mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101736 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | RODIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 7 juillet 2021, le 30 août 2022 et le 14 août 2023, Mme B D, représentée par Me Rodier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision en date du 29 mars 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de pension militaire d'ayant-cause présentée par Mme D et enregistrée le 19 juillet 2018 ;
2°) d'enjoindre à l'administration d'accorder à Mme D une pension de réversion à compter du 19 juillet 2018, date de sa demande, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'administration de réexaminer la situation de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision attaquée n'est pas motivée in concreto et ne repose sur aucun fondement légal ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;
- elle remplit toutes les conditions du droit à pension ;
- les pièces justificatives produites à l'appui de sa demande permettent de justifier qu'elle est née en 1940 et non en 1950 ;
- elle se trouve sans ressources pour vivre et n'arrive pas à subvenir à ses besoins.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 5 avril 2022 et le 14 février 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens de la requérante ne sont pas fondés ;
- si la demande était accueillie, il y aurait lieu de faire application des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010, notamment son article 211 ;
- le décret n° 2010-1691 du 30 décembre 2010 ;
- l'arrêté du 30 décembre 2010 portant application du décret n° 2010-1691 du 30 décembre 2010 pris en application de l'article 211 de la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010 de finances pour 2011 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le soldat A F A, ressortissant marocain, a été rayé des contrôles de l'armée active le 1er novembre 1956 et a obtenu le bénéfice d'une pension militaire de retraite proportionnelle le 29 janvier 1960. Il est décédé le 16 octobre 2005. Mme B D a demandé, le 19 juillet 2018, le bénéfice d'une pension de réversion du chef de M. A F A, désormais enregistré à l'état civil sous l'identité de A C. Elle sollicite l'annulation de la décision du 29 mars 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande.
Sur l'office du juge :
2. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pension, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
Sur la régularité de la décision de la ministre des armées :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision de la ministre des armées vise le code des pensions civiles et militaires de retraite annexé à la loi n°64-1339 du 26 décembre 1964, l'article 211 de la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010 ainsi que l'article 47 du code civil. De plus, la décision attaquée comporte l'énoncé des motifs de fait qui en constituent le fondement, à savoir la contradiction entre la carte nationale d'identité de la requérante qui indique qu'elle est née en 1950 et l'acte recognitif de mariage ainsi que l'acte de divorce qu'elle verse au dossier, qui mentionnent qu'elle se serait mariée avec l'ancien militaire en 1957, soit à l'âge de 7 ans, ce qui implique également qu'elle aurait eu son premier enfant à l'âge de 10 ans. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. Le délai mentionné à l'article L. 114-3 au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée acceptée ne court qu'à compter de la réception des pièces et informations requises. Le délai mentionné au même article au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension. La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3. Lorsque celui-ci a déjà été délivré, ces éléments sont communiqués par lettre au demandeur ".
6. La requérante fait valoir que la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'administration ne pouvait rejeter sa requête en raison d'une contradiction entre sa date de naissance et la date de son mariage, sans lui avoir demandé de produire des documents complémentaires en application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, les contradictions susceptibles d'apparaitre entre certaines des pièces produites par la requérante à l'appui de sa demande ne peuvent être assimilées à une incomplétude de son dossier au sens des dispositions précitées au point 5. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
Sur le bien-fondé de la décision de la ministre des armées :
7. D'une part, aux termes de l'article 211 de la loi du 29 décembre 2010 de finances pour 2011, applicable aux demandes de pension de réversion : " I. - () les pensions civiles et militaires de retraite () servies aux ressortissants des pays ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou sous la tutelle de la France sont calculées dans les conditions prévues aux paragraphes suivants. () / V. - Les demandes de pensions présentées en application du présent article sont instruites dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et par le code des pensions civiles et militaires de retraite. () / VIII. - Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment () les modalités de présentation et d'instruction des demandes mentionnées aux III, IV et V./ () / XI. - Le présent article entre en vigueur au 1er janvier 