jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101431 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP RACINE STRASBOURG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2021 et le 20 juin 2022, Mme A C, représentée par l'AARPI Lexora, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2021 par laquelle l'EHPAD " Les Jardins du Gô " a refusé de la titulariser dans le corps des cadres de santé paramédicaux, ainsi que la décision du 29 mars 2021 par laquelle le même établissement a rejeté le recours gracieux qu'elle avait formé à l'encontre de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'EHPAD " Les Jardins du Gô " une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 26 janvier 2021 attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de respect du contradictoire ;
- elle est insuffisamment motivée, en l'absence de communication, concomitante à sa notification, des documents sur lesquels elle est fondée, alors que l'établissement a entendu se soumettre volontairement aux exigences légales de motivation des actes administratifs ;
- elle est entachée d'un second vice de procédure, tiré de l'absence de saisine préalable de la commission administrative paritaire, et de l'absence de communication de ses motifs à cette commission dans le délai d'un mois ;
- elle révèle une erreur manifeste dans l'appréciation de ses aptitudes et compétences à prendre en charge les fonctions correspondant au grade de cadre de santé paramédical, la directrice n'ayant pas pris en compte la totalité des éléments d'appréciation dont elle disposait et lui attribuant, à tort, la responsabilité de tous les dysfonctionnements du service.
Par des mémoires en défense enregistrés le 8 décembre 2021 et le 14 septembre 2022, l'EHPAD " Les Jardins du Gô ", représenté par la SCP Racine Strasbourg, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- et les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, nommée dans le corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés, exerce les fonctions d'infirmière diplômée d'Etat (IDE), au sein de l'EHPAD " les Jardins du Gô ", situé à Nieul-sur-Mer (17), depuis l'année 2009. Elle a été promue dans le corps des cadres de santé paramédicaux, sur le grade de cadre de santé paramédical, en qualité de stagiaire, à compter du 1er octobre 2018, par un arrêté de la directrice de l'établissement du 20 février 2019. Par une décision du 30 septembre 2019, la nouvelle directrice de l'EHPAD, Mme B, a prolongé le stage de Mme C pour une période de six mois, considérant que son arrivée, au début du mois de septembre 2019, ne lui permettait pas, à ce stade, d'apprécier l'aptitude de l'intéressée à occuper les fonctions de cadre de santé. Par un courrier du 30 novembre 2019, Mme C a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision de prolongation de stage. Lors de sa réunion du 2 juillet 2020, la commission administrative paritaire départementale (CAPD) a émis un avis favorable à la titularisation de Mme C, avec une date d'effet au 15 novembre 2019. Par un courrier du 7 janvier 2021, la directrice a informé Mme C qu'elle envisageait de ne pas la titulariser. Par un courrier électronique du 18 janvier 2021, Mme B a, à nouveau, saisi la CAPD, pour qu'elle se prononce sur son intention de ne pas titulariser Mme C. La CAPD a, par un courrier électronique du 21 janvier 2021, informé la directrice qu'elle ne se prononcerait pas à nouveau sur la situation de l'intéressée, compte tenu de l'avis qu'elle avait d'ores et déjà rendu le 2 juillet 2020. Par une décision du 26 janvier 2021, la directrice de l'EHPAD a décidé de ne pas titulariser Mme C dans le corps des cadres de santé paramédicaux, et de la réintégrer dans son corps d'origine des IDE, à compter du 27 janvier 2021. Par un courrier du 18 mars 2021, Mme C a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, qui a été rejeté par l'établissement, par un courrier du 29 mars 2021. Mme C demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. A cet égard, le motif déterminant de refus de titularisation doit être essentiellement fondé sur une appréciation de la façon dont l'agent a exercé à titre de stagiaire les fonctions correspondant à l'emploi qu'il sera appelé à occuper après sa titularisation. Ainsi, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir.
