mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101769 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELAS D'AVOCATS ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, la commune de La Rochefoucauld en Angoumois, représentée par la SCP Drouineau-Veyrier-Le Lain-Barroux-Verger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du 19 avril 2021 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, en tant qu'il rejette sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre des inondations et coulées de boue pour la période du 2 au 5 février 2021 ;
2°) d'ordonner une mesure d'expertise judiciaire aux fins de déterminer, d'une part, la pertinence des critères retenus pour lui refuser la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, et, d'autre part, si peut être établi un aléa anormal susceptible d'entraîner cette reconnaissance pour la période en cause ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté et la décision attaqués méconnaissent l'article L. 125-1 du code des assurances par l'ajout à ces dispositions d'un critère de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, en exigeant que l'intensité anormale de l'agent naturel ne soit avérée que lorsque l'occurrence statistique du phénomène est supérieure ou égale à dix ans au titre de l'hydrologie ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation, la méthode d'analyse retenue pour rejeter sa demande de reconnaissance n'étant pas suffisamment détaillée et les éléments d'information soumis à la commission interministérielle comme aux ministres non pertinents.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2022, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELAS Arco-Legal, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de La Rochefoucauld en Angoumois au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la commune de La Rochefoucauld en Angoumois ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'économie, des finances et de la relance et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, chargé des comptes publics, qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- la circulaire ministérielle n°84-90 du 27 mars 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Porchet, représentant la commune de La Rochefoucauld en Angoumois.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un épisode d'inondation par débordement du cours d'eau de la Tardoire, survenu dans la nuit du 2 au 3 février 2021, la commune de La Rochefoucauld en Angoumois a présenté une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre du phénomène d'inondation et coulées de boue sur la période du 2 au 5 février 2021. Par un arrêté conjoint du 19 avril 2021, publié au journal officiel de la République française le 7 mai 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance, le ministre de l'intérieur, le ministre des outre-mer et le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, chargé des comptes publics, ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre d'inondations et coulées de boue s'étant produites en 2020 et 2021, au nombre desquelles ne figure pas la commune de La Rochefoucauld en Angoumois, qui doit être regardée comme demandant l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2021 en tant qu'il rejette sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la période du 3 février 2021 au 9 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances, dans sa version applicable au litige : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats. / En outre, si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles, dans les conditions prévues au contrat correspondant. / Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. Ils peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'entourer, avant de prendre les décisions relevant de leurs attributions, des avis qu'ils estiment utile de recueillir et s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.
4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties sans aller jusqu'à exiger de l'auteur du recours d'apporter la preuve des faits qu'il avance.
5. En premier lieu, la commission interministérielle relative aux dégâts causés par les catastrophes naturelles a pour seule fonction d'éclairer les ministres sur l'application de la législation relative aux catastrophes naturelles et d'émettre des avis qui ne lient pas les autorités compétentes. La définition par la commission de critères est destinée à assurer une cohérence entre les avis qu'elle est amenée à rendre, et ne fait donc nullement obstacle au libre exercice par les ministres de leur pouvoir de décision. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 3 du présent jugement en raison de ce que les autorités compétentes se sont fondées, pour adopter l'arrêté interministériel attaqué, sur un critère non spécifié par ces dispositions pour caractériser l'intensité anormale de l'inondation, doit être écarté.
6. En second lieu, pour apprécier, afin de mettre en application les dispositions précitées de l'article L. 125-1 du code des assurances, si les inondations qui se sont produites sur le territoire de la commune de La Rochefoucauld en Angoumois entre le 2 février et le 5 février 2021, à la suite de la crue de la Tardoire survenue dans la nuit du 2 au 3 février 2021, présentait un caractère anormal et intense, conditions nécessaires à la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, l'administration s'est fondée sur le critère selon lequel le phénomène d'inondation ne présente pas une durée de retour supérieure à dix ans au titre de la pluviométrie et de l'hydrologie. L'examen de ce critère repose, d'une part, sur un rapport météorologique établi par Météo France le 16 mars 2021, en vertu duquel la valeur des précipitations ayant eu lieu dans les quarante-huit heures avant la crue de la Tardoire sur le territoire de la commune de La Rochefoucauld en Angoumois, relevée à partir des imageries des radars météorologiques de Météo France, s'élève à 35 mm, et qui conclut, tout en relevant la saturation des sols en humidité, à l'absence d'anormalité des pluies à cette période. Le relevé de la valeur des précipitations est effectué au moyen de la méthode " Shyreg ", qui est la version régionalisée du système national de " simulation d'hydrogrammes pour la prédétermination des crues ", développée pour la connaissance régionale des débits de crue de différentes durées et fréquences, qui permet une bonne restitution des quantiles de débits déduits des chroniques d'information, pour les périodes de retour comprises entre deux et cent ans. D'autre part, le critère a également été examiné en prenant en compte le rapport du 10 février 2021 émanant de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de Nouvelle-Aquitaine, d'après lequel la crue observée entre le 1er février et le 4 février 2021 a présenté une hauteur maximale de 1,61 mètres le 2 février, correspondant à un débit de 71m3 par seconde, correspondant ainsi à une période de retour de cinq ans, soit moins de dix ans. Par suite, en l'absence de production, par la commune, d'autres données d'ordre pluviométrique et hydrologique, de nature à remettre en question la pertinence de la méthode de relevé des précipitations utilisée par Météo France, et des données collectées par Météo France et la DREAL de Nouvelle-Aquitaine, qui fondent l'appréciation portée par les ministres compétents sur le caractère anormal du phénomène d'inondation pour la période au titre de laquelle a été demandée la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'ils auraient commise doit être écarté, sans qu'il soit nécessaire d'ordonner une expertise avant dire droit.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la commune de La Rochefoucauld en Angoumois tendant à l'annulation de l'arrêté interministériel du 19 avril 2021 en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur son territoire, au titre des inondations et coulées de boue intervenues dans la nuit du 2 au 3 février 2021, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de La Rochefoucauld en Angoumois demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le ministre de l'intérieur sur le fondement de ces mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1 : La requête de la commune de La Rochefoucauld en Angoumois est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de La Rochefoucauld en Angoumois, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics.
Délibéré après l'audience du 4 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERYLa présidente,
Signé
S. BRUSTON
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026