2011 ". Aux termes de l'article L. 4 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version en vigueur à la date du décès de M. C: " Le droit à la pension est acquis : / 1° Aux fonctionnaires après quinze années accomplies de services civils et militaires effectifs ; / (). ". Aux termes de l'article L. 39 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version en vigueur à la même date : " Le droit à pension de réversion est subordonné à la condition : / a) Si le fonctionnaire a obtenu ou pouvait obtenir une pension accordée dans le cas prévu à l'article L. 4 (1°), que depuis la date du mariage jusqu'à celle de la cessation de l'activité du fonctionnaire, celui-ci ait accompli deux années au moins de services valables pour la retraite, sauf si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage antérieur à ladite cessation ; / b) Si le fonctionnaire a obtenu ou pouvait obtenir une pension accordée dans le cas prévu à l'article L. 4 (2°), que le mariage soit antérieur à l'événement qui a amené la mise à la retraite ou la mort du fonctionnaire. / Toutefois, au cas de mise à la retraite d'office par suite de l'abaissement des limites d'âge, il suffit que le mariage soit antérieur à la mise à la retraite et ait été contracté deux ans et au moins avant soit la limite d'âge en vigueur au moment où il a été contracté, soit le décès du fonctionnaire si ce décès survient antérieurement à ladite limite d'âge./ Nonobstant les conditions d'antériorité prévues ci-dessus, le droit à pension de réversion est reconnu : / 1° Si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage ; / 2° Ou si le mariage, antérieur ou postérieur à la cessation de l'activité, a duré au moins quatre années ".
8. D'autre part, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.
9. Pour rejeter la demande de la requérante, la ministre des armées s'est fondée sur la circonstance que plusieurs des pièces produites par la requérante étaient entachées d'incohérence, dès lors qu'elles faisaient apparaître qu'elle était née en 1950, qu'elle s'était mariée en 1957 et qu'elle aurait eu son premier enfant à l'âge de dix ans. Il résulte cependant de l'instruction que si la requérante, lors de sa demande initiale devant l'administration, a produit une carte nationale d'identité valable jusqu'au 7 mai 2025 et un extrait d'acte de naissance établi par le bureau d'état civil de Rafla le 5 juillet 2018, indiquant qu'elle était née le 1er janvier 1950, elle produit désormais un nouvel extrait d'acte de naissance établi par le bureau d'état civil de Rafla le 14 juin 2021 et une carte nationale d'identité valable jusqu'au 15 juin 2031, enregistrés sous les mêmes numéros, indiquant qu'elle est née le 1er janvier 1940. Elle produit également un jugement du tribunal de première instance d'Azilal du 1er juin 2021, rectifiant sa date de naissance au 1er janvier 1940 et transcrit sur la copie de son acte de naissance établie le 14 juin 2021. Si la ministre des armées fait valoir en défense que ce jugement a été manifestement produit pour les besoins de la cause, elle n'apporte toutefois aucun élément probant au soutien de ce moyen susceptible d'établir le caractère irrégulier ou falsifié de ce jugement. Par suite, le motif retenu par la ministre et tiré de la contradiction entre la date de naissance présumée de la requérante, la date de son mariage et la date de naissance de son premier enfant, est entaché d'erreur de fait. Mme D est, par suite, fondée à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire de réversion.
Sur les conclusions tendant au versement de la pension de réversion :
10. En l'absence d'autres motifs soulevés par la ministre des armées pour servir de fondement à sa décision de rejet ou d'autres motifs résultant de l'instruction, Mme D est fondée à demander le bénéfice du versement d'une pension de réversion du chef du soldat A F A, désormais enregistré à l'état civil sous l'identité de A C.
11. M. A C est décédé le 16 octobre 2005. Selon les indications mentionnées dans la décision contestée du 29 mars 2021, Mme D a déposé sa demande de pension de réversion le 19 juillet 2018. Elle demande à bénéficier rétroactivement du versement de cette pension à compter de cette date. Il y a lieu, par suite, de faire droit à sa demande et de prescrire à la ministre des armées de lui verser une pension militaire de réversion du chef de son époux décédé, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que les arrérages correspondant à compter du 19 juillet 2018. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
12. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rodier d'une somme de 1 100 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 mars 2021 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à la demande de réversion de la pension de M. A C, présentée par Mme D, est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme D une pension de réversion du chef de son époux dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que les arrérages dus à partir du 19 juillet 2018.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 100 euros à Me Rodier, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Rodier et au ministre des armées.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
A. E La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026