jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCPA GAND-PASCOT-PENOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juin 2021 et 18 janvier 2022, M. A C demande au tribunal d'annuler la décision du 26 avril 2021 par laquelle la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a autorisé M. E F à exploiter 44,20 hectares de terres agricoles situées sur la commune de Romagne.
Il soutient que :
- les parcelles en litige ont été acquises par le groupement foncier agricole (GFA) de Torep sur la base d'un montage frauduleux ;
- l'installation de M. E G B est fictive et constitue en réalité un agrandissement de l'EARL G appartenant à son père M. D F ;
- dans sa déclaration PAC 2021, M. E F n'a déclaré exploiter que 29,70 ha sur les 44,20 autorisés ;
- l'installation de M. E G B n'atteint pas le seuil de viabilité économique de 94 hectares défini à l'article 5 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Poitou Charentes.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 décembre 2021 et 24 février 2022, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, préfète de la Gironde, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 25 mai 2022, M. E F, représenté par la SCP d'avocats Gand, Pascot, Penot, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;
- aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté n°15-316 du 17 décembre 2015 du préfet de la région Poitou-Charentes portant schéma directeur régional des exploitations agricole de Poitou-Charentes ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Philippe Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 21 janvier 2021, la préfète de la Nouvelle Aquitaine a autorisé M. E F à exploiter 44,20 hectares de terres appartenant au GFA de Torep et à M. D F sur le territoire de la commune de Romagne (Vienne), en concurrence, pour une superficie de 31,50 hectares, avec l'autorisation d'exploiter accordée à M. A C les 12 juillet 2016 et 18 octobre 2016 sur les mêmes terres. Par la présente requête, M. A C demande l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. Ce contrôle a aussi pour objectifs de : 1° Consolider ou maintenir les exploitations afin de permettre à celles-ci d'atteindre ou de conserver une dimension économique viable au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles ; 2° Promouvoir le développement des systèmes de production permettant de combiner performance économique et performance environnementale, dont ceux relevant du mode de production biologique au sens de l'article L. 641-13, ainsi que leur pérennisation ; 3° Maintenir une agriculture diversifiée, riche en emplois et génératrice de valeur ajoutée, notamment en limitant les agrandissements et les concentrations d'exploitations au bénéfice, direct ou indirect, d'une même personne physique ou morale excessifs au regard des critères précisés par le schéma directeur régional des exploitations agricoles ". Aux termes de l'article L. 331-2 du même code : " I. Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. () ; 2° Quelle que soit la superficie en cause, les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles ayant pour conséquence : a) De supprimer une exploitation agricole dont la superficie excède le seuil mentionné au 1° ou de ramener la superficie d'une exploitation en deçà de ce seuil ; b) De priver une exploitation agricole d'un bâtiment essentiel à son fonctionnement, sauf s'il est reconstruit ou remplacé ; 3° Quelle que soit la superficie en cause, les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole : a) Dont l'un des membres ayant la qualité d'exploitant ne remplit pas les conditions de capacité ou d'expérience professionnelle fixées par voie réglementaire ; b) Ne comportant pas de membre ayant la qualité d'exploitant ; c) Lorsque l'exploitant est un exploitant pluriactif, remplissant les conditions de capacité ou d'expérience professionnelle, dont les revenus extra-agricoles excèdent 3 120 fois le montant horaire du salaire minimum de croissance, à l'exception des exploitants engagés dans un dispositif d'installation progressive, au sens de l'article L. 330-2 ; 4° Lorsque le schéma directeur régional des exploitations agricoles le prévoit, les agrandissements ou réunions d'exploitations pour les biens dont la distance par rapport au siège de l'exploitation du demandeur est supérieure à un maximum qu'il fixe ; 5° Les créations ou extensions de capacité des ateliers de production hors sol au-delà d'un seuil de production fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée :1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ;2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; 3° Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration d'exploitations au bénéfice d'une même personne excessifs au regard des critères définis au 3° de l'article L. 331-1 et précisés par le schéma directeur régional des structures agricoles en application de l'article L. 312-1, sauf dans le cas où il n'y a pas d'autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré, ni de preneur en place ; () ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime : " I. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les conditions de mise en œuvre du chapitre Ier du titre III du présent livre. Il détermine, pour répondre à l'ensemble des objectifs mentionnés à l'article L. 331-1, les orientations de la politique régionale d'adaptation des structures d'exploitations agricoles, en tenant compte des spécificités des différents territoires et de l'ensemble des enjeux économiques, sociaux et environnementaux définis dans le plan régional de l'agriculture durable. / II. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe, compte tenu des orientations mentionnées au I du présent article, le seuil de surface au-delà duquel l'autorisation d'exploiter est requise en application de l'article L. 331-2 () III. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération. Les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation sont l'installation d'agriculteurs, l'agrandissement ou la réunion d'exploitations agricoles et le maintien ou la consolidation d'exploitations agricoles existantes () IV. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les critères servant à l'appréciation de la dimension économique et de la viabilité des exploitations concernées par la demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2.().V. Pour l'application du présent article, sont considérées comme concernées par la demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 les exploitations agricoles du demandeur, des autres candidats à la reprise et celle du preneur en place () ".
4. Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté n°15-316 du 17 décembre 2015 du préfet de la région Poitou-Charentes, portant schéma directeur régional des exploitations agricole (SDREA) de Poitou-Charentes : " Les demandes d'autorisation d'exploiter sont étudiées au regard des priorités suivantes. Priorité 1 : installation (en individuel ou dans une société) dans la limite de la surface permettant d'atteindre la dimension économique viable définie à l'article 5 (). Au delà de cette surface, la demande relève du rang de priorité 2. Priorité 2 : Installation au-delà de la surface définie à l'article 5, agrandissement et réunion d'exploitation. Priorité 3 : agrandissement et concentration d'exploitation au-delà du seuil d'agrandissement excessif défini à l'article 5. Priorité 4 : Demande portée par une société constituée uniquement d'associés non exploitants () ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " () 2. Pour l'application, notamment de l'article L. 331-1 1°, la dimension économique viable d'une exploitation à encourager est : une exploitation est considérée comme viable lorsqu'elle atteint une surface pondérée représentant une fois la SAU moyenne régionale soit 94 ha par chef d'exploitation. () 4. En application de l'article L. 331-1 3° du code rural, un agrandissement ou une concentration d'exploitations est considéré comme excessif lorsque la surface qu'il est envisagé d'exploiter dépasse deux fois la SAU régionale moyenne soit 188 ha par chef d'exploitation ".
5. Pour prendre la décision en litige portant autorisation d'exploiter en concurrence au bénéfice de M. E F, la préfète de la Nouvelle-Aquitaine a considéré qu'avec 44,20 hectares par chef d'exploitation après reprise, la demande de M. E F relevait du rang de priorité n°1, alors qu'avec 184,97 hectare par chef d'exploitation après reprise, la demande de M. A C relevait du rang de priorité n°2 sur 31,50 hectares et que la demande de M. F était en conséquence plus prioritaire.
6. En premier lieu, les modalités d'acquisition des parcelles agricoles sont sans incidence sur la légalité de la décision d'autorisation d'exploiter en litige, qui n'est pas fondée sur la qualité de propriétaire, ou même de locataire, de ces terres. En tout état de cause, le requérant n'apporte aucun commencement de preuve que les parcelles faisant l'objet de l'autorisation d'exploiter en litige auraient été acquises au moyen d'un montage frauduleux par le GFA de Torep.
7. En deuxième lieu, si le requérant fait valoir que, dans sa déclaration formulée au titre des aides PAC 2021, M. E F n'a indiqué exploiter que 29,70 hectares, la décision portant autorisation d'exploiter n'est pas conditionnée par l'exploitation effective des terres, mais elle est seulement fondée sur la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur, soit en l'espèce 44,20 hectares. La circonstance que le bénéficiaire de l'autorisation n'exploiterait pas effectivement la totalité des terres pour lesquelles il bénéficie d'une autorisation est sans incidence sur la légalité de la décision en litige.
8. En troisième lieu, si l'article 5 de l'arrêté du 17 décembre 2015 portant schéma directeur régional des exploitations agricole (SDREA) de Poitou-Charentes cité au point 4, dispose qu'une exploitation est considérée comme viable lorsqu'elle atteint une surface pondérée représentant 94 hectares par chef d'exploitation, ce seuil ne constitue pas un minimum à atteindre pour obtenir l'autorisation d'exploiter, mais permet seulement de classer les demandes en fonction de leur ordre de priorité en application de l'article 3 du même arrêté, les exploitations inférieures à 94 hectares bénéficiant d'un classement en ordre de priorité n°1. La décision attaquée n'est, par suite, pas illégale au motif qu'elle autorise M. E F à exploiter une superficie de 44,20 hectares inférieure à ce seuil.
9. En quatrième lieu, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir que l'installation de M. E F serait fictive et constituerait en réalité un agrandissement de l'EARL G, appartenant au père de ce dernier, M. D G B, qui exploiterait, selon les dires du requérant, 300 hectares à 15 km des parcelles en litige.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A C doit être rejetée, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par M. E F.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C une somme de 1 200 euros à verser à M. E F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : M. A C versera à M. E F une somme de 1 200 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à M. E F.
Copie en sera adressée à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 26 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
M. BOUTET
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026