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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101912

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101912

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP KPL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2021 et des mémoires enregistrés les 26 novembre et 18 décembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la SCI La Cavalière et Mme A et M. C B, cogérants, représentés par Me Lelong, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 25 juillet 2020 par laquelle le maire de Saint-Julien-l'Ars a rejeté leur demande tendant à la mise en œuvre des pouvoirs de police du maire prévus par l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation relatif aux immeubles menaçant ruine ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Julien-l'Ars, à titre principal, de mettre en œuvre ses pouvoirs de police relatifs aux immeubles menaçant ruine, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Julien-l'Ars une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- les mémoires en défense de la commune de Saint-Julien-L'Ars sont irrecevables ;

- le maire de Saint-Julien-l'Ars était compétent pour prendre la décision litigieuse et, dans le cas contraire, il devait transmettre leur demande à la communauté urbaine ;

- le risque d'effondrement du bâtiment voisin de celui dont ils sont propriétaires caractérise un péril imminent.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 décembre 2021 et 8 décembre 2023, la commune de Saint-Julien-l'Ars, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le maire est habilité à représenter la commune ;

- à titre principal, le maire était tenu de rejeter la demande des requérants dès lors que les pouvoirs de police spéciale prévus par les articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation ont été transférés au président de la communauté urbaine du Grand Poitiers ;

- à titre subsidiaire, le péril imminent n'est pas caractérisé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 novembre et 11 décembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société RP2B, représentée par le cabinet Equitalia Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle s'associe aux écritures de la commune de Saint-Julien-l'Ars et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 8 décembre 2023, la communauté urbaine du Grand Poitiers demande à être mise hors de cause.

Elle fait valoir que la présidente de la communauté urbaine ayant renoncé le 31 janvier 2021 à exercer les pouvoirs de police spéciale prévus par les articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation, elle n'était pas compétente pour prendre la décision litigieuse.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Lelong, représentant Mme et M. B, de Me Pielberg, représentant la commune de Saint-Julien-l'Ars, de Me Bernardeau, représentant la société RP2B, et de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI La Cavalière est propriétaire dans la commune de Saint-Julien-l'Ars de la parcelle cadastrée section AB n° 153 sur laquelle est implanté un immeuble de bureaux dans lequel les époux B, qui ont constitué ladite SCI, exercent leur activité professionnelle. Cet immeuble est mitoyen d'un immeuble implanté sur la parcelle voisine cadastrée section AB n° 41 appartenant à la société RP2B. Suite à plusieurs dégâts occasionnés à leur propriété depuis 2017 à raison de l'état du bâtiment mitoyen, la SCI La Cavalière et les époux B ont sollicité le 25 mai 2020 du maire de la commune de Saint-Julien-l'Ars qu'il mette en œuvre les pouvoirs de police prévus par les articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation. Par leur requête enregistrée le 21 juillet 2021, ils demandent l'annulation de la décision implicite de rejet, née le 25 juillet 2020, du silence gardé par le maire sur leur demande.

Sur la recevabilité des mémoires en défense :

2. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir. ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ".

3. Il résulte de l'instruction que, par une délibération du 4 février 2021, le conseil municipal de Saint-Julien-l'Ars a donné compétence au maire pour défendre la commune dans les actions intentées contre elle devant toutes les juridictions.

4. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Saint-Julien-l'Ars n'était pas compétent pour défendre la commune dans la présente instance. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des mémoires en défense présentées par la commune de Saint-Julien-l'Ars doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable au litige, " I - A () Sans préjudice de l'article L 2212-2 du présent code, les maires des communes membres d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, compétent en matière d'habitat, transfèrent au président de cet établissement les prérogatives qu'ils détiennent en application de l'article L 163-3, L 129-1 et L 129-6, L 511-1 à L 511-4 et L 511-6 du code de la construction et de l'habitation ()/ III. - Dans un délai de six mois suivant la date à laquelle les compétences mentionnées au A du I ont été transférées à l'établissement ou au groupement, un ou plusieurs maires peuvent s'opposer, dans chacun de ces domaines, au transfert des pouvoirs de police. A cette fin, ils notifient leur opposition au président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. Il est alors mis fin au transfert pour les communes dont les maires ont notifié leur opposition. / Dans un délai de six mois suivant la date de l'élection du président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales, si le prédécesseur de ce dernier exerçait dans une commune l'un des pouvoirs de police mentionnés au A du I, le maire de cette commune peut s'opposer à la reconduction du transfert de ce pouvoir. La notification de cette opposition au président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales met fin au transfert. /Dans un délai de six mois suivant la date de l'élection du président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales, si le prédécesseur de ce dernier n'exerçait pas dans une commune l'un des pouvoirs de police mentionnés au A du I, le maire de cette commune peut s'opposer au transfert de ce pouvoir. Il notifie son opposition au président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. A défaut, le transfert devient effectif à l'expiration de ce délai ou, le cas échéant, du délai supplémentaire d'un mois prévu à la première phrase de l'avant-dernier alinéa du présent III. / Si un ou plusieurs maires des communes concernées se sont opposés au transfert de leurs pouvoirs de police, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales peut renoncer, dans chacun des domaines mentionnés au A du I, à ce que les pouvoirs de police spéciale des maires des communes membres lui soient transférés de plein droit, dans un délai d'un mois suivant la fin de la période pendant laquelle les maires étaient susceptibles de faire valoir leur opposition. Il notifie sa renonciation à chacun des maires des communes membres. Dans ce cas, le transfert des pouvoirs de police n'a pas lieu ou, le cas échéant, prend fin à compter de cette notification, sur l'ensemble du territoire de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. "

