaluateur sur sa manière de servir, n'a pas eu lieu. Par suite, elle est fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure l'ayant privée d'une garantie, et à en demander l'annulation pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que Mme B bénéficie de son entretien professionnel pour l'année 2020, et qu'un nouvel arrêté concernant le complément indemnitaire annuel correspondant soit pris par l'autorité territoriale. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Nersac d'organiser l'entretien professionnel de Mme B pour l'année 2020 et de prendre un arrêté relatif à son complément indemnitaire annuel 2020 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Nersac demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nersac la somme de 1 300 euros à verser à Mme B sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 24 novembre 2020 et la décision par laquelle la commune de Nersac a implicitement rejeté le recours gracieux exercé par Mme B à l'encontre de cet arrêté sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Nersac de procéder à l'entretien professionnel de Mme B au titre de l'année 2020 et de prendre un nouvel arrêté relatif à la fixation du complément indemnitaire annuel afférent, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Nersac versera à Mme B la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Nersac présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Nersac.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

La présidente,

Signé

S. BRUSTON

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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