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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101673

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101673

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCPA GAND-PASCOT-PENOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2021, Mme E D, représentée par la SCP Gand, Pascot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2020 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui renouveler son titre de séjour et de lui délivrer une carte de résident de 10 ans ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de la Vienne de lui délivrer une carte de résident, ou à défaut, un titre de séjour " vie privée et familiale - parent d'enfant français " ou " vie privée et familiale - liens personnels et familiaux " dans un délai de 45 jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 313-11 6° et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Vienne qui n'a pas produit de mémoire.

Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante comorienne née le 24 avril 1984 à Hambo Anjouan, est entrée à Mayotte en 2014 et sur le territoire métropolitain le 23 février 2017. Elle a donné naissance, en 2013, à sa fille, C, et en 2017, à sa fille, A, de nationalité française. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français à compter d'août 2016 qui a été renouvelé jusqu'en août 2019. Par courrier du 5 mars 2020, elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'une carte de résident de 10 ans. Par un arrêté du 17 décembre 2020, la préfète de la Vienne a refusé de lui renouveler le titre de séjour sollicité, ainsi que de lui délivrer la carte de résident. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme D en qualité de parent d'enfant français, la préfète de la Vienne a considéré que l'intéressée ne remplissait plus les conditions prévues par l'article L. 313-11, 6° précité, dans la mesure où elle ne justifiait pas qu'elle contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux filles. La requérante se borne à produire une attestation de la caisse d'allocation familiales en date du 2 février 2021, postérieure à l'arrêté attaqué, et un jugement en assistance éducative du juge pour enfants du tribunal judiciaire de Poitiers en date du 16 janvier 2020 renouvelant le placement de ses filles à l'aide sociale à l'enfance pour deux ans et fixant un droit de visite une fois par semaine. Elle n'allègue ni n'atteste d'aucune participation à l'entretien et l'éducation de ses filles en dehors d'une visite de 2 heures tous les mercredis. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas qu'elle contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses filles. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Vienne, en refusant de renouveler son titre de séjour, aurait méconnu l'article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, Mme D n'établit pas avoir formulé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la préfète de la Vienne aurait examiné d'office sa demande sur ce fondement, quand bien même la préfète lui a demandé de produire des éléments attestant de sa présence sur le territoire qui auraient pu être utilisés pour apprécier l'opportunité de régulariser sa situation au regard de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers est inopérant et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une insertion sociale ou professionnelle et n'établit pas qu'elle dispose de ressources suffisantes à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, et eu égard au caractère récent du séjour de l'intéressée sur le territoire métropolitain de la France, la décision attaquée, qui n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire, ne méconnait donc pas, en tout état de cause, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète aurait entaché son refus d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme D doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. L'arrêté du 17 décembre 2020 n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme D de ses filles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaitrait l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dès lors que l'arrêté n'a pas pour objet de l'éloigner du territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, au préfet de la Vienne et à la SCP Gand, Pascot.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. B

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

G. FAVARD

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