lundi 19 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101553 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LELONG DUCLOS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 juin 2021, 6 février 2023 et 11 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers l'a placée en disponibilité pour convenances personnelles à compter du 1er décembre 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020, par laquelle le CHU de Poitiers lui a refusé l'octroi et le paiement de congés payés ;
3°) d'annuler la décision du 10 décembre 2020 par laquelle le CHU de Poitiers l'a réintégrée avec une quotité de travail de 80 % à compter du 21 novembre 2020 ;
4°) d'enjoindre à la directrice générale du CHU de Poitiers de régulariser sa situation administrative, de lui payer ses congés annuels assortis des intérêts et de leur capitalisation à compter de la date d'introduction de la requête, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision de placement en disponibilité pour convenances personnelles :
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a une portée rétroactive ;
Sur la décision du 10 décembre 2020 portant réintégration à compter du 21 novembre 2020 :
- elle est entachée d'incompétence;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a une portée rétroactive dans la mesure où elle réintègre la requérante à compter du 21 novembre 2020 alors qu'elle a été édictée le 10 décembre 2020 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son état de santé ne lui permettait pas de reprendre son poste à une quotité de travail de 80 % ;
- le CHU de Poitiers ne pouvait pas procéder à sa réintégration dans ses fonctions, sans s'assurer au préalable de son aptitude aux fonctions ;
Sur la décision refusant du 9 décembre 2020 portant refus de l'octroi et du paiement de congés payés :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale, dès lors que l'intéressée était dans l'impossibilité de prendre ses congés payés du fait de son congé maladie pour les années 2018, 2019 et 2020.
Par des mémoires en défense enregistrés le 13 janvier 2023 et le 3 mars 2023, le centre hospitalier universitaire de Poitiers conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision de mise en disponibilité pour convenances personnelles du 9 décembre 2020 sont irrecevables, dès lors que la décision rétroactive, favorable à l'intéressée, ne lui fait pas grief, et qu'elle n'a pas pour objet le versement d'une indemnité compensatrice de congés payés à la requérante ;
- les conclusions dirigées contre la décision de réintégration du 10 décembre 2020 sont irrecevables, dès lors que celle-ci relève des mesures d'ordre intérieur et ne fait en conséquence pas grief ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986, modifiée, portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pipart,
- les conclusions de Mme Thevenet-Brechot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Duclos, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été recrutée, le 7 décembre 1996, en tant qu'infirmière par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers. Depuis le 1er avril 2011, elle est titulaire du grade du corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés. A compter du 21 février 2018, elle a été placée en congé longue durée jusqu'au 20 novembre 2020. Par un courrier du 20 septembre 2020, elle a demandé son placement en disponibilité pour convenances personnelles à partir du 21 novembre 2020. Par trois décisions des 9 et 10 décembre 2020, la directrice des ressources humaines du CHU de Poitiers l'a placée en disponibilité pour convenances personnelles à compter du 1er décembre 2020, l'a réintégrée avec une quotité de travail de 80 % à compter du 21 novembre 2020 et lui a refusé l'octroi et le paiement de ses congés payés. Mme A demande l'annulation de ces trois décisions.
Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité, par un premier courrier du 20 septembre 2020, son placement en disponibilité pour convenances personnelles. Par un second courrier du 20 novembre 2020, et suite à des échanges téléphoniques avec des agents de la direction des ressources humaines du CHU de Poitiers, elle a demandé que la date de départ de son placement en disponibilité soit décalée au 1er décembre 2020. Par une décision du 9 décembre 2020, notifiée à la requérante le 17 décembre 2020, la directrice des ressources humaines l'a ensuite placée en disponibilité rétroactivement à compter du 1er décembre 2020. Si le CHU de Poitiers soutient que la décision était favorable à Mme A, l'objet de sa demande était, selon les écritures de l'intéressée, de pouvoir commencer une activité salariée à partir du 1er décembre 2020. N'ayant eu connaissance de la décision que le 17 décembre 2020, elle n'a pas pu exercer une activité professionnelle avant cette date et, en conséquence, bénéficier d'une rémunération d'un quelconque employeur du 1er au 17 décembre 2020, de sorte que la décision contestée ne présente pas un caractère favorable pour cette période. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Poitiers tirée de ce que la décision de mise en disponibilité pour convenances personnelles du 9 décembre 2020 ne fait pas grief à la requérante doit être écartée.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de réintégrer Mme A mentionne une quotité de travail de 80 %, ayant ainsi des conséquences sur son niveau de rémunération. Dès lors, les conclusions de la requérante à fin d'annulation de cette décision, qui ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours, sont donc recevables.
