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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101846

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101846

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDROUINEAU 1927

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juillet 2021 et 14 février 2022, M. A B, représenté par Me Fortat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler partiellement l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le maire de Plassac ne s'est pas opposé à sa déclaration préalable de travaux en tant que cet arrêté comporte des prescriptions relatives à la toiture de la dépendance ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Plassac la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué repose sur un avis conforme de l'Architecte des bâtiments de France illégal, dès lors qu'il est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022, la commune de Plassac, représentée par Me Drouineau, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tirés de l'illégalité de l'arrêté et de l'avis de l'architecte des bâtiments de France sont inopérants ;

- en tout état de cause, les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine :

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bureau,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Liaud, représentant M. B, et celles de Me Dallemane, représentant la commune de Plassac.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé, le 3 mars 2021, un dossier de déclaration préalable pour une réfection de toiture avec dépose de la zinguerie sur sa maison d'habitation, la pose de tuiles sur une dépendance et le ravalement du mur de la dépendance, sur une parcelle cadastrée section A n° 278 située sur le territoire de la commune de Plassac. A la suite de l'avis favorable de l'architecte des bâtiments de France en date du 21 mai 2021 assorti de prescriptions, le maire de la commune de Plassac a délivré à M. B, le 25 mai 2021, un arrêté de non-opposition assorti de prescriptions. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté, en tant qu'il comporte des prescriptions relatives à la toiture de la dépendance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. -Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / () / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. / () / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. () ". Aux termes de l'article L. 631-1 du même code : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. () ". Aux termes de l'article R. 424-4 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. () ". L'ouverture d'un tel recours administratif n'a ni pour objet ni pour effet de permettre l'exercice d'un recours contentieux contre l'avis de l'architecte des bâtiments de France, dont la régularité et le bien-fondé, de même que ceux, le cas échéant, de la décision du préfet de région qui s'y substitue, ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de non-opposition et présenté par une personne ayant un intérêt pour agir.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué de non-opposition à déclaration préalable reprend la prescription de l'architecte des bâtiments de France relative à la toiture de la dépendance et précise : " La réfection de cette dépendance située à proximité de l'église de l'Assomption à Plassac mérite un traitement qualitatif, cohérent et traditionnel concernant en particulier les plaques qui en cas de remplacement devront être positionnées sous tuiles rue de la Croix Blanche. () La couverture sera réalisée en tuiles canal de remploi. Les tuiles anciennes seront posées en chapeau sur des tuiles encourant qui pourront être neuves de teintes mêlées. Des tuiles neuves pourront être mélangées aux tuiles anciennes. () ".

4. Le titulaire d'une autorisation d'urbanisme est recevable à demander l'annulation d'une ou de plusieurs prescriptions dont celle-ci est assortie. Il peut utilement soulever à l'appui de telles conclusions tout moyen relatif au bien-fondé des prescriptions qu'il critique ou au respect des exigences procédurales propres à leur édiction. Toutefois, le juge ne peut annuler ces prescriptions, lorsqu'elles sont illégales, que s'il résulte de l'instruction qu'une telle annulation n'est pas susceptible de remettre en cause la légalité de l'autorisation d'urbanisme et qu'ainsi ces prescriptions ne forment pas avec elle un ensemble indivisible.

5. Aux termes de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Plassac, applicable à cette zone : " Lorsqu'il s'agit de maisons anciennes en pierre : () Toitures en tuiles canal : Celles-ci seront restaurées à l'identique en conservant les tuiles de terre cuite courantes et couvrantes séparées. Les tuiles à crochets peuvent être autorisées si l'aspect n'est pas modifié. Les tuiles canal anciennes, posées sur supports ondulés, peuvent être autorisées, dans ce cas, les extrémités des plaques doivent être dissimulées. L'apport de tuiles neuves peut se faire en respectant les teintes mélangées et anciennes ".

6. Si le requérant soutient que l'avis de l'architecte des bâtiments de France est entaché d'une erreur d'appréciation, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que la parcelle du projet est située dans le périmètre de protection délimité autour de l'église de l'Assomption de Plassac et en zone UA du plan local d'urbanisme de la commune. Il ressort également des pièces du dossier que la toiture de la dépendance litigieuse était initialement composée de tuiles de terre cuites, tout comme les autres bâtiments situés dans le périmètre de protection de l'église de l'Assomption. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'architecte des bâtiments de France, en assortissant son avis de prescriptions, aurait commis une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation partielle de l'arrêté de non opposition du 25 mai 2021.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Plassac au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de Plassac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Plassac la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Plassac.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

V. BUREAU

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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