6. Il résulte de l'instruction que la commune de Saint-Julien-l'Ars est membre de la communauté urbaine du Grand Poitiers, laquelle, en application de l'article L. 5215-20 du code général des collectivités territoriales, exerce de plein droit, en matière d'habitat, les compétences relatives au programme local de l'habitat, à la politique du logement ainsi qu'aux opérations programmées d'amélioration de l'habitat et aux actions de réhabilitation et de résorption de l'habitat insalubre. En l'absence d'opposition de sa part, le maire de la commune de Saint-Julien-l'Ars a, dès lors, en application des dispositions précitées, transféré les pouvoirs de police qu'il détient en application des articles L 511-1 à L 511-4 du code de la construction et de l'habitation au président de la communauté urbaine du Grand Poitiers.

7. Si la communauté urbaine du Grand Poitiers fait valoir que, dans les 6 mois qui ont suivi l'élection de sa présidente, le 10 juillet 2020, une grande majorité des maires se sont opposés au transfert de leurs pouvoirs de police en matière d'habitat et que, sur le fondement des dispositions précitées, la présidente de la communauté urbaine a pris un arrêté en date du 29 janvier 2021, exécutoire le 1er février 2021, par lequel elle renonce sur l'ensemble du territoire de cet établissement public de coopération intercommunale à l'exercice des pouvoirs de police spéciale en matière d'habitat, ces circonstances sont postérieures à la date de la décision litigieuse. Ce faisant, la communauté urbaine n'établit pas que son président n'exerçait pas les pouvoirs de police spéciale en matière d'habitat à la date de la décision litigieuse. Il en résulte que la commune de Saint-Julien-l'Ars est fondée à soutenir que le président de la communauté urbaine était, à cette date, seul compétent pour prendre un arrêté de péril sur le fondement des dispositions précitées.

8. Si la commune de Saint-Julien-l'Ars fait valoir que son maire était, en conséquence, tenu de rejeter la demande des requérants, il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration qu'une demande adressée à une administration incompétente doit être transmise par cette dernière à l'administration compétente. Le maire de Saint-Julien-l'Ars était, dès lors, tenu de transmettre la demande des requérants au président de la communauté urbaine du Grand Poitiers. Par suite, la décision implicite de rejet litigieuse doit être regardée comme émanant de cette autorité.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation dans sa version applicable au litige : " Le maire peut prescrire la réparation ou la démolition des murs, bâtiments ou édifices quelconques lorsqu'ils menacent ruine et qu'ils pourraient, par leur effondrement, compromettre la sécurité ou lorsque, d'une façon générale, ils n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique, dans les conditions prévues à l'article L. 511-2. Toutefois, si leur état fait courir un péril imminent, le maire ordonne préalablement les mesures provisoires indispensables pour écarter ce péril, dans les conditions prévues à l'article L. 511-3. () ". Aux termes de l'article L. 511-3 du même code dans sa version applicable au litige : " En cas de péril imminent, le maire, après avertissement adressé au propriétaire, demande à la juridiction administrative compétente la nomination d'un expert qui, dans les vingt-quatre heures qui suivent sa nomination, examine les bâtiments, dresse constat de l'état des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin à l'imminence du péril s'il la constate. / Si le rapport de l'expert conclut à l'existence d'un péril grave et imminent, le maire ordonne les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité, notamment, l'évacuation de l'immeuble. / Dans le cas où ces mesures n'auraient pas été exécutées dans le délai imparti, le maire les fait exécuter d'office. En ce cas, le maire agit en lieu et place des propriétaires, pour leur compte et à leurs frais. / Si les mesures ont à la fois conjuré l'imminence du danger et mis fin durablement au péril, le maire, sur le rapport d'un homme de l'art, prend acte de leur réalisation et de leur date d'achèvement. / Si elles n'ont pas mis fin durablement au péril, le maire poursuit la procédure dans les conditions prévues à l'article L. 511-2 ".

10. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente ne peut prescrire des mesures de réparation ou de démolition qu'à la condition que l'immeuble en cause présente un danger réel pour la sécurité publique, que ce danger soit ou non imminent.

11. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment du pré-rapport du 30 octobre 2023 de l'expert désigné par le tribunal judiciaire de Poitiers le 18 janvier 2023 que, si l'état du bâtiment mitoyen appartenant à la société RP2B est à l'origine de plusieurs désordres dont se prévalent les requérants, la solidité de la structure de cet immeuble n'est pas remise en question et aucun risque d'effondrement de tout ou partie de cette structure n'est établi. Il n'est ainsi pas établi que l'immeuble en cause présente un danger réel pour la sécurité publique. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'état de cet immeuble justifie que l'autorité compétente fasse usage des pouvoirs de police prévus par les dispositions précitées des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que leurs conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Saint-Julien-l'Ars, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse aux requérants une somme au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Saint-Julien-l'Ars ainsi qu'une somme de 1 000 euros à verser à la société RP2B au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI La Cavalière et de Mme et M. B est rejetée.

Article 2 : La SCI La Cavalière et Mme et M. B verseront, ensemble, la somme de 1 000 euros à la commune de Saint-Julien-l'Ars ainsi que la somme de 1 000 euros à la société RP2B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Cavalière, à Mme A et M. C B, à la commune de Saint-Julien-l'Ars, à la communauté urbaine du Grand Poitiers et à la société RP2B.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. LE MÉHAUTÉLa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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