Sur la décision de mise en disponibilité pour convenances personnelles du 9 décembre 2020 :
4. Les décisions administratives ne peuvent, en principe, disposer que pour l'avenir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse, bien qu'édictée le 9 décembre 2020 et prévoyant une date d'effet au 1er décembre 2020, n'a été notifiée à Mme A que le 17 décembre 2020. Elle comporte ainsi des dispositions rétroactives du 1er décembre 2020 au 17 décembre 2020, sans pour autant qu'elle contienne des dispositions nécessaires pour assurer la continuité de la carrière de l'intéressée. Par suite, la requérante est fondée à demander l'annulation de cette décision en tant qu'elle porte sur une période antérieure à sa notification.
Sur la décision du 10 décembre 2020 portant réintégration à compter du 21 novembre 2020 :
5. Par une décision n°20-188 du 1er septembre 2020, régulièrement publié sur le site internet du centre hospitalier universitaire de Poitiers, la directrice générale a donné délégation permanente de signature à la directrice des ressources humaines pour tout document, engagement et correspondance se rapportant à la gestion de la direction des ressources humaines. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 7 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Les comités médicaux () sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : () 4. La réintégration après douze mois consécutifs de congés de maladie () ". Aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " () Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du comité médical. / Si l'avis du comité médical est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit, s'il le demande, reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme des agents des collectivités locales. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite ". En outre, les dispositions de l'article R. 4626-29 du code du travail, applicables aux agents de la fonction publique hospitalière en application de l'article D. 4626-1 du même code, prévoient que : " L'agent bénéficie d'un examen de reprise par le médecin du travail : () 3° Après une absence d'au moins trente jours pour cause () de maladie () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le CHU de Poitiers, qui n'a pas saisi le comité médical pour avis avant la décision de réintégration de Mme A, s'est ainsi abstenu de s'assurer au préalable de l'aptitude de l'intéressée à ses fonctions, alors que la circonstance que celle-ci n'avait pas pour effet de lui faire reprendre matériellement un poste à compter du 21 novembre 2020, dans la mesure où les autres décisions du 9 décembre 2020 la plaçaient en disponibilité à compter du 1er décembre, et que la requérante était placée en congé maladie jusqu'au 30 novembre 2020, ne dispensait pas le CHU du respect de cette formalité qui constitue une garantie pour l'agent. En outre, la décision attaquée est rétroactive et fixe une quotité de travail de 80 %, sans pour autant qu'elle soit motivée, dans les circonstances de l'espèce, par des considérations liées à la continuité de la carrière de l'intéressée. Pour l'ensemble de ces motifs, la requérante était fondée à en demander l'annulation.
Sur la décision du 9 décembre 2020 portant refus de l'octroi et du paiement de congés payés :
8. Pour les motifs exposés au point 6, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision précitée manque en fait et doit être écarté.
9. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles et défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
10. Contrairement à ce que soutient la requérante, la décision litigieuse, qui ne refuse pas un avantage dont l'attribution constitue un droit, n'entre pas dans le champ des décisions devant être motivées en application des dispositions précitées.
11. L'article 7 de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003, tel qu'interprété par la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE) dans son arrêt C-350/07 et C-520-06 du 20 janvier 2009, fait obstacle, d'une part, à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période, parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de la période en cause, s'éteigne à l'expiration de celle-ci et, d'autre part, à ce que, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, tout droit à indemnité financière soit dénié au travailleur qui n'a pu, pour cette raison, exercer son droit au congé annuel payé. Ce droit au report ou, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, à indemnisation financière, s'exerce toutefois, en l'absence de dispositions sur ce point dans le droit national, dans la limite de quatre semaines prévues par l'article 7 de la directive.
12. En l'espèce, il était loisible à Mme A de fixer la date de sa mise à disponibilité et de demander à ce que celle-ci prenne effet à l'expiration de ses droits à congés annuels payés. Par suite, le CHU de Poitiers était fondé à refuser l'octroi et le paiement du solde de congés de la requérante. Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 décembre 2020 portant refus de l'octroi et du paiement de congés payés doivent, dès lors, être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer, en ce qui les concerne, sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. Eu égard aux motifs du présent jugement et aux conclusions présentées, il y a lieu d'enjoindre au CHU de Poitiers de placer Mme A dans une situation administrative régulière pour la période du 21 novembre au 17 décembre 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du procès :
14. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Poitiers une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 9 décembre 2020, par laquelle Mme A est placée en disponibilité pour convenances personnelles à compter du 1er décembre 2020 est annulée en tant qu'elle s'applique à une période antérieure à sa date de notification du 17 décembre 2020.
Article 2 : La décision du 10 décembre 2020 portant réintégration de Mme A à une quotité de travail de 80 % à compter du 21 novembre 2020 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à la directrice des ressources humaines du centre hospitalier universitaire de Poitiers de placer Mme A dans une situation administrative régulière pour la période du 21 novembre au 17 décembre 2020 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Poitiers versera à Mme A une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Poitiers.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
R. PIPART
La présidente,
Signé
S. BRUSTONLa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026