9. Pour refuser la titularisation de la requérante, la directrice de l'EHPAD a estimé que l'intéressée avait fait preuve d'insuffisances professionnelles et que sa manière de servir ne correspondait pas aux qualités attendues d'un cadre de santé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des attestations établies par un directeur et deux directrices par intérim qui se sont succédés entre l'année 2017 et l'année 2019, que Mme C a fait preuve de très bonnes capacités d'adaptation aux différentes situations, a su prendre en charge l'ensemble du management opérationnel en tenant compte des contraintes rencontrées par l'établissement en matière de gestion financière et de permanences des soins, a participé à la stabilisation des équipes et la réduction de l'absentéisme, et s'est montrée impliquée et disponible. En outre, il n'est pas contesté que Mme C a été reçue major de sa promotion de cadre de santé en juin 2018, avec une moyenne de plus de 16 sur 20. Si l'EHPAD produit un courrier du 14 décembre 2020 signé par deux infirmiers, indiquant qu'ils attestaient prendre en charge, outre les missions dévolues aux IDE, l'encadrement de proximité des équipes, la gestion des personnels, l'arbitrage " entre différentes propositions " et l'élaboration et la mise en place de l'organisation des services, ce courrier non circonstancié, n'est pas de nature à démontrer l'incapacité de Mme C à exercer les fonctions de cadre de santé, alors, en outre, qu'elle était placée en congé de maladie depuis le 25 août 2020, et qu'elle n'était donc plus présente au sein de l'établissement depuis plusieurs mois lorsque ce courrier a été signé. Dans ces conditions, le " rapport d'étonnement " établi le 15 décembre 2020, à la demande de la directrice de l'EHPAD, par l'infirmière coordinatrice ayant pris ses fonctions le 30 novembre 2020, soulignant la désorganisation des équipes, le suivi de coordination et la commande de matériels assurés par l'équipe d'infirmières, et l'absence de suivi logistique ou encore l'obsolescence de certains documents, ne permet pas non plus d'établir l'insuffisance professionnelle de Mme C. Enfin, le rapport d'audit organisationnel réalisé au cours de l'année 2020, qui relève des difficultés de planning de tâches, différent lors des remplacements dans l'unité protégée, un déséquilibre d'organisation entre la semaine et le week-end et une organisation de travail des agents de service hospitaliers en hôtellerie différente la semaine et le week-end, ne mentionne, à aucun moment et contrairement à ce qu'allègue la directrice de l'établissement dans son rapport du 18 janvier 2021 communiqué à la CAPD, " le glissement des tâches de la cadre de santé vers les IDE ". Dès lors que les faiblesses soulignées par ce rapport dans l'organisation de la structure tiennent à la charge de travail et au manque de personnel, notamment de remplaçants, qui entraînent un service dégradé à destination des résidents, à ce titre insatisfaisant pour les professionnels intervenants, aucun lien de causalité entre ces dysfonctionnements et la manière de servir de Mme C n'est établi. Par suite, la directrice de l'EHPAD " Les Jardins du Gô " a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de titulariser Mme C dans le corps des cadres de santé paramédicaux, sur le grade de cadre de santé paramédical.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 26 janvier 2021 refusant de titulariser Mme C sur le grade de cadre de santé paramédical et la réintégrant dans le corps des infirmiers diplômés d'Etat, ainsi que le rejet du 29 mars 2021 du recours qu'elle a exercé à l'encontre de cette décision doivent être annulés. Il appartiendra à l'EHPAD " Les Jardins du Gô ", compte tenu du motif retenu pour annuler le refus de titularisation et en l'absence de toute circonstance invoquée par l'établissement qui y ferait obstacle, de procéder à la titularisation de Mme C dans le corps des cadres de santé paramédical à compter du 27 janvier 2021, date à laquelle elle a été irrégulièrement réintégrée dans ses fonctions d'IDE.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par l'EHPAD " Les Jardins du Gô " au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'établissement une somme de 1 600 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 26 janvier 2021 et du 29 mars 2021 sont annulées.
Article 2 : L'EHPAD " Les Jardins du Gô " versera à Mme C une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de l'EHPAD " Les Jardins du Gô " présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'EHPAD " Les Jardins du Gô ".
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
La présidente,
Signé
S. BRUSTONLa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026